Musée mémorial de Moscou axé sur les crimes de guerre nazis remplacera le musée du Goulag, suscitant des inquiétudes quant à la mémoire historique
MOSCOU – Un musée dédié à la mémoire des victimes des crimes de guerre nazis et de la répression soviétique remplacera le musée du Goulag de Moscou, plus d’un an après sa fermeture soudaine, officiellement motivée par des problèmes de sécurité. Le changement, annoncé par un bref communiqué sur le site web du musée du Goulag, intervient dans un contexte de révision croissante de l’histoire soviétique par le Kremlin, particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
Le nouveau « Musée de la Mémoire » se concentrera sur « toutes les étapes des crimes de guerre nazis pendant la Grande Guerre Patriotique », terme russe désignant le front de l’Est de la Seconde Guerre mondiale, où environ 27 millions de citoyens soviétiques ont péri. Natalia Kalachnikova, directrice du musée de la forteresse de Smolensk, dirigera la nouvelle institution, dont l’ouverture est prévue plus tard cette année.
La fermeture du musée du Goulag en novembre 2023 avait suscité l’indignation des historiens et des défenseurs des droits de l’homme. Les autorités de Moscou avaient invoqué des « violations des règles de sécurité incendie », mais un responsable du gouvernement de Moscou avait révélé à The Moscow Times que la décision avait été prise par des hauts responsables du Kremlin et du FSB, le service de sécurité russe, sans que des inspections préalables n’aient révélé de problèmes de sécurité.
Fondé en 2001, le musée du Goulag documentait l’histoire du vaste réseau de camps de travail forcé de l’Union soviétique, ainsi que son héritage persistant en Russie moderne. Il présentait des artefacts et des témoignages poignants de survivants, offrant une perspective cruciale sur une période sombre de l’histoire russe.
La fermeture du musée du Goulag s’inscrit dans une tendance plus large à la minimisation des répressions soviétiques par les autorités russes. Cette tendance s’est intensifiée depuis 2022, parallèlement à la guerre en Ukraine. Le président Vladimir Poutine a régulièrement utilisé la rhétorique de la Seconde Guerre mondiale pour justifier l’invasion, affirmant qu’elle visait à « dénazifier » l’Ukraine et à protéger les populations russophones contre un prétendu « génocide ». Ces affirmations ont été rejetées par Kyiv et ses alliés occidentaux.
La nouvelle orientation du musée reflète une volonté apparente de mettre l’accent sur les souffrances infligées à l’Union soviétique par les nazis, tout en atténuant l’attention portée aux crimes commis par le régime soviétique lui-même. Kalachnikova a déclaré que la mission du Musée de la Mémoire serait de « cultiver un rejet ferme du nazisme sous toutes ses formes dans la génération actuelle ».
Cette évolution suscite des inquiétudes quant à la liberté académique et à la préservation d’une mémoire historique complète et nuancée en Russie. Les critiques craignent que la réécriture de l’histoire ne serve à légitimer les politiques actuelles du Kremlin et à réprimer la dissidence.
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La décision de remplacer le musée du Goulag par une institution axée sur les crimes de guerre nazis souligne les enjeux complexes de la mémoire historique et de son instrumentalisation politique. Elle met en lumière la nécessité de préserver un récit honnête et complet du passé, afin d’éviter la répétition des erreurs et de promouvoir la réconciliation.
