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Dans le ventre de Klara : le roman troublant sur les origines d’Hitler

Dans le ventre de Klara : le roman troublant sur les origines d’Hitler

Dès juillet 1888, Klara ignore qu’elle porte dans son ventre l’incarnation du mal absolu: Adolf Hitler. Entre faits avérés et fiction, Régis Jauffret jongle avec maestria pour décrire le quotidien et les tourments d’une bigote soumise à son époux, abusée sexuellement et habitée par l’innommable.

Neuf mois de bondieuseries, de violences et de souffrance à s’interroger, partagés entre l’amour à donner à un enfant à venir et d’insupportables visions d’horreur qu’un fœtus transmet à sa génitrice. Magie de la littérature: Régis Jauffret nous embarque magistralement dans un voyage au bout de l’enfer, pour sonder l’âme humaine dans ce qu’elle peut offrir de plus pitoyable et barbare.

Avec “Dans le ventre de Klara”, l’auteur français reconstitue le quotidien des parents d’Hitler – une vie fantasmée bien que certains faits soient avérés – tout en donnant à voir la Shoah qui, à cette époque, était encore une bestiale atrocité qu’aucun humain ne pouvait envisager.

“… les condamnés arrivent en chantant “Lily Marlene” et on glisse leur tête dans les nœuds coulants avec l’indifférence des bouchers qui pendent les carcasses à des crocs d’acier et ils ne bronchent ni n’émettent la moindre plainte de peur d’être exécutés au lance-flammes et les trappes s’ouvrent et les corps tombent dans le vide…”
Régis Jauffret, extrait de “Dans le ventre de Klara”

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Emprise familiale

1888, en Autriche : l’impécunieuse Klara emménage chez son oncle pour tenir la maison, alors que sa tante se meurt en crachant ses poumons. Son oncle, qu’elle n’aura de cesse de nommer “Oncle” même après leur mariage, est un mauvais type qui exerce la profession de douanier au service de l’Empire. Il n’hésite pas à détrousser la jeune Klara, à l’insu d’une épouse agonisante.

Même si elle sait cette relation malvenue, malsaine, anormale et immorale, Klara reste soumise à Oncle, figure emblématique du patriarcat dans toute son abomination, ogre ingrat disposant du corps et de la vie de la jeune fille à sa guise.

A la mort de sa tante, Klara prend sa suite et tombe enceinte. Oncle le pingre décide d’un mariage en catimini et chaque jour, Klara s’en remet à l’abbé Probst pour espérer le pardon. Affolé par cet enfant à naître, fruit pourri d’une union diabolique contre nature, il lui assène remontrances et pénitences, espère même pouvoir excommunier cette fille de rien égarée. Pour contenir son malheur, Klara écrit. Une activité dévorante, obsessionnelle, mais trop superflue pour oser l’avouer à Oncle qui, s’il l’apprenait, la rabrouerait vertement.

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Le salut dans l’écriture?

Klara est esclave de sa frénésie d’écriture, de ces phrases qui jaillissent telles des éruptions volcaniques, des geysers de mots qui se choquent et s’entrechoquent, violents. La description des chambres à gaz, des camps, des images de déportation, de trains, de kapos, de morts… Ces fulgurances débarquent toujours sans prévenir au milieu d’un dialogue ou d’une pensée, des mots tirés en rafales, qui prennent d’assaut parfois plusieurs paragraphes, textes dans le texte, sombres, sans ponctuation.

Plus méfiante et apeurée que jamais, Klara troque son carnet pour un tableau noir qu’elle efface à peine recouvert de sa prose pour ne pas être découverte. Mais même envolées, ces phrases atroces restent ancrées dans sa tête. Alors Klara cogite.

“Dieu devrait envoyer directement en enfer les nouveau-nés fautifs avant qu’ils ne poussent leur premier cri. Au cours de la grossesse, ils ont eu le temps de se développer suffisamment pour que leur véritable nature apparaisse.”
Régis Jauffret, extrait de “Dans le ventre de Klara”

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Impossible de décrocher de ce roman, tant l’imagination galopante de Régis Jauffret et son style, même s’il déteste que l’on emploie ce terme, font toute la différence. A peine la lecture entamée, le lectorat est tenu en apnée jusqu’à l’épilogue, pourtant connu : la délivrance de l’accouchement pour Klara, l’asservissement d’une partie de l’humanité au nazisme des années plus tard.
Philippe Congiusti/mh
Régis Jauffret, “Dans le ventre de Klara”, ed. Récamier, janvier 2024
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