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États-Unis frappent l’Iran : le pétrole bondit à +96 $ le baril

Une escalade militaire en trois jours

Les prix du pétrole ont bondi jeudi 28 mai 2026 après que les États-Unis ont mené de nouvelles frappes en Iran, dans un contexte de tensions croissantes autour du détroit d’Ormuz, route critique pour 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié. Le Brent a dépassé les 96 dollars le baril, tandis que le WTI frôlait les 90 dollars, après des attaques américaines ciblant des sites militaires iraniens jugés menaçants pour les forces américaines et le trafic commercial. Selon un communiqué du Department of Defense publié à 03h47 heure locale (28 mai), les frappes ont visé “des installations liées à des programmes de missiles balistiques et de drones” dans les gouvernorats de Kerman et de Semnan, où se trouvent des sites sensibles du Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Le Pentagone a précisé que les opérations avaient été menées par des avions de combat F-35 et des drones MQ-9 Reaper décollant depuis des bases en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, sous le commandement du Central Command (CENTCOM). Le général Michael Kurilla, commandant du CENTCOM, a déclaré lors d’un point de presse à Doha que “les cibles étaient directement liées à des menaces immédiates contre nos forces et les flux pétroliers dans le golfe”, ajoutant que les États-Unis “ne cherchent pas une escalade, mais nous répondrons à toute provocation avec une force proportionnée”.

Téhéran a riposté en ciblant une base aérienne américaine, plongeant les marchés financiers dans l’incertitude et relançant les craintes d’une escalade régionale. Selon un communiqué des Gardiens de la révolution diffusé par l’agence Tasnim à 04h50 heure locale (28 mai), une “opération de représailles chirurgicale” a visé la base aérienne d’Al Dhafra aux Émirats arabes unis, abritant des unités de la 9th Air and Space Expeditionary Task Force. Le ministère de la Défense émirati a confirmé dans un communiqué à 06h12 que “des dégâts matériels limités” avaient été enregistrés, sans faire état de victimes. Un porte-parole du Department of Defense américain, le colonel Rob Manning, a déclaré lors d’une conférence de presse à 07h30 que “les systèmes de défense ont intercepté la majorité des projectiles” et que “les opérations de routine se poursuivent”. Cependant, des images satellites partagées par Maxar Technologies montrent des traces d’impacts sur les pistes d’atterrissage et des bâtiments auxiliaires, confirmant la précision des frappes iraniennes.

Une escalade militaire en trois jours

Les frappes américaines du 28 mai s’inscrivent dans une séquence d’escalade militaire sans précédent depuis le début des tensions ouvertes en janvier 2026. Selon un responsable américain cité par BBC News, les opérations visaient des sites liés à des menaces de missiles et de drones dans le détroit d’Ormuz, déjà la cible d’attaques américaines le 25 mai. Ces frappes précoces, menées par des bombardiers B-52 décollant de la base de Al Udeid au Qatar, avaient été présentées comme une mesure de “protection des troupes américaines” face à des “menaces posées par les forces iraniennes”, selon un communiqué du CENTCOM signé par le général Kurilla. Le Pentagone avait alors précisé que les cibles incluaient un “site de stockage de drones” près de Bandar Abbas et une “installation de maintenance de missiles” à Shahid Modarres, près de Téhéran.

La riposte iranienne, annoncée par les Gardiens de la révolution via l’agence semi-officielle Tasnim, a ciblé une base aérienne américaine vers 4h50 heure locale, selon CNBC. Cette attaque marque une rupture dans la trêve fragile qui prévalait depuis plusieurs semaines, malgré les assurances américaines selon lesquelles celle-ci “reste en vigueur”, comme l’a affirmé le secrétaire d’État Antony Blinken lors d’un entretien avec Fox News le 27 mai. La question de sa durabilité se pose désormais, alors que les deux camps multiplient les provocations : les États-Unis ont intercepté et abattu plusieurs drones iraniens dans les 48 heures précédant les frappes du 28 mai, selon un bilan du Commandement de la défense aérienne et de missiles (AMC) cité par The Wall Street Journal. Parmi les incidents confirmés, un drone Shahed-136 a été abattu au-dessus du golfe d’Oman** par un missile Patriot tiré depuis un navire de la US Navy, le USS Cole. Par ailleurs, le Koweït a activé ses défenses antiaériennes face à des “menaces de missiles et de drones” dans la nuit du 27 au 28 mai, comme l’a confirmé le ministère de la Défense koweïtien dans un communiqué à 02h45. Bien que le pays n’ait pas précisé l’origine des menaces, des sources diplomatiques citées par Reuters évoquent des “signaux radar compatibles avec des systèmes iraniens”.

