Home Sciences et technologiesL’expansion de l’intelligence artificielle alimente une pression inflationniste aux États-Unis

L’expansion de l’intelligence artificielle alimente une pression inflationniste aux États-Unis

by Louis Girard - Tech
Trois vecteurs de hausse des prix

L’investissement massif dans les infrastructures d’intelligence artificielle (IA), qui devrait dépasser 700 milliards de dollars cette année, exerce une pression inflationniste croissante sur l’économie américaine. Selon des économistes, cette dynamique, qui touche particulièrement les composants électroniques, l’énergie et les logiciels, devrait continuer de peser sur les prix au moins jusqu’à la fin de l’année.

Trois vecteurs de hausse des prix

Les analystes de Goldman Sachs et d’autres institutions financières identifient trois canaux principaux par lesquels l’IA contribue à l’inflation : * Les puces mémoire : La demande pour les composants nécessaires aux serveurs d’IA, tels que la mémoire DDR5, a provoqué une pénurie mondiale. Le prix moyen d’un module de 8 Go a atteint environ 148 dollars, contre 35 dollars l’an dernier. SK Hynix, l’un des principaux fabricants mondiaux, prévoit que la demande dépassera l’offre d’environ 20 % jusqu’en 2030. * L’électricité : Le fonctionnement des centres de données nécessite des quantités colossales d’énergie. Dans plusieurs régions, les services publics citent la demande liée à l’IA comme un facteur de hausse des tarifs pour les consommateurs. * Les logiciels : Les entreprises technologiques intègrent des fonctionnalités d’IA dans leurs abonnements, entraînant des hausses de prix.

Trois vecteurs de hausse des prix
Photo: Southshorepress

Un impact concentré aux États-Unis

Bien que l’IA soit un phénomène mondial, ses effets inflationnistes sont nettement plus marqués aux États-Unis. Goldman Sachs estime que l’IA ajoute actuellement environ 20 points de base (0,20 %) à l’indice des prix PCE, l’indicateur favori de la Réserve fédérale. Ce chiffre devrait atteindre 50 points de base d’ici la fin de l’année. En comparaison, l’impact dans d’autres économies développées — comme le Japon, le Royaume-Uni ou les pays de l’Union européenne — est estimé à seulement 10 points de base. Cette disparité s’explique par le rôle dominant des États-Unis dans le déploiement et la consommation de ces technologies, ainsi que par une part des dépenses des ménages consacrée aux logiciels et accessoires plus élevée qu’ailleurs.

Un impact concentré aux États-Unis
Photo: Transformernews

Défis pour la Réserve fédérale et les consommateurs

Pour les ménages et les petites entreprises, cette pression sur les coûts signifie que des catégories de produits auparavant déflationnistes, comme l’électronique, voient désormais leurs prix augmenter. Apple, Sony, Microsoft et Nintendo ont déjà répercuté ces coûts sur leurs produits. Cette situation place la Réserve fédérale dans une position délicate. Si l’IA est présentée par certains comme un futur moteur de productivité capable de réduire les coûts à long terme, la phase actuelle de construction des infrastructures est, elle, coûteuse en ressources physiques. La banque centrale doit donc déterminer si cette inflation est passagère ou structurelle, alors que les investissements dans les centres de données et les infrastructures énergétiques prennent des années à se concrétiser.

Défis pour la Réserve fédérale et les consommateurs
Photo: Washingtonpost

Réactions politiques et climat social

L’inflation liée à l’IA devient un sujet politique de premier plan. Des recherches du pollster démocrate Blue Rose suggèrent que les électeurs ne distinguent plus la crise du coût de la vie de l’essor de l’IA, percevant ces technologies comme un outil supplémentaire favorisant les élites au détriment du reste de la population. Certains élus tentent de capitaliser sur ce mécontentement. Le représentant Frank Pallone a notamment appelé à un moratoire sur la construction de centres de données pour freiner les pics inflationnistes. Toutefois, l’analyse des communications politiques montre que le sujet reste encore sous-exploité, bien que la rhétorique liant l’IA à l’oligarchie et à la corruption gagne du terrain au sein de certains partis. Pour l’heure, les décideurs politiques restent partagés sur la manière d’aborder cette colère électorale face à une technologie dont les promesses de gains de productivité restent, pour le moment, un pari sur l’avenir.

Qu'est-ce que l’intelligence artificielle?

Find more reporting in our Sciences et technologies section.

À ne pas manquer

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.