« Parfois, on se sent impuissants », de retour à la caserne d’Anglet, les pompiers racontent

« On n’avait jamais été impliqué dans un feu de forêt d’une telle ampleur. C’était impressionnant. Quand il y a des pins de 30 mètres de haut qui brûlent avec des flammes de la même taille, sur un front de 15 km… Peu de pompiers présents avaient déjà vu…

« On n’avait jamais été impliqué dans un feu de forêt d’une telle ampleur. C’était impressionnant. Quand il y a des pins de 30 mètres de haut qui brûlent avec des flammes de la même taille, sur un front de 15 km… Peu de pompiers présents avaient déjà vu ça », témoigne le capitaine Stéphane Anton, 49 ans. 20 800 hectares sont partis en fumée et 20 000 personnes ont été évacuées. Jamais la Gironde n’avait connu un tel incendie dans son histoire.

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« Le feu n’a jamais été fixé tout le temps de notre présence. On a passé notre temps à courir derrière lui, en fonction du vent et des reliefs », raconte le sergent-chef Laurent Chevalier, 42 ans. D’autant que ces pompiers d’Anglet n’étaient pas habitués aux spécificités de la forêt girondine. « Certains pins étaient troués par les résiniers qui récoltent la sève (le gemmage, NDLR). Quand les flammes pénètrent dans le tronc, la sève à l’intérieur se met en ébullition avec la chaleur et finit par faire exploser le tronc. Les arbres peuvent chuter, il faut faire attention », explique Stéphane Anton, plus habitué aux dangers des feux dans le secteur de la Rhune ou à Ascain.

« Prêts à y retourner »

La première équipe de la caserne d’Anglet a été appelée en urgence au lendemain soir du départ du feu, le mercredi 13 juillet. « Ce qui nous a frappés en arrivant à La-Teste-de-Buch, c’est le panache de fumée depuis l’autoroute mais aussi le nombre de pompiers présents sur place. Les moyens humains et matériels déployés étaient hors norme, poursuit le capitaine. La ligne d’appui des camions étendue sur un kilomètre au Pilat, c’était considérable. » Au total, 60 départements ont envoyé des renforts. Dans les Pyrénées-Atlantiques, une première équipe de 21 pompiers d’Anglet est d’abord restée trois jours sur place. Un système de relais, sur la base du volontariat, a ensuite été mis en place.

« On était tous volontaires. On ne se voyait pas rester à la caserne sans y aller. Combattre le feu, c’est ce qui nous anime. C’est l’essence même de notre profession. À peine revenus, on était tous prêts à y retourner », explique le lieutenant Jean-Jacques Dupuy, 52 ans. À cette satisfaction, s’ajoute un bilan matériel et humain minime, malgré l’ampleur du feu. Après une lutte acharnée, plusieurs villages ont été préservés des flammes. Aujourd’hui, ils apparaissent comme des bulles au milieu du néant.

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« Le feu arrivait sur nous »

« Parfois, on se sent impuissants. Il suffit que le vent tourne et tout est à refaire. En plus du vent, il y avait la température à plus de 40 °C. L’humidité était très faible aussi. L’eau séchait rapidement au sol. Tous ces facteurs font que les flammes se propageaient très vite », raconte Laurent Chevalier. Le capitaine Anton s’est même fait une petite frayeur : « Notre véhicule 4×4 s’est retrouvé ensablé et le feu arrivait sur nous. Il était à 50 mètres et on ne pouvait plus bouger. Heureusement qu’un camion est vite arrivé pour nous tirer. »

Dans ces conditions dantesques, les sapeurs-pompiers buvaient en moyenne « 1 litre d’eau par heure ». Du samedi 16 au dimanche 17 juillet, la nuit a été particulièrement éprouvante. « On s’est battu pour préserver les campings de la dune du Pilat. Malheureusement, quand on est revenu sur place le lundi soir, tout avait brûlé dans l’après-midi. C’était terrible. Il ne restait plus aucun déchet, juste des pierres… », déplorent les pompiers.

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En caleçon dans le lac

Face aux fortes chaleurs, mêmes nocturnes, tous les moyens sont bons pour se rafraîchir. « On s’est retrouvé en caleçon dans le lac de Cazaux pour remplir les motopompes », raconte le sergent-chef. Cette image inédite restera gravée dans sa mémoire comme un moment marquant de ces incendies. C’est aussi son équipe qui a plongé dans la piscine toutes les bouteilles de gaz du restaurant La Corniche, à La-Teste-de-Buch, pour éviter les explosions.

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