Météorite du Sahara : un fragment de Mars âgé de 4,1 milliards d’années

Une roche rose d’environ 800 grammes trouvée dans le Sahara malien a été identifiée comme un fragment de croûte martienne âgé d’au moins 4,1 milliards d’années. Cette découverte rare, officialisée par une étude publiée le 29 octobre 2026 dans la revue Science, offre un aperçu inédit du passé ancien et aquatique de la planète rouge.

La découverte remonte à septembre 2022, lorsque des prospecteurs du désert ont mis la main sur huit fragments rocheux dans le Sahara, à proximité du village de Bir Chali au Mali, près de la plaine de sel de Teghaza. L’ensemble, baptisé Teghaza 001, pèse précisément 798,5 grammes. À l’origine, les chercheurs ont cru avoir affaire à une banale shergottite, la classe la plus commune de météorites martiennes qui représente environ 90 pour cent de la collection connue. Mais un examen minutieux a révélé une texture et des minéraux tout à fait singuliers.

L’analyse des cristaux de zircon et des isotopes d’oxygène et d’hydrogène a permis à une équipe de chercheurs dirigée par des scientifiques de la NASA de dater la formation de la roche. Selon les résultats publiés dans la revue Science le 29 octobre 2026, ce spécimen témoigne d’une altération par de l’eau martienne il y a environ 4,1 milliards d’années.

Une méthode de datation inédite sur un échantillon miniature

Pour dater ce témoin du passé sans détruire la pièce, les scientifiques ont eu recours à une technique novatrice. Francis Tissot, professeur de géochimie au Caltech, a appliqué une méthode de datation rubidium-strontium sur une surface plus petite qu’un ongle, analysant de simples grains minéraux sans dissoudre entièrement l’échantillon dans l’acide.

« À l’heure actuelle, nous sommes l’un des très rares laboratoires au monde capables de réaliser ce type de datation isotopique, et les premiers à dater une météorite martienne aussi ancienne », a déclaré François Tissot, professeur de géochimie au Caltech.

Cette approche de haute précision a été complétée par l’étude des cristaux de zircon contenant de l’uranium, fixant l’âge de la roche à environ 4,1 milliards d’années, tandis qu’une mesure rubidium-strontium indépendante a évalué l’ensemble à environ 4,2 milliards d’années, avec une marge d’incertitude. Le spécimen se classe ainsi parmi les trois météorites martiennes les plus anciennes jamais découvertes sur Terre, aux côtés d’Allan Hills 84001 et des fragments regroupés sous le nom de « Black Beauty ».

Les indices d’un cycle de l’eau actif sur Mars

Contrairement à d’autres roches spatiales venues de Mars qui proviennent de terrains volcaniques plus récents, Teghaza 001 est un gabbro à plagioclases à gros grains, un gabbro igné qui s’est refroidi lentement sous la surface. Ses caractéristiques chimiques indiquent qu’il proviendrait des hautes terres du sud de Mars, une région fortement cratérisée qu’aucun atterrisseur n’a jamais explorée directement. En comparant la composition de la roche avec les données orbitales de la mission Mars Reconnaissance Orbiter, les scientifiques estiment qu’elle pourrait provenir des environs du bassin d’impact Hellas.

Teghaza meteorite mars origin map
Photo : martincid.com

Les chercheurs soulignent que l’eau a circulé à travers cette roche à une époque où la planète disposait encore d’une atmosphère dense. Les isotopes d’oxygène plus lourds que la moyenne des autres météorites martiennes et les données recueillies témoignent d’une interaction profonde entre l’eau et la roche.

« De multiples indices relevés dans Teghaza 001 suggèrent que la surface de Mars abritait de l’eau il y a plus de 4,1 milliards d’années. Cela se traduit par la présence d’isotopes d’hydrogène dans les phosphates et d’isotopes d’oxygène dans les minéraux et les échantillons globaux », a indiqué la Dre Yang Liu, chercheuse au Jet Propulsion Laboratory de la NASA.

Perspectives de recherche et quête d’habitabilité

Plusieurs réviseurs de l’étude ont qualifié le spécimen de véritable pierre de geste pour la compréhension de la planète rouge. Les analyses isotopiques suggèrent également que Mars perdait déjà une partie de son atmosphère et de son hydrogène vers l’espace à cette période reculée.

Bien que la roche ne contienne aucune preuve directe de vie, sa datation renforce l’hypothèse selon laquelle les conditions nécessaires à son apparition ont pu être réunies sur le jeune Mars. Les auteurs rappellent toutefois qu’un seul caillou ne peut cartographier une planète entière. Pour percer tous les mystères de ces âges primordiaux, les scientifiques estiment qu’il faudra mener de nouvelles missions de retour d’échantillons directement depuis le sol martien.

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