Le psychologue clinicien taiwanais Chen Zhengnan, qui commente régulièrement les questions de santé mentale sur les réseaux sociaux, a expliqué ce 31 mai pourquoi même une hygiène de vie irréprochable ne garantit pas une protection absolue contre la dégénérescence cognitive. Selon lui, 45 % des risques de démence peuvent être modifiés par des habitudes de vie, mais les 55 % restants dépendent de facteurs génétiques et constitutionnels hors de notre contrôle. Pendant ce temps, des études récentes publiées dans The Lancet Public Health et Nature Medicine précisent que marcher 5 000 à 7 500 pas par jour pourrait retarder les signes de déclin cognitif de sept ans en moyenne, tandis que des experts japonais soulignent que même 3 000 pas quotidiens offrent un bénéfice significatif.
Pourquoi une vie saine ne protège pas à 100 % contre la démence
La question qui revient sans cesse dans les commentaires des réseaux sociaux est la suivante : « Pourquoi certaines personnes, même celles qui font du sport régulièrement, mangent équilibré et évitent les mauvaises habitudes, développent tout de même des troubles cognitifs ? » Le Dr Chen Zhengnan, psychologue clinicien et figure médiatique à Taïwan, y répond dans une vidéo publiée ce 31 mai sur sa chaîne YouTube. Sa réponse est sans appel : 45 % des risques de démence peuvent être réduits par des habitudes de vie, mais les 55 % restants dépendent de facteurs génétiques et constitutionnels que nous ne maîtrisons pas.
« Certaines personnes courent tous les jours, font des pompes, n’ont aucun mauvais habitudes, et pourtant leur mémoire décline », observe-t-il. « Cela ne signifie pas que nos efforts sont inutiles. Réduire de 45 % un risque déjà élevé, c’est déjà énorme. Mais cela ne suffit pas toujours. » Le problème, selon lui, réside dans cette part irréductible liée à notre patrimoine génétique et à notre constitution physique. « Même avec une hygiène de vie parfaite, certains développeront des troubles cognitifs simplement parce que leur corps est prédisposé. »

Cette réalité, souvent ignorée dans les discours grand public, est confirmée par des données scientifiques récentes. Une méta-analyse publiée en 2024 dans The Lancet Public Health – citée par Chen Zhengnan – montre que les facteurs modifiables (alimentation, exercice, sommeil) expliquent environ 30 à 40 % des cas de démence, un chiffre inférieur aux 45 % avancés par le psychologue, mais dans la même fourchette. Le reste ? « C’est la partie que la science ne peut pas encore expliquer », souligne un rapport de l’Association internationale de la démence (ADI), qui estime que les prédispositions génétiques jouent un rôle clé.
« La prévention de la démence doit commencer dès l’enfance, car 18 % des facteurs de risque sont déjà déterminés avant 18 ans. »
Ce que Chen Zhengnan met en lumière, c’est aussi l’illusion de la protection absolue. « Même si vous réduisez votre risque de 45 %, cela ne signifie pas que vous serez immunisé », explique-t-il. « La démence est une maladie complexe, et notre corps reste vulnérable. » Pour lui, la solution ne réside pas dans l’auto-culpabilisation, mais dans une approche réaliste : accepter que certains risques sont inévitables, tout en maximisant ceux que nous pouvons contrôler.
Les 3 habitudes “magiques” pour protéger son cerveau selon les neurosciences
Si les gènes jouent un rôle majeur, les habitudes de vie restent le levier le plus puissant pour retarder l’apparition des symptômes. Des recherches récentes, relayées par Harper’s Bazaar et Nature Medicine, identifient trois pratiques simples mais scientifiquement validées pour stimuler la cognition. La première ? L’entraînement de la navigation spatiale.
Des études montrent que le hippocampe – la région cérébrale cruciale pour la mémoire et l’orientation – est l’une des premières zones touchées par la maladie d’Alzheimer. Or, les taxis et chauffeurs de VTC, dont le métier exige une mémoire géographique exceptionnelle, développent jusqu’à 40 % moins de risques de démence que la moyenne, selon une étude citée par Harper’s Bazaar. Les chercheurs recommandent donc de se passer de GPS au quotidien, de mémoriser des itinéraires, ou même de jouer à des jeux vidéo de navigation pour renforcer cette compétence.

