Anthropic a déposé son dossier d’introduction en bourse en juin, visant une valorisation record de 2 000 milliards de dollars et une levée de fonds dépassant les 100 milliards.
Une introduction en bourse historique et des chiffres vertigineux
Les banques de la firme de San Francisco sondent actuellement les investisseurs pour une levée de fonds qui pourrait franchir le seuil des 100 milliards de dollars, propulsant sa capitalisation boursière à 2 000 milliards de dollars.
Cette capitalisation estimée dépasse largement le record établi par SpaceX en juin, lors de son entrée sur les marchés valorisée à 1,7 trillion de dollars pour un montant levé de 85,7 milliards. Pour une entreprise fondée il y a seulement cinq ans, cette ascension témoigne de la démesure des capitaux mobilisés par le secteur de l’intelligence artificielle, loin devant les levées historiques de Facebook en 2012 et d’Uber en 2019.
Une diversification inédite des investisseurs et un marché secondaire en ébullition
La configuration de l’actionnariat d’Anthropic brise les conventions traditionnelles de la Silicon Valley. Selon les données de PitchBook, au moins 95 investisseurs détiennent des parts à la fois dans Anthropic et dans son grand rival OpenAI, un croisement autrefois évité pour cause de conflits d’intérêts. Des fonds de capital-risque de renom tels que HSG, Founders Fund, Coatue Management et Altimeter Capital Management figurent parmi ces actionnaires communs.
Karan Mehandru, investisseur chez Madrona Venture Group, souligne que peu de grands fonds acceptent d’admettre avoir manqué les deux locomotives du secteur. En parallèle, une part importante des participations a transité par le marché secondaire, où des acheteurs rachètent des actions directement auprès de salariés ou de premiers soutiens.
Des performances financières explosives et des pertes abyssales
Fondée par des dissidents d’OpenAI, parmi lesquels les cofondateurs Dario Amodei, Anthropic a fait le choix stratégique de cibler en priorité les outils pour développeurs, à l’instar de son assistant Claude Code. Cette orientation s’est avérée redoutable sur le plan commercial.

Au cours du deuxième trimestre, les ventes de l’entreprise ont plus que doublé pour s’établir à 11,6 milliards de dollars, dépassant pour la première fois celles d’OpenAI. Toutefois, cette croissance s’accompagne d’un modèle budgétaire extrêmement dispendieux. Les pertes nettes ont atteint près de 42 milliards de dollars en 2025, soit cinq fois plus que l’exercice précédent, absorbées par le coût faramineux des centres de données et de l’achat de millions de puces spécialisées.
Les défis de l’infrastructure et l’intégration des risques sociétaux
À l’approche de son entrée en bourse prévue entre septembre et octobre, l’entreprise fait face à des obstacles logistiques considérables. D’après Harrison Rolfes, analyste senior chez Morningstar interrogé par l’agence, les plus grands freins résident dans l’accès à la puissance de calcul et au réseau électrique, indispensables pour alimenter les data centers.

L’entreprise a également diversifié ses fournisseurs de cloud entre AWS, Google, Microsoft et SpaceX.
Chose rare pour une introduction en bourse, Anthropic a choisi d’inscrire directement dans son prospectus les risques liés à la fronde citoyenne et politique.
À ne pas manquer