La menace Netflix-Warner Bros. Discovery inquiète Hollywood : James Cameron tire la sonnette d’alarme
WASHINGTON – La proposition d’acquisition de Warner Bros. Discovery (WBD) par Netflix suscite une vive inquiétude à Hollywood, allant au-delà des habituelles frictions sectorielles. Le réalisateur légendaire James Cameron, connu pour des blockbusters comme Titanic et Avatar, a adressé une lettre au sénateur Mike Lee, président du sous-comité sénatorial sur la concurrence, les politiques antitrust et les droits des consommateurs, exprimant ses craintes quant à l’impact potentiellement dévastateur de cette fusion sur l’industrie cinématographique américaine.
Cameron, dont la carrière est intimement liée à l’expérience cinématographique, estime que l’acquisition pourrait entraîner des pertes d’emplois massives, modifier fondamentalement le paysage de la distribution et nuire à l’un des principaux secteurs d’exportation des États-Unis. Il qualifie la situation de “navire qui coule”, faisant référence à son propre film Titanic pour illustrer le danger.
“Le modèle économique de Netflix est directement opposé à celui de la production et de la distribution cinématographique, qui emploie des centaines de milliers d’Américains”, a écrit Cameron dans sa lettre, obtenue par l’Associated Press. “Il est donc directement opposé au modèle économique de la division cinématographique de Warner Bros., l’un des derniers grands studios de cinéma.”
La lettre intervient après une audition du sous-comité sénatorial le 3 février, au cours de laquelle Ted Sarandos, co-PDG de Netflix, et Bruce Campbell, de WBD, ont défendu l’opération. Le sénateur Lee a déclaré avoir reçu de nombreux messages d’acteurs, de réalisateurs et d’autres professionnels du secteur partageant les mêmes préoccupations. Il a annoncé l’organisation d’une nouvelle audition pour approfondir la question.
Un impact sur la concurrence et les prix ?
Les inquiétudes ne se limitent pas à la production cinématographique. L’acquisition potentielle soulève également des questions de concurrence, avec la fusion de deux géants du streaming : Netflix, avec 325 millions d’abonnés dans le monde, et HBO Max de WBD, qui en comptait 128 millions à la fin septembre. Les critiques craignent que cette concentration ne conduise à une augmentation des prix pour les consommateurs et à une réduction du choix.
Paramount Skydance a d’ailleurs formulé des arguments similaires dans sa tentative d’acquérir l’intégralité de WBD par le biais d’une offre publique hostile, soulignant les risques d’une domination excessive de Netflix.
Netflix tente de rassurer en affirmant que l’opération permettra d’augmenter les investissements dans la production de films et de séries, avec un engagement de 20 milliards de dollars en 2026, dont une part importante sera dépensée aux États-Unis. Ted Sarandos a insisté sur le fait que la fusion serait “pro-consommateur, pro-innovation et pro-travailleur”. Il a également affirmé que l’acquisition de WBD permettrait de préserver des emplois et de développer de nouvelles activités.
Des promesses contestées
Cependant, James Cameron se montre sceptique quant à la pérennité de ces engagements. Il rappelle que Ted Sarandos a qualifié les cinémas de “concept dépassé” et a déclaré aux investisseurs que “diriger les gens vers un cinéma n’est tout simplement pas notre activité”.
“Leur promesse de soutenir les sorties en salles (une activité fondamentalement opposée à leur modèle économique) est susceptible de s’évaporer dans quelques années”, a prévenu Cameron. “Une fois qu’ils posséderont un grand studio de cinéma, ce sera irrévocable.”
L’industrie cinématographique craint également une réduction du nombre de films produits et une diminution des opportunités pour les cinéastes. Les studios combinés pourraient privilégier les productions destinées directement au streaming, au détriment des sorties en salles.
Un enjeu stratégique pour les États-Unis
Cameron souligne également l’importance stratégique de l’industrie cinématographique pour les États-Unis. “Les États-Unis ne sont plus leaders dans la fabrication automobile ou de l’acier, mais ils restent le leader mondial du cinéma”, a-t-il déclaré. “Cela changera pour le pire” si Netflix-WBD fusionne.
L’affaire est d’autant plus sensible qu’elle intervient dans un contexte de réévaluation des politiques commerciales américaines, avec des tentatives de protection des industries nationales, notamment Hollywood, par le biais de mesures tarifaires.
L’avenir de l’industrie cinématographique américaine est donc en jeu, et la décision finale reviendra aux autorités de régulation, qui devront peser les arguments des deux camps et déterminer si cette fusion est dans l’intérêt public.