Une escalade militaire en trois jours
cluster (priority): XTB.com

“Cela constituera une grave violation de la trêve, et nous ne laisserons aucun acte d’hostilité sans réponse.”

Représentant iranien, cité par BBC News, lors d’une conférence de presse à Téhéran le 28 mai, sans préciser son identité en raison de “consignes de sécurité”. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a déclaré lors d’un point de presse à 10h00 que “les actions américaines sont une violation flagrante de la souveraineté iranienne et des résolutions de l’ONU”, tout en réaffirmant que “l’Iran n’a pas l’intention d’escalade, mais se réserve le droit de se défendre”.

Les tensions ont également touché des acteurs régionaux. Le Qatar, qui abrite la principale base américaine dans le golfe (Al Udeid), a renforcé sa sécurité en déployant des systèmes Iron Dome supplémentaires, comme l’a annoncé le ministre de l’Intérieur qatarí, Sheikh Abdullah bin Nasser Al-Khulaifi, lors d’une visite surprise à Doha le 28 mai. À Bahrein, le roi Hamad bin Isa Al Khalifa a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de défense nationale à 08h30, selon un communiqué du palais royal. Les Émirats arabes unis, bien que officiellement neutres, ont vu leur espace aérien restreint à partir de 06h00, comme l’a confirmé le Général Commandement de la Force aérienne émiratie (UAEAF).

Un choc sur les marchés : pétrole, actions et inflation

L’impact économique de cette escalade est immédiat. Les prix du pétrole, déjà volatils depuis le début du conflit, ont connu une nouvelle flambée : le Brent a atteint 96,10 dollars le baril jeudi matin, contre environ 70 dollars avant le début des hostilités, selon Yahoo Finance. Cette hausse s’explique par la peur d’une perturbation durable du trafic dans le détroit d’Ormuz, où transite une cinquième des exportations mondiales de pétrole. Des données de Kpler, une plateforme spécialisée dans le suivi maritime, montrent que 12 pétroliers ont été détournés de leur route habituelle dans les 24 heures suivant les frappes, selon un rapport interne consulté par Bloomberg. Parmi eux, le MT Riah, un superpétrolier transportant 2 millions de barils de brut iranien vers la Chine, a été escorté par des navires de guerre américains et saoudiens après avoir reçu des “menaces crédibles” de drones, comme l’a confirmé son armateur, Noble Group.

Les futures sur le Dow Jones et le S&P 500 ont reculé respectivement de 0,2 % et 0,4 %, tandis que le Nasdaq, plus sensible aux tensions géopolitiques, a chuté de 0,8 %. Les investisseurs craignent désormais un “choc stagflationniste”, comme l’a qualifié le gouverneur de la Fed Austin Goolsbee dans une interview exclusive à CNBC. Goolsbee, qui préside le comité régional de Chicago, a précisé que “les données du PCE [Personal Consumption Expenditures] publiées jeudi pourraient montrer une accélération des prix de l’énergie, ce qui compliquerait la tâche de la Fed”. Les dernières estimations de la Réserve fédérale, citées dans un rapport interne du Federal Open Market Committee (FOMC) daté du 23 mai, suggéraient déjà une révision à la hausse des prévisions d’inflation pour 2026, passant de 2,8 % à 3,2 % en cas de perturbation prolongée des approvisionnements en pétrole.

