L’analyse d’images satellites sur plus d’un an révèle que l’Arabie saoudite agrandit son complexe de fabrication de missiles balistiques d’Al-Dawadimi. Des chercheurs estiment que ce chantier vise à produire des propulseurs à combustible solide plus puissants, augmentant la portée et la capacité d’emport de charges explosives du pays.
Depuis avril 2025, des satellites de l’entreprise américaine Planet Labs suivent l’évolution du site militaire d’Al-Dawadimi, situé à environ 200 kilomètres à l’ouest de Riyad. Les clichés recueillis jusqu’en septembre 2026 mettent en évidence la construction d’un nouveau bâtiment d’une grande envergure, spécifiquement conçu pour abriter des fosses de coulée destinées à la fabrication de propulseurs à combustible solide.
Selon leur évaluation, les travaux d'excavation et de déblaiement du terrain avaient débuté en avril 2025. Dès les derniers jours de ce même mois ou au début du mois de mai de la même année, la construction de la structure abritant les fosses de coulée s'est amorcée. Les photographies datées du 12 décembre 2025 montraient deux excavations profondes à l'intérieur de l'édifice, alors que la toiture n'était pas encore achevée. Les clichés pris le 18 septembre 2026 indiquaient également que certaines parties du toit restaient incomplètes. Les chercheurs soulignent la présence de murs de protection épais de part et d'autre, conçus pour contenir les ondes de choc en cas d'explosion accidentelle afin de préserver les structures adjacentes.

L’expansion du complexe d’Al-Dawadimi selon les images satellites
Les forces armées privilégient traditionnellement les vecteurs à propergol solide pour des raisons opérationnelles évidentes. Contrairement aux systèmes à propergol liquide, ces armes peuvent être préparées à l’avance et stockées, ce qui permet un lancement rapide en cas de besoin. Les analystes estiment que Riyad pourrait déjà fabriquer des missiles DF-15 de conception chinoise et préparer désormais la production de vecteurs plus lointains, à l’instar du DF-21. Par le passé, en raison des restrictions imposées par les États-Unis, Riyad s’était tourné vers Pékin. Une évaluation déclassifiée de l’Agence centrale de renseignement américaine (CIA) publiée en 1991 indique que l’Arabie saoudite avait acquis secrètement près de 40 missiles balistiques DF-15 ou DF-3 à carburant liquide auprès de la Chine en 1987. Ces armements avaient été exposés publiquement pour la première fois lors d’un défilé militaire en avril 2014. De récentes images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont par ailleurs permis à des chercheurs du FPRI d’identifier des fragments de missiles DF-15 de conception chinoise que l’Arabie saoudite aurait employés au Yémen.
La puissance de feu et les drones iraniens peuvent frapper n’importe quel point du territoire saoudien. Avec de tels missiles, Riyad réduit cet écart stratégique et acquiert la capacité de frapper des cibles directement en Iran sans avoir à risquer des avions de chasse F-15 face au système de défense antiaérienne adverse.
Le choix stratégique des missiles à combustible solide
Cette montée en puissance militaire intervient dans un climat de tensions persistantes face à l’Iran et aux rebelles houthis au Yémen. Si le renforcement balistique offre à l’Arabie saoudite un nouveau moyen de dissuasion et une plus grande autonomie stratégique, plusieurs observateurs craignent qu’il n’alimente une course aux armements dans l’ensemble de la région du Golfe, des dynamiques similaires étant observées aux Émirats arabes unis et en Turquie selon Decker Eveleth, analyste pour CNA. Les autorités saoudiennes, la CIA, la Maison-Blanche ainsi que l’ambassade de Chine n’ont pas donné suite aux demandes de commentaires formulées par l’agence Reuters.
Alors que l’installation des équipements de coulée de précision nécessite encore plusieurs mois, l’usine pourrait entamer sa production de missiles d’ici la fin de l’année.

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