Home SantéLa médecine ignore les femmes : un déséquilibre scientifique révélé par une docteure

La médecine ignore les femmes : un déséquilibre scientifique révélé par une docteure

by Camille Laurent - Santé
Un déséquilibre dans les priorités de la recherche médicale

Dans son nouvel ouvrage The Unexplored Woman, la docteure et influenceuse Srisdiga Manivannan, également connue sous le nom de MedSri, dénonce les lacunes de la recherche médicale concernant la santé féminine. Elle souligne que le corps masculin sert de prototype pour les tests cliniques, au détriment de la complexité biologique des femmes.

Un déséquilibre dans les priorités de la recherche médicale

Près de deux milliards de personnes dans le monde ont leurs règles. Pourtant, les investissements financiers dans la recherche scientifique ne reflètent pas cette réalité biologique. Selon l’ouvrage de Srisdiga Manivannan, davantage d’argent est investi dans l’étude des troubles de l’érection que dans la santé des femmes.

Les troubles de l’érection touchent environ un tiers des hommes (en Pologne, ce problème concerne un homme sur deux âgés de 20 à 50 ans), tandis que les problématiques de santé féminine concernent chaque femme dans le monde. Le corps masculin demeure, selon la docteure, le prototype utilisé pour les recherches et les tests, ce qui complique la prise en charge médicale des femmes.

Ce déséquilibre est au cœur des débats réglementaires récents. Pour tenter de corriger cette sous-représentation, la Food and Drug Administration (FDA) a instauré, via le Food and Drug Administration Omnibus Reform Act de 2022, l’obligation pour les sponsors d’essais cliniques de soumettre des plans d’action pour la diversité. Ces plans visent à garantir que les populations féminines soient incluses de manière proportionnelle dans les phases de tests des nouveaux médicaments, afin de limiter les risques d’effets secondaires non détectés lors des phases de développement initiales.

Les limites des modèles de recherche actuels

La complexité du cycle menstruel rend l’étude de la santé féminine plus difficile que celle de la santé masculine. Pour mener des recherches sur le corps des femmes, les processus menstruels doivent souvent être artificiellement provoqués.

L’inadaptation des modèles animaux

La recherche scientifique s’appuie encore fréquemment sur des modèles animaux, comme les souris. Cependant, les femelles de cette espèce ne connaissent pas de menstruations. Ce facteur explique probablement pourquoi la recherche sur des pathologies telles que l’endométriose est si peu développée, ces maladies étant trop complexes et spécifiques aux femmes.

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En biologie reproductive, la distinction entre le cycle œstral des rongeurs et le cycle menstruel humain est fondamentale. Le cycle œstral, observé chez la souris, se caractérise par des phases hormonales qui n’impliquent pas la desquamation et l’excrétion de la muqueuse endométriale, contrairement au cycle menstruel. Par conséquent, les modèles murins actuels ne permettent pas de reproduire fidèlement les mécanismes de l’endométriose ou de l’adénomyose, limitant ainsi la capacité des chercheurs à tester l’efficacité de traitements ciblés sur la muqueuse utérine humaine.

Le cycle menstruel comme indicateur de santé

Le cycle menstruel est une fonction biologique sensible au stress et aux maladies. La docteure suggère que le cycle menstruel peut agir comme un baromètre de la santé, au même titre que la tension artérielle ou le pouls.

Les principales associations professionnelles préconisent d’ailleurs que les examens de santé de routine incluent des questions relatives au cycle menstruel. Des saignements irréguliers, absents ou très abondants peuvent constituer des signes précoces de diverses fonctions défaillantes, notamment l’insulino-résistance, les troubles métaboliques ou des problèmes de thyroïde.

L’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) souligne l’importance de l’anamnèse menstruelle dans le diagnostic clinique. Les variations du cycle sont souvent liées à des dysfonctionnements de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien (HPO). Par exemple, des cycles irréguliers peuvent être un marqueur clinique du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une condition fréquemment associée à une hyperandrogénie et à une résistance à l’insuline. Les cliniciens utilisent ces données pour orienter les bilans hormonaux, notamment la mesure de la testostérone et de la thyroïde (TSH), afin d’identifier une pathologie sous-jacente.

La nature biologique unique du sang menstruel

Le sang menstruel ne doit pas être considéré comme un sang ordinaire. Il est composé de composants sanguins, de cellules de l’endomètre, de sécrétions et d’enzymes.

L’intérêt scientifique pour ces composants est réel. En 2007, les scientifiques ont pour la première fois réussi à isoler des cellules souches à partir du sang menstruel.

Ces cellules, identifiées comme des cellules souches mésenchymateuses dérivées de l’endomètre (EMSCs), font l’objet de recherches approfondies dans les publications spécialisées en médecine régénérative. Les études publiées dans des revues telles que Stem Cells indiquent que ces cellules possèdent des propriétés de prolifération et de différenciation qui pourraient être exploitées pour la réparation tissulaire. Bien que ces recherches soient actuellement confinées au stade expérimental et ne constituent pas encore des protocoles thérapeutiques standardisés, elles ouvrent des voies d’étude sur le potentiel de l’endomètre pour traiter diverses pathologies cellulaires.

Consultez votre professionnel de santé.

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