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Les moutons dans les drames d’époque : une obsession

Les moutons, figures cachées des romances à l’anglaise : une obsession cinématographique

Par Antoine Dubois, Chef de la section Divertissement, nouvelles-du-monde.com

Les paysages verdoyants de la campagne anglaise, les manoirs imposants, les drames passionnés… et les moutons. Pour les amateurs de romances historiques à l’anglaise, ces derniers sont devenus un élément visuel aussi essentiel que les robes à volants et les regards langoureux. Une présence discrète, mais omniprésente, qui en dit long sur l’économie, la société et les enjeux de ces récits.

L’obsession, si l’on peut dire, remonte à des classiques comme Raison et Sentiments d’Ang Lee (1995). Emma Thompson, dans ses journaux de tournage, révélait l’insistance du réalisateur à inclure des plans de bétail dans chaque scène. Une volonté de souligner la réalité économique de l’époque, où la richesse était intimement liée à la terre et à son exploitation. L’idée initiale d’ouvrir le film sur une scène de chasse, métaphore de la conquête amoureuse, fut heureusement abandonnée, mais l’importance des moutons resta.

Pourquoi les moutons ? Au-delà de leur esthétique bucolique, ils symbolisent la prospérité, le statut social et, plus subtilement, la vulnérabilité. Dans Raison et Sentiments, comme dans Orgueil et Préjugés (2005), la taille du troupeau reflète la fortune d’une famille. Un domaine vaste et bien entretenu, avec de nombreux moutons, est synonyme de stabilité et de pouvoir. À l’inverse, une exploitation modeste, avec peu de bétail, signale des difficultés financières et une position sociale précaire.

Cette symbolique se retrouve dans des œuvres plus contemporaines. Dans Loin de la foule endormie (2015), l’adaptation du roman de Thomas Hardy, les moutons incarnent l’innocence et une Angleterre rurale en voie de disparition, confrontée aux bouleversements de l’industrialisation. Plus récemment, God’s Own Country (2017) utilise le travail de berger comme un élément central de l’histoire, soulignant la dureté de la vie à la campagne et la connexion à la terre.

Même les œuvres qui s’éloignent du genre traditionnel, comme le nouveau Frankenstein de Guillermo del Toro (2023), ne peuvent s’empêcher d’intégrer cette imagerie. Le monstre, en quête de refuge, trouve un semblant de paix auprès d’une famille de bergers, soulignant son innocence et sa marginalisation.

Pourtant, une tendance inquiétante se dessine. Les premières bandes-annonces de la nouvelle adaptation de Les Hauts de Hurlevent par Emerald Fennell, avec Margot Robbie et Jacob Elordi, ne montrent… aucun mouton. Un choix surprenant, voire audacieux, qui suscite l’interrogation. Est-ce une volonté de moderniser l’esthétique du film ? Un oubli regrettable ? Seul l’avenir nous le dira.

Sur les réseaux sociaux, les fans se font déjà entendre. Sur X (anciennement Twitter), le hashtag #OùSontLesMoutons circule, témoignant de l’attachement du public à cet élément iconique. Une pétition en ligne a même été lancée, demandant à Emerald Fennell d’ajouter au moins une scène avec des moutons.

L’importance de cette question peut sembler anecdotique, mais elle révèle un enjeu plus profond : la capacité du cinéma à capturer l’essence d’une époque et d’une culture. Les moutons, dans les romances à l’anglaise, ne sont pas de simples figurants. Ils sont des témoins silencieux, des symboles puissants, et une part intégrante de notre imaginaire collectif. Et sans eux, quelque chose d’essentiel risque de se perdre.

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