Hervé Gagnon signe sa première dystopie avec 51e – Canada 2038

L’écrivain Hervé Gagnon signe avec 51e – Canada 2038, paru chez Alire, sa toute première incursion dans le genre de la dystopie. Le roman imagine un pays annexé en 2029 par les États-Unis sous la présidence de Daniel J. Fromm, décrivant un Québec et un Canada en pleine déliquescence politique et culturelle.

Habitué des thrillers historiques et fort d’un catalogue de plus de 25 livres et 22 romans jeunesse, l’auteur originaire de La Baie a mis environ quatre mois, à compter de l’automne dernier, pour rédiger ce premier exercice d’anticipation selon les informations de la presse régionale. L’écrivain qualifie son projet de prospective historique, une démarche qui consiste à imaginer un futur immédiat en prolongeant les tendances des dix dernières années.

Une dystopie géopolitique ancrée dans l’actualité de 2038

Dans cette vision sombre, les États-Unis envahissent le Canada en 2029 après qu’un gouvernement fédéral conservateur a coupé l’électricité à son voisin en guise de riposte à des droits de douane. La chronique littéraire publiée dans La Presse relève que les institutions publiques de santé et d’éducation, la liberté de la presse ainsi que les droits des femmes et des minorités disparaissent rapidement. Au Québec, la Loi 101 est abolie, contraignant les francophones à subir de nouveau le slogan speak white et à voir leurs enfants prêter allégeance au drapeau américain à l’école.

Le roman met en scène un président américain nommé Daniel J. Fromm, dont les traits rappellent nettement Donald Trump, et qui est remplacé à sa mort par son fils Daniel Jr., surnommé Deuxniel Fromm. J. D. Vance, Justin Trudeau, Doug Ford, Paul St-Pierre Plamondon et Pierre Poilievre.

Jean-François Foley et la résistance dans un Montréal ravagé

Loin de faire du décor l’unique vedette de son ouvrage, l’auteur y tisse une intrigue policière menée par Jean-François Foley, un agent du SPVM dont le service a perdu l’essentiel de ses prérogatives dans un Montréal marqué par le rationnement alimentaire et les exécutions publiques. Détesté par les citoyens pour son uniforme et méprisé par l’occupant américain, le protagoniste se voit confier la mission délicate de retrouver la fille disparue du gouverneur du Canada.

Cette quête le pousse au cœur d’une nasse où s’entrechoquent les manœuvres du Secret Service et le retour en force de mouvements nationalistes armés. L’entrevue menée avec Hervé Gagnon précise que le Front de libération du Québec y renaît de ses cendres, entraînant dans son sillage la création d’homologues dans les autres provinces, comme le Front de libération du Canada, le Maritimes Liberation Front et l’Ontario Liberation Front.

Un avertissement littéraire inspiré par l’histoire

L’écrivain, dont la formation initiale est en histoire, a conçu ce thriller d’anticipation autant comme un divertissement que comme un signal d’alarme face aux dérives autoritaires contemporaines. Il compare la soumission progressive des citoyens à celle observée lors de grands basculements historiques. En Russie à partir de 1917, ou en Allemagne à partir de 1933, une arrestation, c’était souvent la promesse d’une balle derrière la tête, devant une fosse commune. Tu ne voulais plus prendre la chance de te faire arrêter, alors tu te conformais, et ce conformisme-là, il s’acquiert un sacrifice à la fois, un abaissement à la fois, résume-t-il dans les pages de la presse régionale.

Hervé Gagnon lance ce vendredi le roman 51e - Canada 2038, son premier aux éditions Alire
Photo: lesoleil.com

Évoquant également l’influence de romanciers comme Philip Kerr et de l’œuvre dystopique de Margaret Atwood, l’auteur n’exclut pas d’écrire une suite pour approfondir les thématiques de la résistance. Malgré la noirceur de son univers fictionnel, il espère avant tout que l’actualité politique mondiale cessera de valider ses pires craintes.

Le Canada, bientôt le 51e État des États-Unis? | Entrevue avec Frédérick Gagnon #trump

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