Home InternationalCrise environnementale et révolte à Gabès, la capitale du cancer

Crise environnementale et révolte à Gabès, la capitale du cancer

Gabès, l’oasis sacrifiée : la colère monte en Tunisie face à une catastrophe écologique et sanitaire

Des centaines d’intoxications, des manifestations massives et une grève générale paralysent la région de Gabès, où les habitants dénoncent une pollution industrielle mortifère émanant du Groupe Chimique Tunisien. Une crise qui fragilise désormais la présidence.

L’année scolaire 2025 venait à peine de commencer dans le collège de Chott Essalem, une oasis côtière de la région de Gabès en Tunisie, lorsque la journée a basculé dans le chaos. Des élèves se sont plaints de vertiges et de gorges qui se serrent, avant de s’effondrer, les uns après les autres. Ces scènes d’asphyxie collective, comme les décrivent les habitants, se sont répétées tout au long des mois de septembre et d’octobre, affectant plus de 130 personnes, principalement des enfants.

Pour les familles de Gabès, le coupable ne fait aucun doute : le complexe industriel de transformation de phosphate, géré par l’entreprise publique, le Groupe Chimique Tunisien (GCT). Une mère a décrit une scène d’horreur : des rangées d’enfants gisant sur le sol, rappelant les images tragiques de Gaza.

Une mobilisation sans précédent

La colère a rapidement débordé des cours d’école pour envahir les rues. Depuis le 11 octobre, le gouvernorat de Gabès est le théâtre de manifestations quasi quotidiennes lemonde.fr. Des milliers de personnes ont marché vers le GCT aux cris de « Le peuple veut le démantèlement des usines ! ».

La mobilisation a atteint son paroxysme le 21 octobre, lorsque la région a été paralysée par une grève générale massivement suivie, à l’appel de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la principale centrale syndicale du pays lemonde.fr. Des images bouleversantes d’enfants évanouis et de manifestants ont circulé à une vitesse fulgurante sur les réseaux sociaux, attisant l’indignation publique et attirant l’attention nationale.

Le Groupe Chimique Tunisien au cœur des accusations

Implanté depuis 1972, le complexe industriel du GCT domine ce qui fut autrefois une oasis luxuriante. Coincées entre la mer Méditerranée et la zone industrielle, les parcelles de palmiers dattiers de Chatt Essalem étouffent. Les cheminées des usines rejettent un mélange toxique de soufre, d’ammoniac et de fluor, utilisés pour transformer le phosphate en acide phosphorique et en engrais destinés à l’exportation et au marché local lemonde.fr. Si l’activité est un pilier de l’économie locale, ses conséquences environnementales et sanitaires sont jugées dévastatrices par la population.

Les fuites de gaz ne sont pas nouvelles, mais la fréquence et l’ampleur des intoxications de cet automne sont sans précédent, marquant un point de rupture pour une communauté qui se sent abandonnée.

« Capitale du cancer » : un lourd tribut humain

Au-delà des malaises récents, la population de Gabès vit avec une menace plus insidieuse. La région a gagné le sinistre surnom de « capitale du cancer » de la Tunisie en raison d’une prévalence anormalement élevée de maladies respiratoires et de cancers rares. Dans les conversations avec les habitants, un refrain tragique revient sans cesse : chaque foyer compte au moins un patient atteint de cancer.

Cette catastrophe sanitaire est aggravée par une infrastructure médicale sous-financée et mal équipée. Lors des récentes intoxications, des parents désespérés ont vu les ambulances arriver tardivement, pour ensuite être parfois refusés à l’hôpital régional, faute de moyens.

Une crise qui ébranle le pouvoir

L’ampleur de la mobilisation a transformé cette crise environnementale et sanitaire en une véritable crise politique, secouant la présidence de Kaïs Saïed lemonde.fr. Face au silence des autorités, le sentiment d’injustice et d’abandon s’est renforcé.

Le dossier a également pris une dimension juridique et internationale. Des organisations comme Les Écologistes en France ont exprimé leur soutien, qualifiant la situation de « violation manifeste des droits à la vie et à la santé garantis par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples » lesecologistes.fr. Ce soutien s’appuie sur la reconnaissance par la Cour internationale de justice du droit humain à un environnement sain, un principe que les habitants de Gabès réclament aujourd’hui plus que jamais.

Alors que le monde se tourne vers les enjeux climatiques globaux, notamment lors de la conférence COP30 au Brésil, la lutte des habitants de Gabès rappelle de manière poignante le coût humain de la pollution industrielle et la demande fondamentale de chaque citoyen : le simple droit de respirer un air pur.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.