MicroStrategy mise sur une résistance inattendue de Bitcoin face à la crise
NEW YORK – MicroStrategy (MSTR), la firme spécialisée dans les logiciels et devenue un fervent défenseur du Bitcoin, affirme pouvoir absorber une chute du prix de la cryptomonnaie jusqu’à 8 000 dollars sans compromettre sa capacité à honorer ses dettes. Cette déclaration intervient alors que le Bitcoin, après avoir atteint des sommets historiques, oscille actuellement autour de 68 840 dollars, suscitant des inquiétudes quant à sa volatilité et à l’impact sur les entreprises qui ont massivement investi dans cet actif numérique.
L’entreprise dirigée par Michael Saylor a accumulé 714 644 Bitcoins, représentant une valeur d’environ 49,3 milliards de dollars au cours actuel, depuis qu’elle a adopté la cryptomonnaie comme élément central de sa stratégie financière en 2020. Cette stratégie, consistant à financer l’acquisition de Bitcoins par l’endettement, a été imitée par d’autres entreprises, comme la société japonaise Metaplanet (3350).
Cependant, cette approche, saluée pendant la période d’expansion du marché crypto, est désormais scrutée à la loupe. La récente baisse du Bitcoin, qui a chuté de plus de 50% par rapport à son pic d’octobre dernier (plus de 126 000 dollars), a mis en évidence les risques liés à cette stratégie. Une vente forcée des avoirs en Bitcoin de MicroStrategy pour rembourser ses 6 milliards de dollars de dettes (l’équivalent de 86 956 Bitcoins) pourrait exercer une pression supplémentaire sur les prix, accentuant la spirale baissière.
MicroStrategy assure que ses réserves de Bitcoin resteraient suffisantes pour couvrir sa dette même si le prix de la cryptomonnaie tombait à 8 000 dollars. L’entreprise précise également que ses obligations financières sont échelonnées jusqu’en 2027 et 2032, ce qui lui offre une certaine flexibilité. Elle envisage également de convertir sa dette convertible en actions, évitant ainsi de recourir à de nouveaux emprunts.
Des critiques persistent
Malgré ces assurances, les sceptiques restent nombreux. Capitalists Exploits, un analyste pseudonyme influent sur les réseaux sociaux, souligne que le coût moyen d’acquisition du Bitcoin par MicroStrategy s’élève à environ 76 000 dollars par Bitcoin, pour un investissement total de 54 milliards de dollars. Une chute à 8 000 dollars représenterait une perte papier colossale de 48 milliards de dollars, ce qui pourrait fragiliser la confiance des créanciers et des investisseurs.
L’analyste met en garde contre la capacité de l’entreprise à faire face à ses obligations financières, estimant que ses réserves de trésorerie ne couvriraient que 2,5 ans de paiements de dettes et de dividendes, tandis que ses revenus annuels ne s’élèvent qu’à 500 millions de dollars. Il souligne également le poids des 8,2 milliards de dollars d’obligations convertibles et des 8 milliards de dollars d’actions privilégiées, qui exigent le versement de dividendes importants.
Anton Golub, directeur commercial de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Freedx, critique la stratégie de MicroStrategy, la qualifiant de “dump sur les investisseurs de détail”. Il explique que les fonds spéculatifs, qui ont massivement souscrit aux obligations convertibles de l’entreprise, ne sont pas des passionnés de Bitcoin, mais des “arbitragistes de la volatilité” qui cherchent à profiter des fluctuations du marché.
Selon Golub, MicroStrategy pourrait être contrainte de diluer les actions de ses actionnaires pour rembourser ses créanciers, ce qui pénaliserait les investisseurs particuliers. Il a développé son analyse dans un post LinkedIn :
L’avenir de MicroStrategy et de sa stratégie audacieuse liée au Bitcoin reste incertain. L’entreprise devra naviguer avec prudence dans un environnement de marché volatile et convaincre les investisseurs de la solidité de ses finances. L’affaire MicroStrategy illustre les risques et les opportunités liés à l’investissement dans les cryptomonnaies, et soulève des questions cruciales sur la gestion des risques et la diversification des actifs. Le cas de MicroStrategy est suivi de près par les régulateurs financiers, qui cherchent à encadrer davantage le marché des cryptomonnaies et à protéger les investisseurs.