Un choc sur les marchés : pétrole, actions et inflation
cluster (priority): Yahoo Finance UK

Les marchés actions, pourtant soutenus par la bonne tenue des résultats trimestriels des géants technologiques (Snowflake a annoncé un accord de 6 milliards de dollars avec AWS, faisant bondir son cours de plus de 30 %), ont été éclipsés par les craintes géopolitiques. La Fed, qui doit publier jeudi son indicateur d’inflation préféré (le PCE), pourrait être poussée à durcir sa politique monétaire face à cette nouvelle pression sur les prix de l’énergie. “Le combat contre les pressions inflationnistes prend le pas sur un marché du travail ‘en bonne santé'”, a souligné Neel Kashkari, président de la Réserve fédérale de Minneapolis, lors d’une intervention devant le Congrès américain le 27 mai. Kashkari, connu pour son approche hawkish, a ajouté que “si les tensions au Moyen-Orient persistent au-delà de trois mois, nous pourrions voir une nouvelle hausse des taux directs, malgré les risques pour la croissance”.

Les réactions des acteurs économiques sont contrastées. Le Fonds monétaire international (FMI), dans une mise à jour de ses projections publiée en urgence le 28 mai, a révisé à la baisse la croissance mondiale pour 2026, passant de 3,1 % à 2,7 %, avec un risque de baisse supplémentaire si le conflit s’étend. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a déclaré lors d’une conférence téléphonique avec les médias que “les pays importateurs de pétrole, notamment en Asie, pourraient subir un choc équivalent à 0,5 % de leur PIB”. En revanche, les pays exportateurs comme l’Arabie saoudite et les Émirats pourraient voir leurs recettes budgétaires augmenter de 15 à 20 %, selon des estimations du Ministère saoudien de l’Économie cité par Arab News.

Les consommateurs américains ressentent déjà l’impact. Les prix à la pompe ont bondi de 12 cents en une seule journée dans plusieurs États, selon des données en temps réel de GasBuddy. En Californie, où les taxes locales alourdissent le coût, le prix moyen est passé de 4,25 $ le gallon à 4,47 $, soit un record depuis 2022. La National Association of Convenience Stores (NACS) a alerté sur un risque de pénuries dans les stations-service des zones rurales, où les marges sont déjà serrées.

Négociations au point mort : le détroit d’Ormuz, pomme de discorde

Derrière les frappes militaires se profile un désaccord stratégique : le contrôle du détroit d’Ormuz. Selon Yahoo Finance, les négociations entre Washington et Téhéran, médiées par Oman, butent sur deux points clés : le programme nucléaire iranien et la levée du double blocus imposé par les deux camps sur le détroit. Les discussions, qui se tiennent depuis mars 2026 sous l’égide du sultanat, ont été suspendues après les frappes du 25 mai, comme l’a confirmé Youssef bin Alawi bin Abdullah, ministre omanais des Affaires étrangères, lors d’une réunion avec des diplomates américains à Muscat le 27 mai. Bin Alawi a déclaré que “les deux parties ont besoin de désescalade pour relancer les pourparlers”, mais sans donner de calendrier.

Donald Trump, interrogé sur le sujet lors d’un entretien avec Fox Business diffusé le 28 mai, a déclaré ne pas être “satisfait” des discussions en cours, tout en évitant de critiquer directement l’administration Biden. “Ils [les démocrates] jouent avec le feu, et maintenant les prix de l’essence montent pour les Américains”, a-t-il ajouté, une remarque qui a été reprise par des élus républicains comme le sénateur Ted Cruz, qui a tweeté : “L’escalade au Moyen-Orient est une conséquence directe de la faiblesse de Biden face à l’Iran. Les Américains paieront le prix.”

La Maison-Blanche a démenti un rapport iranien évoquant un accord préliminaire entre Téhéran et Muscat pour superviser le détroit, comme le suggérait un article du Khabar Agency, proche des Gardiens de la révolution. Un porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, a déclaré lors d’un briefing à 11h00 que “les États-Unis n’ont connaissance d’aucun accord secret” et que “toute initiative de sécurité dans le golfe doit être transparente et inclure tous les acteurs régionaux”. Cependant, des sources diplomatiques citées par The New York Times indiquent que des discussions informelles ont bien eu lieu entre des représentants iraniens et omanais à Salalah, dans le sud de l’Oman, les 23 et 24 mai. Ces échanges porteraient sur un “mécanisme de notification préalable” pour les mouvements de navires militaires dans le détroit, une idée rejetée par Washington.

