Annulation de conférence : La sociologue Eva Illouz victime de pressions anti-Israël
Rotterdam, Pays-Bas – La sociologue franco-israélienne Eva Illouz se retrouve au cœur d’une controverse après l’annulation de sa participation à une conférence à l’Université de Rotterdam. L’annulation,qui a suscité l’indignation,intervient dans un contexte de tensions croissantes liées au conflit israélo-palestinien et de montée de l’antisémitisme sur les campus universitaires occidentaux.
Illouz, auteure de l’essai récent « 8 octobre », qui analyze la perte de solidarité envers les victimes juives suite aux attentats du Hamas, est accusée par certains d’être trop favorable à Israël.Ses détracteurs, notamment au sein de la communauté universitaire, semblent la sanctionner pour ses opinions politiques, malgré son positionnement de gauche et ses critiques envers le gouvernement Netanyahu.
Cette affaire n’est pas isolée.L’éditeur grec Oposito Books avait déjà retiré son livre du catalog en été, invoquant une « solidarité avec le peuple palestinien » comme justification. Cette décision soulève des questions sur la liberté d’expression et l’instrumentalisation du conflit pour justifier des boycotts culturels.
L’annulation de la conférence à Rotterdam met en lumière une tendance inquiétante : la normalisation d’une forme d’antisémitisme qui assimile les Juifs à l’État d’Israël et les tient responsables de ses politiques. Cette attitude, dénoncée par Illouz dans son dernier ouvrage, rappelle la satire mordante d’Érasme dans « Éloge de la folie », mais avec une tournure plus sombre et plus dangereuse.
Contexte et enjeux plus larges :
L’incident impliquant eva Illouz s’inscrit dans un débat plus large sur la liberté académique et la responsabilité des universités face à la montée des discours haineux. Les campus universitaires, traditionnellement considérés comme des espaces de libre échange d’idées, sont de plus en plus confrontés à des pressions externes et internes qui menacent cette liberté.
La “cancel culture“, ou culture de l’annulation, est devenue un phénomène courant, où des individus sont ostracisés ou sanctionnés pour des opinions considérées comme controversées. Si la critique est légitime, le boycott et la censure peuvent étouffer le débat et entraver la recherche de solutions.
Le cas d’Illouz rappelle également l’importance de la vigilance face à l’antisémitisme, qui peut prendre des formes subtiles et insidieuses. L’assimilation des Juifs à l’État d’Israël, la remise en question de leur droit à l’autodétermination et la diabolisation d’Israël sont autant de manifestations de l’antisémitisme contemporain.
Eva Illouz prononcera dimanche prochain le discours de Schiller aux Archives littéraires allemandes de Marbach am Neckar, un événement qui sera diffusé en streaming. Un moment crucial pour défendre les valeurs des Lumières et la liberté de pensée, comme l’avait prôné Schiller lui-même.
