Un rapport publié par Public Eye et Clean Clothes Campaign révèle que la baisse réelle des prix d’achat des T-shirts par les grandes marques de mode menace les conditions de travail au Bangladesh. Entre 2001 et 2024, le prix de ce produit de base a chuté de moitié en termes réels, malgré une hausse nominale apparente.
L’érosion réelle de la valeur des produits textiles
Derrière les chiffres de la croissance nominale se cache une réalité économique brutale pour les fournisseurs de l’industrie de la mode. Si le prix d’un T-shirt en coton est passé de 2,15 $ en 2001 à 2,67 $ en 2024, cette augmentation ne compense absolument pas l’inflation mondiale et européenne. En réalité, les données indiquent une baisse annuelle de 3,1 % en termes réels, ce qui signifie que la valeur réelle du produit a été amputée de près de 50 % en deux décennies. Cette déflation structurelle pose une question fondamentale sur la viabilité du modèle économique actuel. Les économies réalisées par les consommateurs et les marques ne sont pas le fruit de gains de productivité technologiques, mais semblent résulter d’une compression extrême des coûts de production.Le Bangladesh au cœur du mécanisme de compression des prix

- Fast Retailing (UNIQLO) : 16,95 $ le kg (le prix le plus élevé)
- H&M Group : 12,82 $ le kg
- LPP : 10,11 $ le kg (le prix le plus bas)
La contestation des géants de la mode face aux accusations
La publication de ces chiffres a immédiatement déclenché une vague de défenses de la part des acteurs de la “fast fashion”. La plupart des entreprises citées, à l’exception de Fast Retailing, rejettent les conclusions du rapport. Primark, LPP, Inditex (Zara) et Bestseller soutiennent que l’étude néglige des variables cruciales telles que la composition des produits, les améliorations d’efficacité ou les fluctuations du prix du coton. H&M a adopté une position de démenti formel concernant la précision des données.« Les chiffres que vous avez partagés dans le document ci-joint ne correspondent pas à ceux de nos systèmes internes, » a déclaré H&M dans un communiqué adressé à Clean Clothes et Public Eye.

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H&M, via un communiqué officiel Pourtant, le rapport souligne que l’augmentation de la productivité ne peut expliquer à elle seule une telle chute des prix, faute d’avancées techniques majeures dans la confection de T-shirts standard.Le risque systémique pour les salaires de subsistance
Pour les travailleurs, cette pression sur les prix se traduit par une dégradation directe de l’environnement de travail. Les experts interrogés pointent du doigt une gestion par l’urgence et la survie.« Les acheteurs créent systématiquement une crise de marché en ayant des objectifs de prix fixes, » affirme un spécialiste du secteur interrogé lors de l’enquête.

« Les marques de mode qui se vantent de leurs politiques en matière de droits de l’homme contribuent activement à la continuation de salaires de misère par leur politique de prix à la baisse. Des prix plus élevés sont nécessaires pour des salaires décents, des lieux de travail sûrs et une production durable. »
Kalpona Akter, présidente de la Bangladesh Garment and Industrial Workers Federation L’analyse de David Hachfeld, de Public Eye, conclut que ce modèle n’est pas une anomalie, mais le fondement même de l’industrie actuelle.« Les prix d’approvisionnement inexorablement bas sont le principe organisateur de l’industrie de l’habillement d’aujourd’hui, façonnant les géographies d’approvisionnement, le comportement des acheteurs et verrouillant structurellement les salaires de misère. Une transition vers un système de mode juste et durable basé sur des T-shirts à deux dollars et d’autres vêtements extrêmement bon marché est impossible, un point c’est tout. »
David Hachfeld, Public Eye <!– /wp:quote Le système actuel, ancré dans une logique de surproduction et d’exploitation, rend toute évolution vers une mode éthique et financièrement viable illusoire sans une refonte radicale des modèles économiques dominants.Find more reporting in our Économie section.
