Home ÉconomieEUR/USD : Chute vers 1,1700 ? Guerre en Iran et dollar en hausse

EUR/USD : Chute vers 1,1700 ? Guerre en Iran et dollar en hausse

L’euro plonge face à une escalade géopolitique au Moyen-Orient et à la faiblesse économique allemande

Paris – L’euro a subi une forte pression ce lundi, atteignant un plus bas intrajournalier de 1,1698 face au dollar américain, un niveau inédit depuis plusieurs semaines, avant de se redresser légèrement à 1,1734. Cette chute d’environ 1% est significative dans le contexte des taux de change majeurs. Simultanément, l’indice du dollar (DXY) a bondi de 0,89% à 98,43, dépassant même les 98,50 pour la première fois depuis le 22 janvier.

Plusieurs facteurs convergent pour expliquer cette dynamique, selon des analystes financiers : une crise géopolitique qui favorise structurellement le dollar, des données économiques allemandes décevantes et une politique monétaire américaine qui ne semble pas prête à pivoter vers un assouplissement.

Une opération militaire américaine et israélienne contre l’Iran déstabilise les marchés

L’élément déclencheur immédiat de cette volatilité est l’opération militaire coordonnée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, baptisée "Operation Epic Fury". Cette opération, qui a conduit à la mort du Guide suprême Ayatollah Ali Khamenei et à des frappes sur plus de 2 000 cibles à travers le pays, a provoqué des représailles iraniennes sous forme d’attaques de missiles et de drones contre Bahreïn, Dubaï, l’Arabie saoudite et des installations militaires américaines dans le Golfe. L’implication du Hezbollah depuis le Liban et des explosions signalées près de l’ambassade américaine au Koweït ont exacerbé les tensions.

Le président Trump a déclaré que les opérations étaient "en avance sur le calendrier" et a évoqué un objectif de changement de régime en quatre à cinq semaines. Cette escalade a entraîné un mouvement classique de fuite vers des valeurs refuges, avec le dollar bénéficiant de l’aversion au risque.

L’Allemagne en difficulté, l’Europe vulnérable

La situation est aggravée par la faiblesse de l’économie allemande. Les ventes au détail pour janvier ont chuté de 0,9% par rapport au mois précédent, un chiffre bien inférieur aux attentes des économistes qui prévoyaient une baisse de 0,2%. La croissance annuelle a décéléré à seulement 1,2%, confirmant un repli de la consommation sous le poids de l’incertitude tarifaire, de la hausse des prix et des craintes géopolitiques.

L’Europe est particulièrement vulnérable en raison de sa dépendance aux importations d’énergie du Moyen-Orient. La fermeture effective du détroit d’Ormuz, suite à la déclaration de l’IRGC iranien interdisant le passage, et la suspension des traversées par Maersk, ont immobilisé plus de 200 pétroliers. Les prix du pétrole ont grimpé de 9% pour atteindre une fourchette de 75 à 79 dollars le baril, tandis que les prix du gaz naturel européen ont bondi de près de 50% après l’arrêt de la production de GNL par QatarEnergy suite à des attaques.

Inflation et politique monétaire : un dilemme pour l’ECB

Les économistes avertissent qu’une hausse soutenue du prix du pétrole vers 100 dollars le baril pourrait ajouter 0,6 à 0,7 point de pourcentage à l’inflation mondiale. Pour l’Europe, qui importe la quasi-totalité de son pétrole et une part importante de son gaz, l’impact sur les prix à la consommation serait encore plus important. Cela crée un scénario stagflationniste pour la Banque centrale européenne (BCE) – un ralentissement de la croissance combiné à une réaccélération de l’inflation – et constitue le pire des contextes macroéconomiques pour l’euro.

Le dollar renforcé par une Fed inflexible

Aux États-Unis, la Réserve fédérale n’a aucune raison d’assouplir sa politique monétaire. L’outil CME FedWatch indique une probabilité de seulement 4,4% d’une baisse des taux en mars, avec 95,6% des participants anticipant un statu quo. L’indice des prix à la production (IPP) de janvier a atteint 0,8% en glissement mensuel, son plus haut niveau depuis mi-2025. Les entreprises américaines répercutent les coûts tarifaires sur les consommateurs, et l’invocation de la section 122 pour imposer des tarifs universels de 10%, avec la possibilité d’une augmentation à 15%, ajoute une nouvelle couche inflationniste.

Perspectives techniques : le 200-jour SMA en ligne de mire

Sur le plan technique, la situation est préoccupante pour l’euro. La moyenne mobile simple sur 200 jours (MMS 200) de l’EUR/USD, située à 1,1666, est désormais dans la ligne de mire des vendeurs. Le DXY a franchi le niveau de résistance de 98,02 et forme désormais des creux plus hauts le long d’une ligne de tendance ascendante. L’indice de force relative (RSI) du dollar se situe à 60, confirmant une forte pression à l’achat sans pour autant atteindre un territoire de surachat. Les prochains objectifs techniques pour le DXY sont 98,31, puis 98,60 et 98,86. Un franchissement clair de 98,86 ouvrirait la voie à 99,00. Les supports se situent à 97,76 et 97,56.

Les analystes recommandent de vendre les rebonds dans la zone 1,1730-1,1760, en visant initialement 1,1670 et 1,1640 en extension. Un stop-loss au-dessus de 1,1790 est conseillé. Le seul scénario qui inverserait cette tendance serait une désescalade diplomatique rapide au Moyen-Orient qui rouvrirait le détroit d’Ormuz et ramènerait le prix du pétrole en dessous de 65 dollars, un résultat qui ne semble pas imminent.

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