La police de la province de Thanh Hoá a démantelé un réseau international de fraude en ligne ayant spolié des milliers de victimes à travers le Vietnam pour un préjudice chiffré en milliers de milliards de dôngs. Vingt-et-un suspects ont été inculpés pour utilisation frauduleuse de réseaux informatiques, selon le ministère de la Sécurité publique.
Genèse et fonctionnement du réseau criminel
L’enquête, débutée au début de l’année 2023, a révélé que le cerveau présumé, Mai Văn Tới, s’était installé à Bavet, dans la province cambodgienne de Svay Rieng. Selon le ministère de la Sécurité publique, il y a loué 12 chambres pour établir une plateforme d’opérations illégales en collaboration avec des ressortissants étrangers. Le groupe a recruté environ 70 citoyens vietnamiens, les faisant passer au Cambodge pour manipuler des systèmes d’investissement en cryptomonnaies binaires, notamment sur une plateforme nommée JPX.
Le mode opératoire reposait sur un processus rigoureusement structuré en quatre étapes, décrit par les autorités comme suit :
« Étape 1 : “Bắt khách” (Capture du client) : Les employés utilisent un scénario préétabli pour approcher, discuter et convaincre les clients d’investir. Étape 2 : “Nuôi khách” (Élevage du client) : Inciter les clients à investir sur la plateforme de cryptomonnaie binaire et leur permettre de gagner continuellement de petites sommes pour instaurer la confiance. Étape 3 : “Khách vào tiền” (Le client investit) : Intégrer les victimes dans des groupes Telegram contenant de nombreux comptes fictifs jouant le rôle de “chim mồi” (appâts) pour pousser à des investissements massifs. Étape 4 : “Giết khách” (Abattage du client) : Une fois les fonds importants engagés, les suspects invoquent divers prétextes — dépassement de contrat, erreur dans le libellé du virement, retrait suspendu — pour s’approprier l’argent. »
Ministère de la Sécurité publique du Vietnam
Ce type de fraude, souvent qualifié par les analystes en cybersécurité de « pig butchering » (engraissement de porcs), exploite la psychologie des réseaux sociaux. En établissant une relation de confiance prolongée, les criminels parviennent à contourner les barrières de méfiance habituelles des victimes envers les plateformes d’investissement numériques non régulées.
Répression et saisies judiciaires
La police de la province de Thanh Hoá a mené une opération d’envergure, convoquant et interrogeant 29 individus liés à cette organisation. À ce jour, 21 personnes ont été officiellement inculpées pour « utilisation de réseaux informatiques, de réseaux de télécommunications et de moyens électroniques pour commettre des actes d’appropriation de biens ».
Les autorités ont documenté une activité intense sur une période très courte : entre le 23 juin 2025 et le 18 juillet 2025, le réseau a détourné environ 200 milliards de dôngs via 20 comptes bancaires distincts. Lors des perquisitions, les forces de l’ordre ont saisi deux ordinateurs, 32 téléphones portables et plus de 1,5 milliard de dôngs en espèces. Ces saisies matérielles sont cruciales pour l’analyse forensique numérique, permettant aux enquêteurs de retracer les communications entre les membres du réseau et de cartographier les interactions avec les victimes.
Connexions avec des réseaux de blanchiment d’argent
Parallèlement, les autorités ont mis en lumière l’existence de réseaux de soutien logistique. Le 21 mai 2026, la police de la province de Hà Tĩnh a annoncé l’inculpation de sept personnes pour « blanchiment d’argent » et « organisation de consommation illégale de stupéfiants ». Ce groupe, dirigé par Lê Việt Trinh, facilitait la conversion des fonds volés en cryptomonnaie USDT pour le compte d’organisations criminelles basées à l’étranger, dont certaines opéraient des casinos au Cambodge.

Selon le rapport de la police de Hô Chi Minh-Ville, le groupe de Trinh prélevait une commission de 2,5 % sur les transactions traitées. L’utilisation de l’USDT (Tether) comme monnaie intermédiaire est devenue une pratique standard dans ces réseaux criminels, car elle permet de transférer des fonds instantanément à travers les frontières tout en tentant d’échapper au suivi bancaire traditionnel.
Les enquêteurs ont établi que ces services de « blanchiment » étaient utilisés par diverses organisations de fraude en ligne, incluant des arnaques aux investissements fictifs, à la vente de médicaments ou aux achats en ligne. Une victime identifiée à Thái Nguyên a ainsi été spoliée de 567 millions de dôngs le 16 avril 2026, des fonds immédiatement convertis en USDT pour effacer les traces de la transaction.
Le contexte transfrontalier et les enjeux de sécurité
Le démantèlement de ces réseaux souligne une tendance croissante où des groupes criminels organisés délocalisent leurs centres d’appels et leurs infrastructures techniques dans des zones frontalières, notamment au Cambodge. Cette stratégie vise à compliquer les investigations policières en jouant sur les juridictions nationales. La coopération entre les autorités provinciales vietnamiennes et les agences de sécurité régionales est devenue une nécessité opérationnelle pour contrer ces structures qui exploitent la porosité des frontières et le développement rapide des actifs numériques.
L’enquête se poursuit pour identifier l’ensemble des complices et démanteler les ramifications restantes de ces réseaux transnationaux, alors que le ministère de la Sécurité publique intensifie ses campagnes de prévention pour sensibiliser la population aux risques liés aux plateformes d’investissement non agréées.
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