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Cuba : L’histoire oubliée de l’ingérence américaine

Cuba : Plus qu’une île, un miroir de l’histoire américaine

La Havane, Cuba – L’évocation d’une possible intervention américaine à Cuba, récemment soulevée par d’anciens responsables, résonne avec une histoire bien plus complexe que la simple rhétorique politique. Loin d’une prise de contrôle future, les États-Unis ont déjà, de manière significative, façonné le destin de l’île, bien avant l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir.

Lors d’une visite en 2016, dans le cadre d’une délégation éducative, j’ai pu constater de visu les cicatrices de cette histoire. De la rencontre avec Mariela Castro, alors à l’avant-garde des droits LGBTQ+ à Cuba, à la visite du mémorial de José Martí, figure emblématique de l’indépendance cubaine, chaque étape révélait une narration nuancée. Le site de San Juan Hill, témoin de la bataille décisive de la guerre hispano-américaine, rappelait brutalement le moment où les États-Unis ont pris la place de l’Espagne en tant que puissance dominante.

Cette transition, loin d’être un transfert de pouvoir pacifique, s’est traduite par une occupation américaine de trois ans, justifiée par un besoin de stabilité. En réalité, cette période a vu les vastes plantations de sucre et de tabac, autrefois propriétés espagnoles, rapidement acquises par des entreprises américaines, au détriment des Cubains. Une modification constitutionnelle fut même imposée, légalisant l’ingérence américaine dans les affaires intérieures cubaines. Une seconde occupation suivit de près.

Pour les Cubains, convalescents après leur guerre d’indépendance, il est rapidement devenu clair que la libération de l’Espagne ne signifiait pas la souveraineté. Comme l’a souvent souligné l’histoire, les intérêts économiques des grandes puissances priment souvent sur les besoins des populations locales. Cette dynamique, visible dans les relations américaines avec Cuba, se retrouve également dans les conflits de longue date avec l’Iran, où l’accès au pétrole est un enjeu majeur. Dans les années 1950, 90% des mines cubaines appartenaient à des entreprises américaines.

L’idée d’une “prise de contrôle amicale” de Cuba, évoquée par certains, est donc une illusion. Les États-Unis ont déjà “pris” Cuba, bien avant la révolution cubaine et l’embargo imposé par Kennedy en 1962. L’île est, de facto, sous influence américaine depuis la signature du Traité de Paris il y a près de 130 ans. Cette relation initiale, loin d’être basée sur un partenariat équitable, s’est construite sur la dictée de termes, même envers les Cubains réduits en esclavage par l’Espagne.

Cette histoire, racontée par de nombreux Cubains, souligne un schéma récurrent dans la politique étrangère américaine : le manque de considération pour les populations locales. On retrouve cette même logique dans l’achat de la Louisiane à la France, sans consultation des populations autochtones, ou dans le renversement de la monarchie hawaïenne.

Il est crucial de ne pas justifier les restrictions à la liberté d’expression, l’emprisonnement des dissidents ou les exécutions perpétrées par le régime de Castro. Cependant, comprendre les conditions économiques et politiques qui ont conduit à son émergence est essentiel pour éviter de répéter les mêmes erreurs. Se concentrer uniquement sur l’échec du débarquement de la Baie des Cochons en 1961, sans tenir compte du contexte économique étouffant qui précédait, serait une simplification dangereuse.

Peut-être est-il temps, au lieu de penser à “prendre” Cuba, d’offrir à son peuple une véritable souveraineté. Pas celle qui exige l’annexion de territoires comme la baie de Guantánamo en échange de concessions, mais une souveraineté où les Cubains décident du destin de leurs ressources, indépendamment des intérêts de Wall Street.

Dans un monde globalisé, l’indépendance totale est illusoire. Cependant, une nouvelle approche dans les relations avec Cuba pourrait non seulement ouvrir un nouveau marché commercial, mais aussi créer un allié géopolitique là où il n’y avait autrefois qu’un adversaire. Les États-Unis ont su se réconcilier avec l’Allemagne et l’Italie après la Seconde Guerre mondiale. Ils peuvent en faire autant avec Cuba, dont le seul “crime” est de vouloir la liberté.

YouTube: @LZGrandersonShow

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