Alors que la fumée des incendies de forêt en Indonésie enveloppe depuis deux mois des régions de Malaisie et de Singapour, les appels à une action juridique contre les pollueurs se multiplient. Les gouvernements régionaux, confrontés à une impasse diplomatique, débattent de la responsabilité des entreprises dans cette crise environnementale persistante.
L’impasse des mécanismes diplomatiques de l’ASEAN
Vingt-quatre ans après la signature de l’Accord de l’ASEAN sur la pollution par la brume transfrontalière en 2002, les résultats restent mitigés. Bien que le bloc régional ait fixé des objectifs ambitieux, comme celui d’une région sans brume d’ici 2020 — désormais repoussé à 2030 —, les experts soulignent une dépendance excessive envers la diplomatie informelle. Pour des décennies, la réponse à la brume s’est largement concentrée sur l’engagement diplomatique, la lutte contre les incendies d’urgence et les mesures de protection de la santé publique
, a noté Hazmi Mohd Rusli, professeur associé à l’Universiti Sains Islam Malaysia, cité par Al Jazeera.
Cette approche, souvent qualifiée de voie de l’ASEAN, privilégie le consensus et la non-ingérence, ce qui limite la mise en œuvre de mesures punitives. Selon les observateurs, l’absence d’un mécanisme de compensation contraignant au sein du traité empêche toute résolution efficace des conflits transfrontaliers.
La recherche de responsabilité juridique et financière
Face à l’inefficacité des traités existants, des voix s’élèvent pour exiger une responsabilisation directe des entreprises. À Kuala Lumpur, le député Syed Saddiq Syed Abdul Rahman a affirmé que les entreprises responsables des incendies devaient être sanctionnées, qu’elles soient malaisiennes, indonésiennes ou singapouriennes.
Sur le plan judiciaire, des voies existent mais restent complexes. En Indonésie, la loi autorise les étrangers à poursuivre les pollueurs devant les tribunaux locaux. La difficulté principale réside dans la défense des entreprises, qui soutiennent souvent que les feux ont pris naissance hors de leurs concessions.
La situation météorologique et l’aide proposée
Sur le terrain, les précipitations récentes n’ont pas suffi à dissiper la pollution atmosphérique. Le météorologue Azizan Abu Samah explique que la persistance de la brume est due aux vents dominants soufflant du sud et de l’ouest, qui continuent d’apporter de la fumée en provenance de Sumatra. Une amélioration durable n’est attendue qu’avec la mousson du nord-est, selon les informations de Malay Mail.
Parallèlement, la Malaisie maintient son offre d’assistance technique à l’Indonésie. Fahmi Fadzil, porte-parole du gouvernement malaisien, a confirmé que Putrajaya était prête à déployer des actifs, notamment des hélicoptères et des avions bombardiers d’eau. Cependant, Jakarta a indiqué que cette aide ne serait sollicitée que si les incendies étaient déclarés catastrophe nationale, selon Free Malaysia Today.

Le défi des données de qualité de l’air
Pour les citoyens, la gestion quotidienne repose sur l’indice de pollution atmosphérique (API). Alors que Kuala Lumpur enregistre régulièrement des lectures supérieures à 150, certaines zones de Malaisie orientale et du nord, comme Langkawi ou le Balik Pulau à Penang, ont maintenu des niveaux bien plus bas, souvent autour de 50, offrant un refuge temporaire aux populations affectées, indique The Straits Times.
La question de la responsabilité des entreprises reste au cœur des préoccupations. Si l’Indonésie a annoncé des mesures contre 11 entreprises, le gouvernement malaisien a précisé, par la voix de Fahmi Fadzil, qu’aucune société malaisienne n’avait été identifiée comme impliquée dans les activités de brûlage à ce jour, selon AsiaOne.
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