Plusieurs provinces canadiennes abandonnent le changement d’heure

Alors que la plupart des provinces canadiennes ont reculé leurs montres d’une heure ce week-end, une grande partie de l’Ouest canadien et des territoires ont choisi de figer l’heure pour de bon, abandonnant le changement d’horaire saisonnier au profit d’une heure avancée permanente qui suscite de vifs débats sur la santé et la logistique.

Le rituel séculaire du changement d’heure a pris des tournures inédites ce week-end à travers le pays. Dans la nuit de samedi à dimanche, la majeure partie de l’Ontario, le Québec, les provinces de l’Atlantique et le Nunavut ont sagement tourné leurs aiguilles d’une heure vers l’arrière. Mais de l’autre côté du pays, le paysage temporel s’est fragmenté. La Colombie-Britannique, l’Alberta, le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest ont décidé de tourner le dos au mouvement semestriel des horloges, rejoignant ainsi la Saskatchewan et le Yukon qui s’étaient déjà affranchis de cette danse horaire depuis des années.

Ce grand partage géographique laisse derrière lui une mosaïque complexe où les citoyens se réveillent avec un décalage redéfini face à leurs voisins. Vancouver se trouve désormais une heure en avance sur Seattle et Los Angeles, tandis que l’Alberta observe sa propre heure fixe, baptisée l’heure de l’Alberta ou ABT, positionnée à UTC-6 toute l’année, selon les précisions partagées par les résidents et les services provinciaux.

Les motifs d’un choix permanent et la grogne des milieux d’affaires

L’abandon de l’alternance d’ici et là répond à une décennie de frustration publique. En Colombie-Britannique, un sondage mené en 2019 auprès de plus de 223 000 répondants indiquait qu’une écrasante majorité, soit 93 pour cent des voix exprimées, soutenait le passage à une heure avancée permanente. Le gouvernement provincial espérait ainsi éliminer les perturbations familiales et offrir un surplus de luminosité en soirée durant l’hiver. Néanmoins, l’outil de consultation n’offrait que deux options — garder le système actuel ou adopter l’heure avancée — en omettant totalement de soumettre l’option d’une heure normale permanente.

Plusieurs provinces canadiennes abandonnent le changement d'heure
Photo : CTV News

Pour les entreprises, cette transition vers un régime fractionné n’est pas sans friction. Les acteurs de la logistique commerciale et des transports doivent réajuster leurs calendriers de communication et de livraison pour éviter qu’un vendeur de Calgary n’oublie que son client de Toronto est désormais calé différemment. Jen Riley, présidente et directrice générale de la British Columbia Chamber of Commerce, souligne que la pression pour abolir le changement d’heure durait depuis dix ans, bien que les ajustements techniques sur les serveurs informatiques et les applications mobiles aient donné des sueurs froides à plusieurs utilisateurs ce dimanche matin.

Le cri d’alarme des experts en sommeil et en santé publique

Si la fin des sauts d’horaire réjouit bon nombre de citoyens fatigués, les spécialistes de la santé s’inquiètent de l’option retenue. Selon Kai-Florian Storch, professeur de psychiatrie à l’Université McGill, le choix de l’heure avancée permanente constitue une erreur fondamentale pour l’horloge biologique humaine.

Kai-Florian Storch a déclaré selon Global News que « lorsque l’on souhaite passer à l’heure permanente, il doit s’agir de l’heure normale permanente ».

Plusieurs provinces canadiennes abandonnent le changement d'heure
Photo : Nationalpost

Dans la même veine, Wendy Hall, professeure émérite à l’École des sciences infirmières de l’Université de la Colombie-Britannique, n’y va pas par quatre chemins : Nous avons choisi la mauvaise voie, insiste-t-elle, estimant que les pressions politiques l’ont emporté sur les recommandations scientifiques unanimes.

En hiver, ce choix d’allonger la clarté du soir se paie cash au réveil. À Vancouver, Calgary et Winnipeg, le soleil se lèvera désormais entre 9 h et 9 h 30, tandis qu’à Edmonton, l’aube du solstice d’hiver pointera juste avant 10 h. Rebecca Robillard, professeure de psychologie à l’Université d’Ottawa et coprésidente du Consortium canadien de recherche sur le sommeil, avertit que repousser ainsi la lumière matinale prive l’organisme de son signal de réinitialisation biologique naturel, ouvrant la porte à des répercussions sur la santé mentale et physique, ainsi que sur l’apprentissage des jeunes.

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Photo : CityNews Edmonton

La réaction de Québec et l’incertitude qui plane sur l’est du pays

L’effet d’entraînement gagne les autres provinces. Au Québec, le premier ministre Paul St-Pierre Plamondon a annoncé que son gouvernement entendait abolir les allers-retours saisonniers dès l’an prochain, emboîtant le pas aux provinces de l’ouest après qu’une consultation menée en 2024 sous l’ancienne administration eut récolté 91 pour cent d’avis favorables à la suppression du changement d’heure parmi 214 000 répondants.

Cependant, le gouvernement québécois n’a pas encore tranché entre l’heure avancée ou l’heure normale. La ministre de la Justice Marie-Claude Sarrazin doit piloter des consultations rapides pour valider la direction à prendre. Du côté des Maritimes, les autorités avaient indiqué en 2022 préférer observer la stratégie des provinces voisines avant de bouger, tandis que le Nouveau-Brunswick a confirmé qu’il maintenait pour l’instant le statu quo.

Alors que des municipalités comme Winnipeg renforcent l’éclairage autour des zones scolaires et que les divisions demandent aux parents d’habiller leurs enfants avec des vêtements fluorescents pour affronter les matins noirs, les chercheurs prédisent que les désagréments de cette heure d’hiver ténébreuse forceront peut-être les politiciens à revoir leur copie d’ici un an.

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