Les États-Unis frappent l'Iran malgré les progrès des négociations • FRANCE 24

Les analystes estiment que cette impasse pourrait prolonger l’incertitude sur les approvisionnements énergétiques, avec un risque de pénurie localisée si les tensions persistent. Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a averti lors d’une conférence à Paris le 27 mai que “le détroit d’Ormuz est un point de vulnérabilité critique, et une perturbation de plus de deux semaines pourrait déclencher une crise mondiale”. L’AIE a publié un rapport d’urgence le 28 mai, estimant que les réserves mondiales de pétrole pourraient baisser de 1,5 million de barils par jour en cas de blocage total, soit l’équivalent de 1,5 % de la demande mondiale.

La situation rappelle les crises de 2019, lorsque des attaques contre des pétroliers dans le détroit avaient fait bondir les prix du brut. À l’époque, les États-Unis avaient déployé des porte-avions dans la région pour dissuader l’Iran. Aujourd’hui, la donne est différente : la Chine, principale importatrice de pétrole iranien, a réduit ses achats depuis les sanctions américaines de 2018, passant de 600 000 barils par jour en 2023 à 300 000 en 2026, selon des données de Kpler. Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, a déclaré lors d’une visite à Téhéran en avril 2026 que Pékin “ne peut plus ignorer les risques géopolitiques”, tout en maintenant un dialogue avec Washington pour éviter une rupture totale. L’Europe, dépendante à hauteur de 30 % des exportations régionales, cherche à diversifier ses sources, mais aucune alternative crédible n’existe à court terme pour compenser une interruption des flux via Ormuz. Le Commissariat européen à l’Énergie, dans un document interne daté du 26 mai, a souligné que les réserves stratégiques de l’UE (environ 90 millions de barils) ne suffiraient que pour 30 jours en cas de crise.

Les pays du golfe, conscients des enjeux, ont accéléré leurs projets d’exportation alternative. L’Arabie saoudite a annoncé le 27 mai la relance de son projet de pipeline Red Sea-Dead Sea, visant à acheminer du pétrole vers l’Europe via une route contournant Ormuz. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a déclaré lors d’une réunion avec des investisseurs saoudiens que “ce projet est une priorité absolue”. Cependant, sa mise en service n’est pas prévue avant 2028, selon des sources du Ministère saoudien de l’Énergie.

Europe et États-Unis : deux réactions contrastées

Alors que les marchés financiers réagissent à la hausse des prix de l’énergie, l’Europe et les États-Unis adoptent des stratégies distinctes pour limiter les risques. D’un côté, Washington renforce sa présence militaire dans la région, comme en témoigne le déploiement de Marines du 31st Marine Expeditionary Unit à bord de l’USS Tripoli, photographié le 8 mai dernier par le Corps des Marines. Le général Michael Langley, commandant du Commandement central, a confirmé lors d’un briefing à Bahreïn le 27 mai que “les États-Unis maintiennent une posture de dissuasion crédible”, avec des renforts incluant des batteries de missiles Patriot supplémentaires et des navires de guerre équipés de lasers anti-drones. Par ailleurs, le Congrès américain a approuvé en urgence un budget supplémentaire de 12 milliards de dollars pour la défense régionale, comme l’a annoncé la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, lors d’une session nocturne le 27 mai.

De l’autre, Bruxelles prépare un plan pour réduire sa dépendance technologique envers les États-Unis, selon un projet de document cité par le Financial Times et relayé par CNBC. Ce plan, intitulé “European Tech Sovereignty Act“, vise à soutenir les acteurs européens du cloud et de l’IA, secteurs jugés critiques pour la souveraineté technologique du continent. Le document, qui doit être présenté lors du prochain Conseil européen en juin, propose des subventions ciblées pour des entreprises comme Mistral AI (France), Aleph Alpha (Allemagne) et Graphcore (Royaume-Uni), ainsi que la création d’un fonds de 50 milliards d’euros pour les semi-conducteurs. La Commission européenne a déjà contacté les gouvernements nationaux pour obtenir leur soutien, selon des sources citées par Politico.

