L’Islande a rejeté la reprise des négociations d’adhésion avec l’Union européenne lors d’un référendum tenu le 29 août 2026. Alors que le dépouillement touche à sa fin, le « non » l’emporte, écartant durablement toute perspective d’intégration pour la riche île de l’Atlantique Nord. Seule reste à compter une partie des bulletins d’un district électoral penchant déjà vers le « non », et la télévision publique RUV conclut sur son site internet que « La nation rejette les négociations d’adhésion à l’UE ».
La question soumise aux électeurs islandais était la suivante : « L’Islande doit-elle rouvrir les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? ». La consultation a mobilisé la population au lendemain d’une campagne largement dominée par des enjeux économiques et intérieurs. Si le scrutin avait formellement une valeur consultative, le gouvernement s’est engagé à en respecter l’issue, quelle qu’elle soit. L’actuel gouvernement est conduit par la sociale-démocrate Kristrun Frostadottir, qui souhaitait sonder la population sur l’opportunité d’explorer une intégration plus poussée dans un contexte de tensions internationales croissantes.
Référendum en Islande
Le « non » s’impose dans les derniers dépouillements avec 5 points d’avance, s’établissant à 52,5 contre 47,5 % selon le pointage en direct de la télévision publique RUV. Sauf énorme surprise, c’est un coup dur pour l’UE qui aurait vu d’un bon œil une candidature de l’Islande et semblait prête à des compromis pour qu’elle entre dans ses rangs. En cas de victoire du « non », toute discussion sur une adhésion de la riche île de l’Atlantique Nord serait gelée au moins jusqu’en 2028.
En 2009, dans le sillage de la crise financière qui avait terrassé son économie, le pays de près de 400 000 habitants avait déposé sa candidature, mais les discussions avaient été gelées en 2013 avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique. L’Islande est aujourd’hui étroitement associée à l’UE via son appartenance à l’Espace économique européen (EEE) et à l’espace Schengen, notamment — des liens qui resteraient inchangés. Le gouvernement a convoqué une conférence de presse dimanche à 13H00 GMT pour évoquer les suites qu’il compte donner à ce vote.
Islande. Référendum sur l'Union européenne
La campagne a surtout porté sur des enjeux économiques et intérieurs, même si la guerre en Ukraine et les visées de Donald Trump sur le Groenland voisin — que le président américain a plusieurs fois confondu avec l’Islande — ont donné au scrutin une dimension géopolitique. La consultation « a permis de relancer le débat sur l’Union européenne, sur la place de l’Islande dans le monde et, plus largement, sur son positionnement géopolitique », a déclaré Kristrun Frostadottir samedi. « Tout ira bien aussi si le non l’emporte », a-t-elle affirmé, après avoir voté « oui » dans une école de Reykjavik, tout en prévenant qu’en cas de rejet par les électeurs, elle ne relancerait pas l’idée d’une adhésion jusqu’à nouvel ordre.

Alors que les Islandais devaient décider ce samedi 29 août s’ils voulaient rouvrir les négociations d’adhésion avec l’Union européenne, un dossier a cristallisé les inquiétudes : la pêche. Les produits de la mer représentent près de 40 % des exportations de marchandises du pays. Pour certains, rejoindre l’UE reviendrait à abandonner une souveraineté durement acquise.
Grosse désillusion à Bruxelles, l’Islande ne rejoindra pas l’Europe
À 75 ans, Siggi Thordarson se souvient encore des bateaux britanniques qu’il fallait repousser des eaux islandaises. Dans sa jeunesse, il servait au sein des garde-côtes pendant les « guerres de la morue », cette série de confrontations qui a opposé l’Islande au Royaume-Uni autour de l’accès aux zones de pêche de l’île. Dans les années 1960 et 1970, Reykjavik étend progressivement les limites de ses eaux de pêche. Les garde-côtes islandais vont jusqu’à couper les câbles des chaluts britanniques, tandis que Londres envoie des bâtiments de la Royal Navy pour protéger ses pêcheurs. Le dernier affrontement s’achève en 1976 : les chalutiers britanniques doivent finalement rester en dehors de la zone des 200 milles nautiques revendiquée par l’Islande.

Un demi-siècle plus tard, cette victoire reste profondément ancrée dans la mémoire nationale. « J’appelle tous les Islandais. S’il vous plaît, gardez vos zones de pêche et protégez vos stocks pour les générations futures. Cela veut dire : ne rejoignez pas l’Union européenne », lance Siggi. Pour ce pêcheur, aujourd’hui farouche opposant à l’adhésion, accepter les règles européennes reviendrait à remettre en jeu ce pour quoi sa génération s’est battue. « Nous avons les zones de pêche les plus précieuses d’Europe », assure-t-il. « Il ne me viendrait pas à l’esprit que des gens à l’étranger, très loin d’ici à Bruxelles, puissent mieux gérer cela que nous. »
Cette inquiétude est au cœur de la campagne du « non ». L’Islande est déjà extrêmement intégrée économiquement à l’Union européenne grâce à l’Espace économique européen, mais il existe une exception de taille : la politique commune de la pêche ne fait pas partie de l’accord. Reykjavik continue donc de déterminer ses propres quotas. Une adhésion changerait ce cadre, obligeant l’Islande à négocier son intégration dans la politique commune de la pêche de l’Union européenne, l’un des dossiers qui s’annonçait déjà comme le plus difficile en cas de reprise des discussions avec Bruxelles.
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