Népal : des inondations dévastent l’hydroélectricité et fragilisent le réseau

Une série d’inondations catastrophiques survenues fin août au Népal a détruit plusieurs infrastructures hydroélectriques majeures, anéantissant environ 10% de la capacité de production nationale du pays et laissant des centaines d’ouvriers sans nouvelles, selon les autorités et les rapports de presse récents.

La stratégie énergétique de longue date du Népal, misant massivement sur la construction de barrages dans les vallées himalayennes pour stimuler sa croissance économique et exporter de l’électricité propre vers l’Inde, se trouve brutalement remise en question. Des crues éclair dévastatrices, déclenchées par des conditions climatiques extrêmes à la frontière entre le Népal et la région autonome du Tibet en Chine, ont submergé des installations hydroélectriques cruciales, réduisant drastiquement l’approvisionnement du réseau électrique national, comme l’indique un rapport détaillé sur la crise énergétique au Népal.

Destruction des infrastructures et impacts sur le réseau national

Les dégâts matériels se chiffrent en centaines de milliards de roupies népalaises. Le cataclysme a mis hors service une capacité de production combinée de 281 mégawatts, touchant une centrale solaire et endommageant quatre autres chantiers totalisant 700 mégawatts de capacité prévue. L’emblématique et historique centrale hydroélectrique de Devighat, d’une puissance de 14,1 mégawatts et mise en service il y a 42 ans, a été totalement balayée par les flots. Plus en aval, une centrale solaire de 25 mégawatts a également subi de lourds dégâts. L’effondrement d’un mât de transmission majeur sur les rives de la rivière Trishuli a en outre isolé 150 mégawatts supplémentaires, coupant net leur raccordement au réseau de transport d’électricité, d’après les données compilées par cette analyse des impacts sur les énergies renouvelables.

Népal : des inondations dévastent l'hydroélectricité et fragilisent le réseau
Photo: ndtv.com

Face à l’urgence, la Nepal Electricity Authority a indiqué que l’alimentation en électricité avait pu être rétablie dans la plupart des zones touchées en l’espace de deux jours, tout en rassurant la population quant à l’adéquation globale de l’approvisionnement. Cependant, l’opérateur public s’est refusé à tout commentaire immédiat sur les répercussions à long terme, sa priorité absolue restant le sauvetage des personnes piégées. Du côté des exploitants privés, l’inquiétude grandit : les primes d’assurance s’envolent, rendant les coûts opérationnels insoutenables après des années de sinistres répétés, selon les observations de cette enquête de la BBC sur les paris financiers du Népal.

Le drame des ouvriers bloqués et la vulnérabilité des vallées himalayennes

Au-delà des pertes économiques, le coût humain de la catastrophe demeure l’une des préoccupations majeures. Des centaines d’employés et d’ingénieurs travaillant sur divers projets hydroélectriques à travers les districts particulièrement touchés de Rasuwa, Nuwakot et Dhading se sont retrouvés piégés. L’Independent Power Producers’ Association Nepal (IPPAN) recensait, dans son dernier communiqué publié le 1er septembre, près de 983 travailleurs signalés sans contact après s’être réfugiés dans les tunnels d’accès et les salles des machines, tandis que les registres du gouvernement n’en comptaient officiellement que 639, ainsi que le rapporte des données compilées à partir de sources officielles relayées par cette publication spécialisée en écologie.

Two workers rescued from hydropower tunnels after Nepal floods
Népal : des inondations dévastent l'hydroélectricité et fragilisent le réseau
Photo: zmescience.com

Les experts géologues rappellent que la configuration topographique de l’Himalaya expose particulièrement ces aménagements. La fusion accélérée des glaciers de l’Hindu Kush Himalaya et la dégradation du permafrost déstabilisent les pentes et multiplient les risques de crues subites, de glissements de terrain et de vidanges brutales de lacs glaciaires, un phénomène documenté par cette dépêche d’Associated Press consacrée aux risques climatiques.

Le débat sur la conception des centrales et la résistance des infrastructures

La catastrophe a mis en lumière des failles béantes dans la conception des ouvrages. Les dégâts les plus destructeurs ont visé des structures implantées directement à l’air libre ou sur les lits des rivières. En revanche, les installations plus modernes dotées de salles des machines et de dessableurs souterrains ont mieux résisté aux assauts de l’eau.

The construction of a hydropower site in Syabrubesi in Nepal
Photo: bbc.co.uk

Certains projets ont toutefois échappé au pire grâce à des choix d’implantation rigoureux. Le projet hydroélectrique Super Trishuli, d’une capacité de 100 mégawatts et situé à une centaine de kilomètres en aval des zones dévastées, a traversé la crise sans subir de dommages majeurs. Selon son géomètre Laxman Devkota, cette résilience s’explique par une évaluation préalable rigoureuse des risques d’inondation et par un positionnement judicieux de l’infrastructure à l’écart du lit mineur du cours d’eau, démontrant qu’un modèle d’exportation d’énergie reste viable à condition de repenser les normes d’ingénierie, d’après les observations publiées sur ce projet.

Des enjeux financiers colossaux et des prêteurs internationaux sous le feu des critiques

Le modèle de développement du pays repose sur des investissements colossaux. Le projet Upper Trishuli-1, désormais quasi détruit, figurait parmi les plus importants projets d’investissement étranger direct du pays avec une valorisation avoisinant les $647m, soutenu notamment par la Banque asiatique de développement et la Société financière internationale. De son côté, l’aménagement d’Upper Trishuli 3A avait bénéficié de financements de la part de la China’s Export-Import Bank, ainsi que le souligne l’analyse des investissements internationaux réalisée par le radiodiffuseur britannique.

Two rescued from hydropower tunnel 9 days after Nepal floods | ABC NEWS

Cette exposition financière majeure suscite de vives critiques de la part des organisations non gouvernementales. Himanshu Thakkar, coordinateur du réseau South Asia Network on Dams, Rivers & People, accuse les bailleurs de fonds internationaux d’avoir ignoré les avertissements répétés concernant la volatilité de la vallée de la Trishuli, déjà frappée par des crues en septembre 2024 et par une rupture de lac glaciaire au Tibet en juillet 2025.

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