Fred Forest, artiste, orchestré sa propre disparition à 93 ans

L’artiste Fred Forest, figure inclassable de la création contemporaine, est décédé le mercredi 4 novembre 2026 à l’âge de 93 ans. Fidèle à son goût pour la mise en scène, le pionnier de l’art vidéo et du net art a orchestré sa propre disparition, transmettant un message posthume par l’intermédiaire de son fils, Adrien Forest.

Une dernière facétie depuis Anserville

Dans cette missive, l’artiste né le 6 juillet 1933 à Mascara, en Algérie, revient sur une carrière marquée par une liberté de ton constante. J’ai, grâce à la complicité affectueuse de mon fils Adrien, le plaisir de vous annoncer ma propre disparition, écrit-il, se décrivant comme adulé par beaucoup, méprisé par certains et ignoré par le plus grand nombre. Depuis sa dernière demeure à Anserville, à proximité du Territoire du M2, il livre une réflexion sur son parcours : Allongé dans ce trou creusé dans la terre à Anserville, je vais avoir tout mon temps maintenant pour réfléchir sereinement à ce que je fais demain, mes amis.

Fred Forest, pionnier de la vidéo et du net art, est mort

Du contrôle des télécommunications à l’art sociologique

Avant d’embrasser une carrière artistique, Fred Forest a exercé comme contrôleur des postes et télécommunications, une expérience qui a nourri toute son œuvre. Dès 1967, il s’empare de la vidéo pour explorer les nouveaux médias. Cofondateur du Collectif d’Art Sociologique et théoricien de l’esthétique de la communication, il a cherché tout au long de sa vie à bousculer les rapports entre les médias et le spectateur.

L’éthique comme revendication majeure

Tout au long de son existence, Fred Forest a revendiqué une pratique artistique indissociable de l’éthique. Le titre que je revendique le plus, c’est d’avoir été l’un des seuls artistes au monde ayant mis en pratique l’Éthique dans l’exercice de son art, déclarait-il. Cette exigence l’a conduit à des confrontations mémorables avec les institutions, notamment le Centre Pompidou, qu’il a poursuivi en justice dans les années 1990 pour obtenir la communication de contrats d’acquisition. Malgré ces tensions, l’institution lui a consacré deux rétrospectives, en 2017 et 2024, saluant la mémoire d’un pionnier de la vidéo, de l’art sociologique ou encore du net art au lendemain de sa disparition.

Fred Forest, artiste, orchestré sa propre disparition à 93 ans
Photo : ArtsHebdoMédias

L’exploration des mondes numériques

Curieux des nouvelles technologies jusqu’à la fin de sa vie, l’artiste s’est intéressé à la blockchain et aux NFT. En 2021, il met en vente NFT-Archeology, une œuvre numérique reprenant le fichier de sa pièce Parcelle-Réseau datant de 1996. Proposée pour un montant de 69,3 millions + 1 dollar, cette opération était, selon ses termes, un jeu qui fait du sens dans le milieu de l’art. L’œuvre a rejoint les collections du Centre Pompidou par un don en 2023.

Son œuvre globale, qui intègre des projets comme le Territoire du M2 — un récit artistique déployé sur près de cinquante ans — témoigne d’une volonté de lier la réalité physique aux enjeux sociaux. Ce travail a été intégré au patrimoine national en juillet 2005 via une convention avec l’Institut national de l’audiovisuel, et demeure consultable à la Bibliothèque nationale de France.

Dans son dernier message, Fred Forest exprimait une satisfaction pleine : Mon activité dans l’art que j’ai tenté de renouveler chaque jour que j’ai vécu a donné plein sens à ma vie. En cela je sais avoir été comblé par ce jeu très sérieux qu’est l’art, auquel je me suis adonné toute mon existence, et qui m’aura appris finalement que l’argent n’est nullement nécessaire pour réaliser ses rêves les plus fous.

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