JPMorgan Chase a testé des agents d’intelligence artificielle capables de répartir automatiquement le capital entre actions et obligations. Sur une simulation de 20 ans, ces modèles ont surpassé le portefeuille traditionnel 60/40 de 0,7 point de pourcentage par an, tout en affichant une volatilité moindre, selon des recherches publiées par la banque. Cette initiative, présentée par le plus grand groupe bancaire des États-Unis, constitue la première tentative de l’institution de construire un système d’IA dédié à cette fonction.
Thomas Salopek et ses stratèges utilisent OpenAI et Anthropic pour automatiser la gestion d’actifs
Performance et méthodologie des agents d’IA
L’étude, menée par les stratèges de JPMorgan Chase sous la direction de Thomas Salopek, marque une étape significative dans l’automatisation de la gestion d’actifs. Pour concevoir ces systèmes, l’équipe a utilisé les modèles d’OpenAI et d’Anthropic. Huit agents d’intelligence artificielle ont été conçus pour scanner le marché et analyser la conjoncture économique en fonction de deux paramètres : la dynamique du PIB et l’inflation. Ces systèmes classifient le marché en quatre régimes distincts : « Goldilocks » (croissance économique avec une inflation modérée), « reflation » (politique gouvernementale visant à stimuler l’économie), « stagflation » (combinaison de ralentissement économique et d’inflation) et « risk-off » (période de vente d’actifs risqués).
Les agents d’IA surpassent le portefeuille 60/40 avec un ratio de Sharpe de 0,95
En fonction du régime identifié, les agents ajustaient automatiquement les portefeuilles, augmentant la part des actions lors des périodes de forte croissance et renforçant les investissements en obligations lorsque les prévisions se dégradaient. Les résultats sont probants sur le plan mathématique : les huit agents testés ont surpassé le portefeuille 60/40 en termes de rendement ajusté au risque. Ils ont également battu l’algorithme interne précédemment utilisé par la banque, qui s’appuyait sur des règles fixes pour identifier les régimes de marché. La meilleure des huit configurations a atteint un ratio de Sharpe — qui mesure la performance ajustée au risque — de 0,95, avec une volatilité annuelle d’environ 6,6 % et une baisse maximale de 19,8 %, alors que le portefeuille traditionnel 60/40 affichait un ratio de 0,61, et une baisse maximale importante.

JPMorgan Chase prévient que ses résultats ne garantissent pas de futures performances réelles
Les mises en garde de JPMorgan sur l’usage réel
Malgré ces chiffres, l’institution financière insiste sur le caractère prudent de ces conclusions. Les résultats proviennent exclusivement de simulations sur des données historiques, et non de transactions réelles, et ne peuvent donc pas être considérés comme une preuve de supériorité systématique de l’IA sur le marché. JPMorgan précise que ces résultats ne garantissent en rien une répétition future. La banque souligne explicitement que l’intelligence artificielle ne doit pas se substituer à l’expertise humaine en matière d’investissement.
Les stratèges ont noté qu’« un agent d’IA peut se voir attribuer un ordre de travail lui permettant de prendre des décisions dans des conditions d’incertitude et d’afficher un résultat supérieur à un benchmark raisonnablement choisi ». Toutefois, la direction de la banque avertit que l’IA doit reposer sur un processus de répartition d’actifs rigoureusement conçu, plutôt que d’être perçue comme une source autonome d’expertise. Le risque est de voir l’IA être utilisée sans une compréhension profonde des mécanismes sous-jacents.
Morgan Stanley ouvre ses agents d’IA externes à 1,2 billion de dollars d’actifs via ShareWorks
Les risques systémiques de l’IA sur les marchés

Au-delà de la performance individuelle, la généralisation de tels outils soulève des inquiétudes quant à la stabilité des marchés financiers. Les chercheurs craignent qu’une adoption massive de modèles similaires par différents investisseurs ne conduise à une concentration des capitaux vers les mêmes actifs. Ce phénomène pourrait entraîner une hausse de la volatilité et une amplification des chocs de marché, car les systèmes pourraient exécuter les mêmes stratégies simultanément.
Cette réflexion s’inscrit dans un contexte plus large de transformation technologique à Wall Street. Alors que JPMorgan et Goldman Sachs utilisent actuellement l’IA principalement en interne, Morgan Stanley a annoncé, début juin, qu’il ouvrirait l’accès à des agents d’IA externes pour la gestion d’actifs à hauteur de 1,2 billion de dollars, via les plateformes ShareWorks et Equity. Ces systèmes seront capables de traiter des données et d’exécuter des tâches pour le compte des clients. Le secteur observe désormais de près la capacité de ces systèmes à gérer des volumes financiers massifs, tout en restant vigilant face aux risques de manipulation de marché et aux conséquences d’une automatisation généralisée des décisions financières.
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