La Chambre des représentants du Nigeria a adopté, ce jeudi 11 juin 2026, le projet de loi HB 617 visant à instaurer des polices d’État, une réforme majeure de la sécurité nationale. Ce vote décisif marque une avancée cruciale dans le processus de révision constitutionnelle pour lutter contre le terrorisme et le banditisme.
Un vote crucial marqué par des imprévus techniques
La session parlementaire, dirigée par le président de la Chambre, Abbas Tajudeen, a été caractérisée par une atmosphère d’urgence. Alors que plus de 290 députés étaient présents, le processus de vote a dû être adapté en cours de séance. Selon un rapport de Premium Times, le système de vote électronique est tombé en panne, contraignant les législateurs à recourir à un vote oral manuel pour valider la motion.
Malgré ce contretemps technique, la décision a été massive. Le résultat final du décompte manuel a révélé que 289 membres soutenaient la proposition, contre seulement quatre voix contre. Ce vote a permis de lever les obstacles législatifs au sein de la Chambre, ouvrant la voie à la transmission du texte au Sénat.
Le président Tajudeen a souligné la nécessité de traiter cette question de sécurité de manière prioritaire afin d’éviter tout retard supplémentaire dans le calendrier législatif. Il a annoncé une pause immédiate pour permettre une revue approfondie des textes.
« Après cela, nous entamerons notre interruption parlementaire de fin d’année pendant deux semaines. Cela permettra aux membres d’étudier les projets de loi en vue de leur examen lors de notre reprise », a déclaré M. Tajudeen.
Abbas Tajudeen, via Premium Times
La décentralisation comme réponse au chaos sécuritaire
Photo: Punch Newspapers
L’argument central de cette réforme repose sur l’échec perçu du modèle de commandement centralisé basé à Abuja. Pour les partisans du projet, la concentration des forces de l’ordre au sommet de l’État a considérablement ralenti les temps de réaction face aux crises locales.
Benjamin Kalu, vice-président de la Chambre et président du Comité de révision de la Constitution, a présenté le projet de loi comme une réponse indispensable à l’aggravation de la situation sécuritaire. Comme l’indique Premium Times Nigeria, le projet de loi est officiellement intitulé : « Projet de loi visant à modifier la Constitution de la République fédérale du Nigeria de 1999 pour prévoir l’établissement d’une police d’État, et pour des questions connexes (Sixième modification) 2026 ».
Selon M. Kalu, l’instauration de polices d’État permettrait de déployer des agents qui possèdent une connaissance directe du terrain. Cette expertise locale inclut :
La maîtrise des langues locales pour faciliter les échanges avec les populations ;
Une compréhension fine de la géographie des communautés ;
Une capacité de réponse plus rapide aux incidents de sécurité immédiats.
Cette approche vise à transformer la sécurité d’un modèle de réaction descendante en un modèle de protection de proximité, capable de s’attaquer plus efficacement aux cellules de terroristes et aux réseaux de kidnappeurs.
Vers une adoption rapide par le Sénat
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Le projet de loi ne reste pas longtemps entre les mains de la Chambre des représentants. L’étape suivante est la concurrence du Sénat, où les perspectives semblent favorables. Le leader du Sénat, le sénateur Opeyemi Bamidele, a affirmé que la chambre haute devrait adopter la réforme dès cette semaine.
Dans une analyse rapportée par Punch Newspapers, le sénateur Bamidele a qualifié cette réforme de « très attendue » au regard de l’urgence nationale. Il a également replacé ce débat dans le contexte de la gestion de la défense nationale, rappelant que le Sénat privilégie actuellement le soutien aux forces militaires en plein conflit plutôt que des enquêtes budgétaires qui pourraient déstabiliser l’effort de guerre.
Si le Sénat approuve le texte, il sera ensuite transmis aux 36 assemblées d’État. Pour que la réforme devienne effective, elle devra recueillir l’approbation des deux tiers des assemblées législatives des États.
Un équilibre fragile entre réforme et contrôle
Bien que le consensus semble se dégager au sein du pouvoir législatif, la création de polices d’État n’est pas exempte de controverses. Le débat oppose deux visions de la stabilité nationale : la décentralisation pour l’efficacité contre la crainte d’une fragmentation du pouvoir.
Si les partisans voient dans cette mesure une solution pour contrer l’insécurité, les critiques s’inquiètent des risques d’abus de pouvoir par les gouvernements régionaux. La question de la coordination entre ces nouvelles forces locales et les structures fédérales reste un défi majeur pour la mise en œuvre de la réforme.
Le soutien du président Bola Tinubu, qui avait exprimé sa faveur pour la création de polices d’État en décembre dernier, renforce la position des réformateurs. Néanmoins, le succès de cette transition dépendra de la capacité des législateurs à définir des cadres de contrôle stricts pour éviter que la décentralisation de la sécurité ne devienne une décentralisation de l’impunité.
Étape du processus
Statut actuel
Prochaine échéance
Chambre des représentants
Adopté (HB 617)
Transmission au Sénat
Sénat
En attente
Vote prévu cette semaine
Assemblées d’État
Non entamé
Nécessité de 2/3 des votes
<!– /wp:table The outcome of the Senate vote this week will be critical in determining whether the reform can move forward without further delays.
Photo: Premium Times Nigeria