Le réacteur Mark-0 d’Antares Nuclear a atteint une criticité zéro puissance le 18 juin 2026 à l’Idaho National Laboratory, marquant la deuxième réalisation majeure du programme pilote du département de l’Énergie (DOE) américain pour les réacteurs avancés, après seulement sept mois depuis le premier test en novembre 2025. Cette étape confirme la viabilité des microréacteurs privés, ouvrant la voie à une commercialisation potentielle dès 2027, selon les déclarations officielles du DOE.
Un réacteur privé non conventionnel atteint la criticité après 40 ans d’attente
Un programme accéléré par l’exécutif américain
L’annonce intervient dans le cadre du Reactor Pilot Program lancé en 2025 sous la présidence de Donald Trump, qui fixait un objectif ambitieux : faire atteindre la criticité à au moins un réacteur avancé d’ici juillet 2025. Bien que la date initiale ait été dépassée, le DOE souligne que le Mark-0 d’Antares Nuclear est le premier réacteur non conventionnel (hors technologie à eau légère) à réussir ce test aux États-Unis depuis plus de quatre décennies.
« Pour la première fois depuis 1984, un réacteur privé non à eau légère a atteint la criticité sur le sol américain », a déclaré le secrétaire à l’Énergie Chris Wright dans un communiqué. « Ce programme prouve que l’innovation nucléaire peut être accélérée sans sacrifier la sécurité ».
Le réacteur Mark-0, développé par Antares Nuclear, est conçu pour alimenter des installations militaires ou des applications spatiales. Sa criticité zéro puissance — une étape clé avant la production d’électricité — valide les modèles de sécurité et ouvrira la voie à des tests plus poussés sous la supervision de la Nuclear Regulatory Commission (NRC).
900 millions de dollars pour déployer les SMR : un signal fort pour l’industrie
Parallèlement, le DOE a ouvert en juin 2026 un appel à projets pour allouer jusqu’à 900 millions de dollars au déploiement de petits réacteurs modulaires (SMR) de troisième génération, une catégorie distincte des technologies avancées comme celle d’Antares. Ces fonds ciblent des réacteurs à eau légère d’une puissance de 300 MWe, selon un communiqué de l’American Nuclear Society (ANS).
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de relance du nucléaire américain, avec des acteurs comme X-energy (partenaire d’Amazon et de Dominion Energy) et Energy Northwest déjà engagés dans des projets similaires. « Le DOE envoie un message clair : les États-Unis veulent redevenir un leader mondial de l’énergie nucléaire », estime un porte-parole de l’ANS, soulignant que ces financements visent à réduire les coûts et les délais de déploiement.
Trois innovations qui distinguent le programme américain des tentatives passées
Pourquoi cette avancée change la donne ?
Trois éléments clés distinguent ce programme des tentatives passées :
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Un calendrier sans précédent :
Le Mark-0 a atteint la criticité en sept mois, contre des années pour les projets similaires dans les années 1980. Le DOE attribue cette rapidité à une collaboration renforcée avec les laboratoires nationaux (comme l’Idaho National Laboratory) et à des procédures de régulation simplifiées. -
Une diversification des applications :
Contrairement aux réacteurs classiques, les microréacteurs d’Antares sont conçus pour des usages variés : énergie décentralisée, bases militaires, ou même missions spatiales. Le DOE évoque déjà des partenariats avec l’armée américaine pour des tests en conditions réelles. -
Un effet d’entraînement sur l’industrie :
Le succès du Mark-0 a incité d’autres acteurs à accélérer leurs projets. NuScale (un autre développeur de SMR) et TerraPower (soutenu par Bill Gates) ont annoncé des avancées majeures en 2026, bien que leurs réacteurs restent en phase de conception.
Quels défis restent à surmonter ?
Malgré ces progrès, plusieurs obstacles persistent :
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La régulation :
La NRC doit encore homologuer les nouveaux designs. « Les procédures actuelles ne sont pas adaptées à ces réacteurs innovants », a reconnu un responsable du DOE sous couvert d’anonymat. Une réforme des règles est en discussion au Congrès. -
Les coûts et les délais :
Les 900 millions de dollars du DOE couvrent seulement une partie des investissements nécessaires. Les promoteurs des SMR estiment que 2 à 3 milliards supplémentaires seront requis pour industrialiser ces technologies d’ici 2030. -
L’acceptation publique :
Aux États-Unis, l’opposition aux centrales nucléaires reste forte dans certaines régions. Les promoteurs des microréacteurs misent sur leur faible empreinte (certains modèles tiennent dans un conteneur) pour contourner cette résistance.
La feuille de route du DOE pour industrialiser les microréacteurs d’ici 2030
Et après la criticité ? La feuille de route vers 2027
Le DOE a fixé une feuille de route en trois étapes pour les réacteurs avancés :

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2026–2027 :
Tests de sécurité et validation des modèles par la NRC. Antares Nuclear prévoit de démarrer un prototype commercial d’ici fin 2027, selon ses déclarations. -
2028–2030 :
Première mise en service d’un microréacteur sur un site militaire ou industriel. Le DOE cite des bases isolées ou des zones de catastrophe comme cibles prioritaires. -
2030 et au-delà :
Déploiement à grande échelle, avec un objectif de 10% du mix énergétique américain couvert par des réacteurs avancés d’ici 2040.
Contexte : Le nucléaire américain en renaissance
Cette accélération s’inscrit dans un contexte plus large de relance du nucléaire aux États-Unis :
- En 2025, la Maison-Blanche a signé un décret élargissant les subventions pour les réacteurs avancés, dans un contexte de tensions géopolitiques sur l’approvisionnement énergétique.
- La Chine et la Russie dominent actuellement le marché des SMR, avec des projets comme le HTR-PM chinois déjà en phase de construction. Les États-Unis visent à rattraper ce retard.
- L’Europe observe ces développements de près : la Commission européenne a intégré les SMR dans son plan Fit for 55, mais avec des garde-fous stricts sur la sécurité.
L’impact potentiel sur l’Europe : opportunités et incertitudes réglementaires
Pourquoi cela importe-t-il pour l’Europe ?
Si les États-Unis réussissent à industrialiser ces technologies, cela pourrait :
- Réduire la dépendance européenne aux énergies fossiles en offrant une alternative aux centrales à gaz.
- Accélérer la décarbonation des industries lourdes, grâce à une énergie nucléaire plus flexible.
- Créer un nouveau marché pour les équipementiers européens, déjà impliqués dans des projets comme le réacteur NuScale (soutenu par EDF).
Reste à savoir si les régulateurs européens suivront l’exemple américain en simplifiant les procédures pour ces nouvelles technologies. Une décision qui pourrait redéfinir le paysage énergétique mondial d’ici 2030.
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