La sortie à la Bourse de SpaceX, la société aérospatiale d’Elon Musk, a non seulement propulsé le fondateur au rang de personne la plus riche du monde, mais a aussi transformé plus de 4 400 employés et anciens employés en millionnaires grâce à la valorisation explosive de leurs actions. Une opération qui marque un tournant dans la redistribution de la richesse au sein de l’industrie technologique, où les bénéfices restent habituellement concentrés entre les mains des fondateurs et des investisseurs institutionnels. Selon El Imparcial, cette valorisation – estimée à près de 1 770 milliards de dollars – a permis à des centaines de salariés, des ingénieurs aux techniciens, de voir leur patrimoine exploser. Parmi eux, près de 400 pourraient désormais détenir plus de 100 millions de dollars chacun, un phénomène rare dans les introductions en Bourse.
Un modèle unique : quand les employés deviennent actionnaires multimillionnaires
SpaceX a toujours distingué son approche en matière de rémunération. Contrairement à la plupart des géants technologiques, la société a systématiquement intégré des actions dans les paquets salariaux de ses employés, depuis les ingénieurs jusqu’aux responsables logistiques. Cette pratique, combinée à la valorisation record de l’entreprise lors de son introduction en Bourse le 12 juin 2026, a créé un effet multiplicateur sans précédent. El Imparcial souligne que cette redistribution de richesse contraste avec les standards du secteur, où seuls les fondateurs et les premiers investisseurs tirent généralement profit d’une OPI.
Andrew Benson, fondateur de Hill.com – une plateforme spécialisée dans l’analyse des introductions en Bourse – a qualifié ce phénomène de “énorme génération de richesse” (“la enorme riqueza que se está generando”). Pour lui, le cas de SpaceX est exceptionnel : “Normalement, seuls les fondateurs deviennent multimillionnaires. Ici, près de 400 personnes ont franchi le seuil des 100 millions de dollars.” Une estimation qui repose sur les données de Hill.com, citées par The New York Times et reprises par El Imparcial.
Prenons l’exemple de Gavin Petit, un ancien employé de SpaceX âgé de 42 ans. Recruté en 2012 comme ingénieur de lancement, il avait reçu des milliers d’actions à 13,80 dollars chacune, en plus d’un salaire annuel de 80 000 dollars. Aujourd’hui, ces actions – dont la valeur a été multipliée par plus de 10 – lui ont permis de devenir millionnaire. Un scénario qui se répète pour des centaines d’autres employés, selon les données compilées par la plateforme.
Une OPI record… mais volatile : la chute brutale de 131 milliards de dollars
Si l’introduction en Bourse de SpaceX a été un succès financier sans précédent – avec une levée de fonds de 75 milliards de dollars –, elle a aussi révélé une volatilité marquée sur les marchés. Dès le troisième jour de cotation, les actions ont chuté de 4,95 %, effaçant 131,476 milliards de dollars de valorisation en une seule séance, selon El Economista. Cette correction a ramené SpaceX sous la capitalisation boursière d’Amazon, la plaçant désormais à la sixième place mondiale avec une valorisation d’environ 2,5 milliards de dollars – toujours bien au-dessus de son prix d’entrée en Bourse (135 dollars par action).
Plusieurs facteurs expliquent cette volatilité. D’abord, la faible liquidité des actions : seulement 4,2 % du total étaient disponibles pour le trading dès le premier jour, selon Bloomberg, cité par El Economista. Ensuite, les restrictions sur les ventes d’actions par les dirigeants pourraient exercer une pression à la baisse dans les prochains mois. Enfin, la récente acquisition de Cursor AI – un développeur d’assistants de programmation – pour 60 milliards de dollars en actions, a aussi alimenté les spéculations sur une surévaluation.

Pour Michael Monaghan, gestionnaire de portefeuille chez Founder Funds – un fonds qui détient des actions SpaceX –, cette correction reste dans la normale. “Pour l’instant, tout cela n’est que du bruit” (“Creo que por ahora todo esto es solo ruido”), a-t-il déclaré. “Si nous voyions une chute importante, alors la situation changerait.” Il ajoute que son fonds pourrait même augmenter sa position si la baisse se confirmait : “Si la chute était plus marquée, nous augmenterions probablement notre position” (“Si la caída fuera mayor, probablemente aumentaríamos nuestra posición”). Une déclaration qui reflète l’appétit des investisseurs pour une entreprise dont le potentiel reste immense, malgré les turbulences boursières.