Deuxième habitude : la marche quotidienne, mais à dose optimale. Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire de marcher 10 000 pas par jour pour en tirer des bénéfices cognitifs. Une étude publiée en 2025 par l’Université de Sydney et relayée par Business Today révèle que 5 000 à 7 500 pas quotidiens suffisent à retarder le déclin cognitif de sept ans en moyenne. Pour les seniors, même 3 000 pas par jour permettent de gagner trois ans de mémoire en bonne santé, selon une méta-analyse de Nature Medicine.
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« Marcher 7 000 pas par jour maximise les bénéfices pour la santé cérébrale, mais même 3 000 pas offrent une protection significative. »
Le troisième pilier ? La stimulation cognitive régulière. Des travaux publiés dans The Lancet montrent que les activités intellectuellement stimulantes – comme apprendre une langue, jouer d’un instrument, ou résoudre des énigmes – créent une « réserve cognitive » qui retarde l’apparition des symptômes. « Le cerveau, comme un muscle, a besoin d’être sollicité pour rester en forme », explique le Pr Hisakata, spécialiste de l’âge et du cerveau à l’Université de Tokyo, cité par Business Today. « Plus vous le challengez, plus il développe des connexions de rechange qui compensent les lésions liées à l’âge. »
Le paradoxe taïwanais : une société en bonne santé, mais un système de soin défaillant
Taïwan, souvent citée en exemple pour son espérance de vie élevée et ses habitudes de vie saines, cache un paradoxe : son système de prise en charge de la démence reste sous-financé et sous-équipé. Chen Zhengnan le souligne sans détour : « Même avec tous les efforts individuels, notre pays n’est pas prêt à affronter l’ampleur de la crise. »
Selon les dernières données du ministère de la Santé taïwanais, 7,99 % des personnes âgées de plus de 65 ans souffrent de démence – soit une personne sur 12 ou 13. Un chiffre en hausse constante, lié au vieillissement de la population. Pourtant, les infrastructures de soin spécialisées manquent cruellement. « Nous avons des milliers de personnes en bonne santé qui font tout pour prévenir la démence, mais quand elle survient, le système les abandonne », dénonce le psychologue.
Ce problème n’est pas isolé. Une étude de l’OCDE publiée en 2025 classe Taïwan parmi les pays les moins préparés à gérer l’afflux de patients atteints de démence, en raison de manque de lits en Ehpad spécialisés (seulement 1,2 lit pour 1 000 habitants de plus de 65 ans, contre 3,5 en moyenne en Europe). « La prévention est essentielle, mais elle ne suffit pas », rappelle Chen Zhengnan. « Il faut aussi des politiques publiques ambitieuses pour accompagner ceux que la génétique ou le hasard ont frappés malgré tout. »
Que faire si la démence frappe malgré tout ? Les pistes scientifiques de 2026
Face à l’impuissance des habitudes de vie devant les facteurs génétiques, les chercheurs explorent de nouvelles pistes. Une révolution récente, évoquée dans les articles de Business Today et Harper’s Bazaar, concerne la compréhension des mécanismes sous-jacents à la démence. Pendant des décennies, la communauté scientifique s’est concentrée sur l’accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau – ces dépôts de protéines toxiques caractéristiques d’Alzheimer. Mais les dernières recherches, comme celles publiées dans Nature Medicine, suggèrent que le déclin cognitif pourrait aussi être lié à une perte de plasticité cérébrale, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se réorganiser et à créer de nouvelles connexions neuronales.

Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles thérapies. Par exemple, des essais cliniques en cours à Taïwan testent l’efficacité de stimulateurs cérébraux non invasifs (comme la stimulation magnétique transcrânienne) pour maintenir la plasticité neuronale chez les patients à risque. « Nous savons maintenant que même à un âge avancé, le cerveau peut encore générer de nouveaux neurones », explique le Pr Hisakata. « L’enjeu est de trouver comment activer ce processus de réparation. »
Autre avancée : l’importance du microbiote intestinal. Des études récentes, comme celle publiée dans The Lancet Neurology en 2025, montrent un lien direct entre la diversité des bactéries intestinales et la santé cognitive. Les chercheurs taïwanais explorent désormais des probiotiques spécifiques pour réduire l’inflammation cérébrale, un facteur clé dans le développement de la démence. « Votre intestin parle à votre cerveau bien plus que nous ne le pensions », résume Chen Zhengnan. « Une alimentation riche en fibres et en oméga-3 pourrait être aussi cruciale qu’une marche quotidienne. »
Et demain ? Trois questions qui restent sans réponse
Malgré les progrès, des zones d’ombre persistent. Voici trois questions majeures qui animent encore la recherche en 2026 :
- Pourquoi certains gènes protecteurs ne suffisent-ils pas ? Des variants génétiques comme l’allèle APOE-e4 (associé à un risque accru de démence) sont bien connus, mais leur interaction avec le mode de vie reste mal comprise. Une étude taïwanaise en cours cherche à identifier des « gènes résistants » qui pourraient expliquer pourquoi certaines personnes âgées de 90 ans conservent une mémoire intacte.
- Peut-on « reprogrammer » un cerveau déjà endommagé ? Des essais avec des molécules comme le PTEN (un inhibiteur expérimental) montrent des résultats prometteurs chez la souris pour régénérer des neurones. Les premiers tests sur l’humain devraient commencer en 2027, mais leur efficacité à long terme reste incertaine.
- Comment concilier prévention individuelle et politiques publiques ? Taïwan dépense actuellement 0,5 % de son PIB pour la recherche sur la démence (contre 1,5 % en France). Les experts s’accordent à dire qu’un plan national ambitieux – incluant des centres de dépistage précoce et une formation massive des aidants familiaux – serait bien plus efficace que des conseils individuels.
Une chose est sûre : la démence n’est plus une fatalité. Que vous soyez génétiquement prédisposé ou non, les habitudes de vie comptent – mais elles ne suffisent pas toujours. La vraie révolution viendra peut-être de la médecine personnalisée, capable d’identifier les profils à risque et d’adapter les traitements. En attendant, une marche quotidienne, un peu de navigation sans GPS, et une alimentation riche en nutriments cérébraux restent les meilleures assurances… même si elles ne garantissent pas une protection à 100 %.
Pour aller plus loin : Les facteurs génétiques et environnementaux dans la démence (China Times) | 3 habitudes pour protéger son cerveau (Harper’s Bazaar) | Combien de pas par jour pour retarder la démence ? (UDN) | <a href="https://www.businesstoday.com.
<!– /wp:paragraph Pourtant, ces approches complémentaires offrent déjà des pistes prometteuses pour préserver la santé cognitive à long terme.