Moody’s a maintenu le 24 octobre 2026 la notation souveraine de la France à Aa3 avec une perspective négative. Cette décision évite à Paris un déclassement immédiat sur les marchés, alors que les rendements obligataires atteignent des sommets historiques et que le pays fait face à de fortes tensions sociales et politiques.
Moody’s épargne temporairement Paris mais pose ses conditions pour le budget
L’agence de notation Moody’s s’est abstenue d’intervenir sur la note souveraine de la France, confirmant le niveau Aa3 assorti d’une perspective négative. Un abaissement aurait aligné Paris sur les positions de Fitch et de Standard & Poor’s. La décision de l’agence repose explicitement sur l’hypothèse qu’un projet de budget pour 2027 sera adopté afin de réduire le déficit public, tout en tablant sur une atténuation des coûts de financement et des tensions sociales dans les mois à venir, selon le communiqué publié par la rédaction.
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, a souligné que les conditions pour un intervention de la BCE n’étaient pas réunies, tout en mettant en garde contre l’augmentation de l’endettement.
Le service des intérêts est estimé à 91 milliards l’année prochaine selon les prévisions institutionnelles. La présidente de la Cour des comptes Amélie de Montchalin a mis en garde contre un risque d’asphyxie financière si la trajectoire n’est pas maîtrisée.
Les rendements obligataires s’envolent face à la pression sur les OAT
Le rendement de l’OAT à 10 ans a franchi le seuil de 5 %, un niveau inédit depuis juillet 2002, après une progression de plus de 20 points de base en une semaine. Sur les marchés financiers, les titres d’État français subissent des pressions de vente importantes. Le différentiel de taux avec les obligations allemandes, les Bunds de référence, s’est étendu pour atteindre environ 178 points de base, un niveau record depuis le mois de novembre 2011. Pour les investisseurs, cette situation reflète la prime de risque exigée pour détenir de la dette française, la France se confirmant aux yeux de certains observateurs, à l’instar de Lars Conrad, portfolio director fixed income chez Flossbach von Storch Se, comme le canard boiteux
de la zone euro.
Fabrizio Pagani, partenaire chez Vitale, ancien chef du secrétariat technique du ministère de l’Économie et des Finances et sherpa G20, identifie la France comme l’épicentre de ces tensions. Les difficultés de Paris pèsent également sur les autres émetteurs de la zone euro, l’Italie et l’Espagne subissant des répercussions similaires. Selon les analyses du marché, le volume des émissions obligataires régulières dépasse dix milliards d’euros par adjudication pour chacun des principaux pays concernés, alimentant la baisse de liquidité. Des experts comme Massimo Spagnol, gestionnaire chez Generali Asset Management, estiment que le différentiel français pourrait encore grimper sous la pression des tensions politiques et d’un déficit maintenu au-dessus de 5 % du PIB.

Le climat social se tend et Bruxelles écarte tout sauvetage externe
Face à la dégradation de la situation, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a écarté l’hypothèse d’un sauvetage externe, affirmant que la solution aux problèmes de dette de la France doit être recherchée en interne. Les difficultés financières de l’Hexagone se doublent d’une contestation sociale vigoureuse et de mesures de sécurité renforcées, incluant la mobilisation de forces de l’ordre pour faire face aux mouvements de protestation dans les rues de Paris.
Christine Lagarde, présidente de la BCE, a déclaré que la solution cruciale et principale se trouve en France. Et elle concerne les politiques de budget.
L’ancien président de la BCE et ancien président du Conseil italien Mario Draghi a indiqué, dans un entretien accordé à Bloomberg, qu’il n’existait pas de signes de contagion au reste de l’Europe ni d’éléments justifiant une intervention immédiate de l’institution pour calmer les écarts, les taux reflétant avant tout un réajustement des risques budgétaires et politiques propres à Paris. Face aux tensions sur les marchés obligataires, la Banque centrale européenne adopte une posture d’attentisme. L’économiste Massimo Bordignon de l’Université Catholique de Milan souligne pour sa part que la faiblesse structurelle réside dans l’absence d’un système politique capable de porter les réformes nécessaires face à la contestation. Si la BCE dispose d’instruments d’urgence tels que l’Instrument de protection de la transmission (TPI), créé en 2022 et encore jamais activé, ou les transactions monétaires sur encours (OMT) de 2012, les analystes rappellent que le placement de la France sous procédure européenne pour déficit excessif élève l’exigence pour toute éventuelle mise en œuvre.

Sur le même sujet
- Or : le cours chute sous les 4 000 dollars et accuse sa pire semaine en quatre mois
- Voiture électrique : Fiat, Opel et Audi déçoivent selon une étude
- La Finlande autorise son stockage de déchets nucléaires pour 1 milliard, la France en provisionne 33 et attend 2050 (lederniereheure.com)
- Eurovision Junior 2026 : Alec représentera la France à Malte (lesactualites.news)