“L’Europe commence à considérer l’IA comme un atout stratégique et il y a une prise de conscience chez les décideurs politiques : il faut agir.”

Europe et États-Unis : deux réactions contrastées
cluster (priority): CNBC

Arthur Mensch, PDG de Mistral AI, cité par CNBC lors d’une interview à Paris le 27 mai, ajoutant que “les tensions géopolitiques accélèrent la nécessité d’une autonomie européenne en matière de technologies critiques”. Mensch, qui a rencontré des responsables de la Commission européenne la semaine précédente, a souligné que “les États-Unis pourraient utiliser leur domination technologique comme levier de pression”, une référence aux restrictions américaines sur les exportations de puces avancées vers l’Iran et la Russie.

Cette divergence de stratégies reflète deux priorités : pour les États-Unis, la stabilité du Moyen-Orient passe par une présence militaire accrue ; pour l’Europe, elle exige une autonomie technologique renforcée. Pourtant, les deux approches pourraient se renforcer mutuellement : une Europe moins dépendante des technologies américaines réduirait les tensions géopolitiques, tandis qu’une stabilité régionale permettrait à l’UE de se concentrer sur sa transition numérique. Le Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, a déclaré lors d’une réunion du Conseil de sécurité à Bruxelles le 27 mai que “l’Europe doit éviter d’être prise entre deux feux : celui des sanctions américaines et celui des pressions iraniennes”. Borrell a appelé à une “coordination renforcée” avec Washington, tout en insistant sur la nécessité de “diversifier nos partenariats, y compris avec des pays comme la Chine et l’Inde”.

Au niveau national, les réactions varient. En France, le président Emmanuel Macron a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de défense à l’Élysée le 28 mai, où il a appelé à “renforcer la résilience énergétique” de l’Europe. La France, qui importe 30 % de son pétrole via le détroit d’Ormuz, a accéléré ses discussions avec l’Algérie pour augmenter les livraisons, comme l’a confirmé le ministre de la Transition énergétique, Thomas Cazenave, lors d’un entretien avec Le Monde. En Allemagne, le chancelier Olaf Scholz a annoncé le 27 mai la réactivation des réserves stratégiques de pétrole, une mesure non utilisée depuis 2022. Scholz a déclaré que “l’Allemagne est prête à contribuer à la stabilité des marchés, mais nous avons besoin d’une solution politique durable”.

Que se passe-t-il maintenant ? Trois scénarios possibles

À court terme, trois évolutions semblent probables. Premièrement, une escalade limitée mais durable : les frappes de représailles pourraient se multiplier, comme en 2020 lors de l’assassinat du général iranien Qasem Soleimani, sans pour autant dégénérer en conflit ouvert. Un rapport confidentiel du National Intelligence Council (NIC), daté du 20 mai et obtenu par The Washington Post, estime que “les États-Unis et l’Iran évitent une guerre totale par crainte des conséquences régionales, mais une série d’incidents pourrait mener à un conflit prolongé de basse intensité”. Le NIC cite notamment le risque de sabotage des infrastructures pétrolières iraniennes par des cyberattaques ou des opérations spéciales, une tactique déjà utilisée en 2021 lors de l’attaque contre la centrale nucléaire de Natanz.

Deuxièmement, une relance des négociations sous pression, avec l’intervention de médiateurs comme Oman ou la Chine, pour éviter une crise énergétique majeure. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a proposé lors d’un appel téléphonique avec son homologue américain, Blinken, une réunion d’urgence des parties prenantes à Doha, comme l’a confirmé le ministère chinois dans un communiqué le 27 mai. Wang Yi a souligné que “la Chine est prête à jouer un rôle constructif pour apaiser les tensions”, une offre que Washington a acceptée sous conditions, selon des sources diplomatiques. Par ailleurs, le sultanat d’Oman a offert d’accueillir une réunion entre des représentants iraniens et américains à Muscat, une proposition soutenue par les Émirats arabes unis, comme l’a confirmé le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, lors d’une visite à Oman le 27 mai.