“Pour l’instant, tout cela n’est que du bruit. Si nous voyions une chute importante, alors la situation changerait.
Comment les investisseurs retail peuvent-ils profiter de SpaceX ?
L’introduction en Bourse de SpaceX a aussi ouvert la porte à une nouvelle catégorie d’investisseurs : les particuliers. Grâce à une allocation de 30 % des actions réservées aux “investisseurs retail” (contre 70 % pour les institutionnels), des milliers de petits portefeuilles ont pu intégrer la société d’Elon Musk. El Financiero explique que les Mexicains, par exemple, peuvent acheter des actions via des courtiers en ligne comme Fintual Acciones. “Dès les premières heures, on pouvait déjà trouver SpaceX dans l’application, même si au début seules les ordres limites et les achats d’actions entières étaient acceptés”, précise Rolando Rogers, Portfolio Manager chez Fintual. Depuis le 16 juin, les ordres de marché sont désormais possibles.
Cependant, l’intégration de SpaceX dans les grands indices boursiers reste incertaine. Le S&P 500, par exemple, exige une cotation minimale de 12 mois et quatre trimestres de bénéfices consécutifs – des critères que SpaceX ne remplit pas encore. La société a tenté de négocier une flexibilité avec S&P Dow Jones Indices, mais celle-ci a maintenu ses règles, comme l’a rapporté El Financiero. En revanche, Nasdaq et FTSE pourraient inclure SpaceX plus rapidement, ce qui aurait un effet d’entraînement sur les fonds indiciels (ETF) qui suivent ces benchmarks.
Quels sont les risques pour les employés et les actionnaires ?
Malgré les gains spectaculaires, plusieurs risques pèsent sur la pérennité de cette manne pour les employés et les investisseurs. D’abord, la rentabilité de SpaceX reste fragile : la société a enregistré une perte nette de près de 4,9 milliards de dollars en 2025, selon El Financiero. Ensuite, la volatilité des marchés pourrait s’accentuer si les restrictions sur les ventes d’actions par les dirigeants sont levées, comme le craint Bloomberg. Enfin, la dépendance de SpaceX à ses contrats gouvernementaux (notamment avec la NASA) et à son activité Starlink – qui représente une part croissante de ses revenus – introduit un risque géopolitique.

Pour les employés, un autre défi se profile : la liquidité de leurs actions. Bien que la valorisation soit élevée, la capacité à vendre ces actions sans impacter le marché reste limitée, surtout pour les petits porteurs. Certains pourraient se retrouver coincés avec des titres peu liquides, comme le souligne Andrew Benson. À l’inverse, les grands investisseurs institutionnels, comme Founder Funds, ont les moyens de négocier des volumes importants sans faire bouger les cours.
Et maintenant ? Trois scénarios pour les prochains mois
Trois scénarios se dessinent pour l’avenir de SpaceX et de ses actionnaires. Le premier, optimiste, voit la société consolider sa position grâce à ses contrats avec la NASA (notamment pour les missions Artemis) et à l’expansion de Starlink, qui pourrait générer des revenus récurrents. Dans ce cas, la valorisation pourrait rebondir, bénéficiant à la fois aux employés et aux investisseurs. Le deuxième scénario, plus prudent, table sur une stabilisation à un niveau inférieur à celui de l’OPI, avec une capitalisation autour de 2 000 milliards de dollars. Enfin, un troisième scénario – plus risqué – anticipe une correction plus profonde, notamment si les pertes se poursuivent ou si les tensions géopolitiques affectent Starlink.
Une chose est sûre : l’introduction en Bourse de SpaceX a déjà changé la donne dans la tech. En redistribuant une partie de la richesse créée vers les employés, Elon Musk et son équipe ont montré qu’un autre modèle était possible. Reste à savoir si cette dynamique peut se pérenniser, ou si elle ne restera qu’un épisode isolé dans l’histoire de l’industrie.
Pour les investisseurs retail, la question centrale reste : faut-il sauter dans le train SpaceX malgré la volatilité ? Les experts comme Rolando Rogers de Fintual estiment que l’accès facilité aux actions – via des applications comme Fintual Acciones – pourrait attirer une nouvelle génération de portefeuilles diversifiés. Mais comme le rappelle Michael Monaghan, “le vrai test viendra si la chute se confirme”. Une chose est certaine : l’histoire de SpaceX est loin d’être terminée.
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