La Croatie a transmis aux pays membres de l’Union européenne un document fixant huit conditions préalables à l’adhésion du Monténégro, englobant des contentieux liés à l’héritage de l’ex-Yougoslavie, des dossiers de crimes de guerre et des exigences territoriales marquant une nouvelle tension diplomatique dans les Balkans occidentaux.
Les huit exigences de Zagreb transmises à l’Union européenne
Le gouvernement chroate a formalisé un ensemble de demandes auprès des partenaires communautaires pour conditionner la progression de Podgorica vers l’intégration européenne. Ces requêtes touchent principalement le chapitre 23 sur la justice et les droits fondamentaux ainsi que le chapitre 31 consacré à la politique étrangère, à la sécurité et à la défense.
Pour Zagreb, ces conditions s’avèrent indispensables afin de préserver l’appui de l’opinion publique nationale envers l’élargissement du bloc européen. Les exigences englobent l’indemnisation des citoyens croates détenus dans le camp de Morinj aux alentours de Kotor durant le conflit de 1991-1992, le maintien de la plaque commémorative sur place, ainsi que le changement de nom de la piscine municipale de Kotor, baptisée d’après Zoran Gopčević, un ancien joueur de water-polo mis en cause par la partie croate pour des actes de maltraitance sur des prisonniers.

Le contentieux autour du navire Jadran et des frontières
Les discussions achoppent également sur des biens disputés depuis la dislocation de la Yougoslavie. La Croatie réclame la restitution du navire-école « Jadran », construit dans les années 1930 pour la marine royale yougoslave et stationné au Monténégro depuis le déclenchement des hostilités en 1991, où il se trouvait pour des réparations à Tivat. S’y ajoutent la confirmation de l’ancienne frontière interrépublicaine, la signature d’un accord sur la frontière terrestre, l’éclaircissement du sort de 14 citoyens croates disparus, l’accès aux archives, ainsi que des poursuites pour crimes de guerre et la garantie des droits patrimoniaux des familles croates sur le sol monténégrin.
Radio Slobodna Evropa a indiqué, selon Novini, que Zagreb exigeait la restitution du navire-école Jadran, qu’elle revendique comme sa propriété, ainsi que la confirmation de l’ancienne frontière interrépublicaine entre les deux pays et la signature d’un accord sur la frontière terrestre.

Un parallèle dressé avec les blocages en Macédoine du Nord
Cette crispation diplomatique intervient alors que le Monténégro espérait clore ses négociations d’adhésion d’ici la fin de l’année. Les observateurs relèvent toutefois que cet objectif s’annonce difficile à atteindre. L’ancien diplomate Božo Kovačević a critiqué la stratégie de son pays d’origine dans un entretien accordé au média Net.hr, estimant que Zagreb instrumentalise le processus d’élargissement de l’Union européenne pour régler des différends bilatéraux.
Selon cette analyse, la démarche croate reproduit les tactiques employées par la Grèce et la Bulgarie à l’encontre de la Macédoine du Nord. L’ex-diplomate souligne que les règles européennes interdisent en principe de subordonner les progrès de l’intégration à des litiges non résolus entre États, tout en rappelant que la Slovénie avait déjà agi de la sorte par le passé face à la Croatie.
Les enjeux politiques et le blocage de la diplomatie régionale
Les points de friction s’alourdissent également en raison d’exigences financières et de tensions institutionnelles. Zagreb réclame la restitution d’équipements militaires de l’ancienne armée populaire yougoslave ou une compensation financière, d’après les déclarations de Božo Kovačević. Parallèlement, la Croatie a déclaré persona non grata plusieurs personnalités politiques monténégerines, dont le président du Parlement Andrija Mandić, en raison de leurs orientations jugées proserbes.
Malgré ces turbulences politiques, le calendrier fixé par Podgorica pour achever ses pourparlers se heurte désormais à l’examen de ces nouvelles exigences par les Vingt-Sept.
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