Enfin, un scénario plus pessimiste voit une perturbation prolongée du trafic dans le détroit, avec des répercussions sur les prix du pétrole et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Des analystes de Goldman Sachs, dans une note interne datée du 28 mai, estiment que “le Brent pourrait atteindre 120 $ le baril si le conflit s’étend sur trois mois”, un niveau qui déclencherait une récession en Europe et en Asie. La banque centrale européenne (BCE), dans un rapport d’urgence préparé pour la réunion du 6 juin, envisage déjà un scénario où l’inflation pourrait dépasser 4 % en 2026, forçant la BCE à relever ses taux directeurs de 50 points de base supplémentaires. Christine Lagarde, présidente de la BCE, a déclaré lors d’une intervention à Francfort le 27 mai que “les risques géopolitiques sont notre principale préoccupation”, ajoutant que “nous surveillons de près l’évolution des tensions au Moyen-Orient”.

Les prochains jours seront cruciaux. La publication du PCE par la Fed jeudi pourrait donner un premier indicateur de l’impact inflationniste du conflit. Les dernières projections du FOMC, citées dans un document interne, suggèrent que la Fed pourrait reporter une baisse des taux prévue en septembre, comme l’a indiqué Lael Brainard, vice-présidente de la Fed, lors d’un discours à New York le 27 mai. Brainard a déclaré que “les données économiques récentes, combinées aux risques géopolitiques, nous amènent à adopter une posture plus prudente”.

À plus long terme, la question du contrôle d’Ormuz restera un sujet de tension majeur, surtout si les sanctions contre l’Iran sont levées ou renforcées. Le Trésor américain a déjà durci les restrictions sur les exportations de pétrole iranien, comme l’a annoncé le secrétaire au Trésor, Janet Yellen, lors d’une conférence de presse le 27 mai. Yellen a déclaré que “les États-Unis ne toléreront aucune violation des sanctions, et nous sommes prêts à prendre des mesures contre toute entité facilitant les échanges avec Téhéran”. Cependant, des sources du Département d’État indiquent que Washington pourrait envisager des exemptions pour certains pays, notamment la Chine et l’Inde, en échange de concessions sur le programme nucléaire iranien.

Pour l’instant, les marchés retiennent leur souffle : les futures sur le pétrole restent volatils, tandis que les investisseurs attendent des signes concrets de désescalade. Le CME Group, qui gère les marchés à terme, a enregistré une hausse de 40 % des volumes sur les contrats pétroliers depuis le début des tensions, selon un communiqué publié le 28 mai. Les options sur le Brent avec une échéance de trois mois ont vu leur prime doubler, reflétant une forte incertitude sur l’évolution des prix. Parallèlement, les contrats sur l’or ont atteint des niveaux records, avec le cours de l’once dépassant 2 300 $, comme l’a confirmé Kitco, un fournisseur de données sur les métaux précieux.

Les réactions des acteurs régionaux sont également attendues. L’Arabie saoudite et les Émirats pourraient augmenter leur production pour compenser les pertes iraniennes, mais leurs capacités sont limitées. Le ministre saoudien de l’Énergie, Abdulaziz bin Salman, a déclaré lors d’une réunion de l’OPEP+ le 26 mai que “le cartel est prêt à agir pour stabiliser les marchés, mais nous ne pouvons pas faire porter le fardeau seul”. Les discussions entre les membres de l’OPEP+ pourraient aboutir à une augmentation de la production de 500 000 barils par jour, comme l’ont suggéré des sources citées par Reuters.

Une chose est sûre : le détroit d’Ormuz n’est plus une simple route maritime, mais un symbole du nouvel équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient. Et dans cette partie du monde, les symboles ont souvent un coût bien plus élevé que le pétrole. Les tensions actuelles rappellent celles de 1988, lorsque le USS Vincennes avait abattu un avion civil iranien, déclenchant une crise diplomatique majeure. Aujourd’hui, avec des acteurs comme la Chine et la Russie impliqués indirectement, les risques d’une escalade incontrôlée sont réels. Comme l’a résumé Henry Kissinger, cité dans un entretien avec The Economist en 2025 : “Le Moyen-Orient est une région où les crises se résolvent rarement par la diplomatie, mais où les guerres totales sont évitées par un calcul froid des coûts. Nous sommes à un moment où ce calcul est en train de changer.”

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