« Les Hauts de Hurlevent » d’Emerald Fennell : une adaptation audacieuse qui divise
Londres – L’adaptation par Emerald Fennell du classique gothique d’Emily Brontë, « Les Hauts de Hurlevent », a suscité une intense discussion depuis sa sortie en salles, et pas seulement parmi les amateurs de littérature. Le film, porté par Margot Robbie et Jacob Elordi, prend des libertés significatives avec le roman de 1847, ce qui a provoqué un débat passionné sur la fidélité aux sources et la pertinence de la réinterprétation.
Fennell, connue pour ses œuvres provocatrices comme « Saltburn » et « Promising Young Woman », n’a jamais caché son intention de ne pas réaliser une adaptation littérale. « Tout le monde a une connexion personnelle avec ce livre, et vous ne pouvez faire que le film que vous avez imaginé en le lisant », a-t-elle déclaré lors de la première à Los Angeles. « C’est un chef-d’œuvre gargantuesque, je ne pouvais même pas espérer effleurer ses ourlets. Je voulais capturer ce que le livre m’a fait ressentir, et espérer que cela résonne avec certains. »
Le choix du casting a été l’un des premiers points de friction. La révélation de Robbie et Elordi en septembre 2024 avait déjà enflammé les réseaux sociaux. La question de l’ethnicité de Heathcliff, un personnage décrit dans le roman comme ayant une origine ambiguë – certains le voyant comme un « tzigane sombre », d’autres comme un « lascar » (marin d’origine indienne ou sud-est asiatique) – a refait surface. Le casting d’Elordi, d’origine australienne et basque, a été critiqué par ceux qui estimaient qu’il ne correspondait pas à la description originale, et à la complexité de la question raciale soulevée par Brontë. Fennell a choisi de se concentrer sur l’altérité de Heathcliff en tant que paria social, un enfant trouvé des rues de Liverpool sans instruction.
Au-delà du casting, le film s’éloigne considérablement du texte original. Fennell a supprimé certains personnages clés, comme Hindley Earnshaw, le frère aîné de Cathy, et a modifié les relations familiales, notamment en présentant Isabella Linton comme la pupille d’Edgar Linton plutôt que sa sœur. L’intrigue est également condensée, se concentrant principalement sur la première partie du roman et laissant de côté les conséquences à long terme de la passion destructrice entre Cathy et Heathcliff.
L’un des changements les plus notables est l’ajout de scènes à forte charge érotique, absentes du roman de Brontë, qui, bien que suggérant une passion intense, restait pudique pour son époque. Cette approche, caractéristique du style de Fennell, a divisé les critiques. Certains y voient une interprétation audacieuse et moderne, tandis que d’autres la jugent gratuite et dénaturée.
La critique de Variety, Peter Debruge, a salué la prise de risque de Fennell, qualifiant le film de « audacieux et captivant ». D’autres critiques ont exprimé leur déception face aux libertés prises avec le texte original.
L’impact culturel de « Les Hauts de Hurlevent » est indéniable. Le roman de Brontë, publié en 1847, est une œuvre majeure de la littérature anglaise, étudiée dans les écoles et les universités du monde entier. Selon les données de l’UNESCO, les œuvres littéraires classiques comme « Les Hauts de Hurlevent » jouent un rôle crucial dans la préservation du patrimoine culturel et la promotion de la compréhension interculturelle. L’adaptation de Fennell, en suscitant un débat public, contribue à maintenir l’œuvre de Brontë pertinente pour un nouveau public.
L’intérêt pour le film se traduit également par une augmentation des ventes du roman original. Les librairies signalent une hausse significative des ventes de « Les Hauts de Hurlevent » depuis la sortie du film, témoignant de l’effet de halo que peut avoir une adaptation cinématographique sur l’œuvre littéraire d’origine.
En fin de compte, « Les Hauts de Hurlevent » d’Emerald Fennell est une œuvre qui ne laisse pas indifférent. Que l’on apprécie ou non ses choix artistiques, il est indéniable que le film a réussi à raviver l’intérêt pour le chef-d’œuvre de Brontë et à susciter une conversation importante sur la nature de l’adaptation et la liberté créative.
