Des milliers de travailleurs portuaires de 22 pays ont suspendu leurs activités ce vendredi 30 octobre 2026 pour bloquer le transit de matériel militaire et exiger des hausses salariales, paralysant 95 % des ports français et perturbant de grands nœuds logistiques de Marseille à Mumbai.
L’appel à une journée de grève de 24 heures a touché les quais ce vendredi 30 octobre 2026. Porté en Europe par l’European Dockworkers Council et relayé par la CGT Ports et Docks en France, le mouvement a immobilisé 14 000 salariés de la filière, dont 7 500 dockers sur le territoire national.
Une mobilisation internationale inédite contre la logistique des conflits armés
La fronde s’organise autour d’un mot d’ordre pacifiste hérité des mobilisations passées contre les guerres d’Indochine, du Vietnam et d’Algérie. Selon Tony Hautbois, secrétaire général de la CGT des dockers, « les ports français vont être à l’arrêt à 95 % » pour cette journée de mobilisation, la consigne étant de n’avoir aucun chargement ni déchargement.

À Lorient, le port compte 40 agents portuaires et 24 dockers qui ont observé une grève de 24 heures, stoppant le déchargement d’un navire avant une reprise prévue le lendemain, avec une reconduction annoncée pour le jeudi 5 novembre. Du côté de l’ouest, au port de Nantes Saint-Nazaire, neuf navires étaient à quai et n’ont pas pu être traités, le trafic s’étant organisé en amont face à l’annonce de la grève. Au Havre, aucun camion ne se trouvait devant les deux portes d’entrée du port vendredi matin. À La Réunion, le mouvement a gelé l’activité du Grand Port maritime pour 24 heures à l’appel de la CGTR Ports et Docks, rassemblant une centaine de manifestants devant les grilles sous la conduite de Miguel Thiong Soui Ho, secrétaire fédéral, tandis que 330 personnes y travaillent au total.
Plus de 100 ports répartis dans 17 pays, ou selon d’autres estimations syndicales une centaine de ports dans une vingtaine de pays, ont ainsi rejoint la contestation. Des syndicats en Espagne, en Inde, en Suède, au Portugal, en Turquie, au Maroc, au Danemark, en Irlande, aux États-Unis, en Grèce, en Slovénie, à Chypre, en Allemagne et en Italie se sont joints à l’appel international.
Salaires, pouvoir d’achat et menaces sur le modèle social
Au-delà de la géopolitique, les grévistes affichent des revendications sociales claires. Ils exigent une augmentation du salaire minimum, des augmentations de salaires et non des primes non cotisées, ainsi que le rejet des orientations du projet de budget du gouvernement français, accusé de détruire les systèmes de solidarité, la Sécurité sociale, les hôpitaux, les retraités et le service public d’éducation.
À La Réunion, les dockers réclament une prime et l’augmentation de leur salaire dans le cadre des négociations annuelles obligatoires, s’inquiétant des conditions de discussion avec la direction. Wilson Payet, secrétaire fédéral, a rappelé la mobilisation des salariés face à ces enjeux. Une charte sur le narcotrafic a été signée le 28 août 2026 entre la préfecture et le Grand Port maritime de La Réunion, malgré les réserves des dockers, alors qu'un scanner mobile pour les conteneurs est en service depuis janvier 2026.

Le risque d’un report durable du trafic vers l’Europe du Nord
Les syndicats patronaux, dont Armateurs de France, l’Unim et TLF Overseas, alertent dans un communiqué conjoint sur les risques de déroutement des navires vers les géants d’Europe du Nord comme Rotterdam et Anvers-Bruges, ou vers des plateformes méditerranéennes telles que Valence et Gênes.
Une partie de ces pertes de trafic pourrait s’avérer irréversible, la reconquête des trafics détournés pouvant prendre entre 5 et 10 ans, voire ne jamais se réaliser, menaçant directement les volumes futurs et l’emploi des ouvriers portuaires. En 2025, les ports français ont traité 330 millions de tonnes de marchandises, soit 7 à 8 % du total européen, tandis que Haropa (Le Havre, Rouen, Paris) a atteint 3,2 millions de conteneurs, Marseille-Fos 1,45 million et Dunkerque 0,75 million avec une progression de 14 % de ses conteneurs à 747 000, le port nordiste n’ayant connu aucune grève de dockers depuis plus de 20 ans selon un rapport de la Cour des comptes de novembre 2025.

Perspectives de reconduction du conflit en novembre
Le mouvement ne faiblit pas à l’issue de ces premières 24 heures d’arrêt. À Lorient et dans d’autres structures portuaires, la grève sera reconduite le jeudi 5 novembre à l’occasion du mouvement national de grogne sociale initié par une large intersyndicale.
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