L’activité manufacturière chinoise rebondit avant le Nouvel An lunaire, malgré les incertitudes tarifaires
HUZHOU, Chine – Les usines chinoises bourdonnent d’activité à l’approche du Nouvel An lunaire, un contraste saisissant avec les inquiétudes suscitées l’année dernière par les tarifs douaniers américains. Les ports sont congestionnés, les taux de fret augmentent et les carnets de commandes sont bien remplis, signalant une résilience inattendue de la deuxième économie mondiale.
L’activité manufacturière chinoise connaît traditionnellement un pic en début d’année, les fabricants se précipitant pour honorer les commandes avant la longue période de vacances du Nouvel An lunaire. Cette année, la ruée semble aussi intense que jamais, malgré les tarifs imposés par l’administration Trump.
“Nous sommes très occupés”, déclare Renaud Anjoran, fondateur et PDG d’Agilian Technology, un fabricant d’électronique basé dans la province du Guangdong. Son usine, qui exporte plus de la moitié de sa production aux États-Unis, fonctionne presque à pleine capacité après une année marquée par des menaces tarifaires fluctuantes. “C’est comme si les tarifs n’existaient plus. Les clients américains ne pensent pas à se tourner vers d’autres fournisseurs.”
Des données récentes confirment cette tendance. China Beige Book, un cabinet de recherche qui suit les données économiques chinoises, estime que la production industrielle a bondi en janvier, avec une accélération des commandes intérieures et des exportations. Les chiffres officiels pour janvier et février seront publiés en mars.
Les ports chinois ont traité 40 % de conteneurs en plus au cours de la semaine se terminant le 1er février, par rapport à l’année précédente, selon une équipe d’analystes du transport et de la logistique de HSBC Bank. Il s’agit de la croissance annuelle la plus rapide depuis plus de 12 mois, et bien au-dessus de la croissance hebdomadaire moyenne d’environ 10 % observée en 2025.
Le port de Ningbo, l’un des principaux centres maritimes de Chine, est particulièrement touché. Jay Guo, doyen de l’Institut d’innovation de la chaîne d’approvisionnement de Ningbo, décrit des terminaux “fonctionnant au-delà de leur capacité, avec des navires surréservés de plus de 20 % et la suspension de l’entrée de conteneurs”.
Cette forte demande a entraîné une flambée des coûts de transport. Les taux de camionnage ont augmenté de 80 %, selon Guo, et de nombreux usines et transitaires prévoient de suspendre leurs activités à partir de vendredi pour reprendre le travail la semaine prochaine. L’indice des taux de fret conteneurisés de Shanghai, un indicateur clé des tarifs de fret de Shanghai vers les principales destinations mondiales, se situe actuellement entre 1 400 et 1 656, contre une moyenne de 1 337 à 1 568 au cours des 15 dernières années, selon un rapport de HSBC.
Diversification, mais pas désengagement
Ce regain d’activité intervient alors que de nombreuses entreprises multinationales accélèrent leurs stratégies de diversification de la chaîne d’approvisionnement, adoptant des modèles “Chine plus un” en Asie du Sud-Est et en raprochant la production en Europe et au Mexique. Cependant, elles continuent de maintenir une production ou un approvisionnement important en Chine.
“Les entreprises cherchent à réduire les risques, pas à se désengager complètement”, explique Wolfgang Lehmacher, expert mondial de la chaîne d’approvisionnement et de la logistique.
Cameron Johnson, associé principal chez Tidalwave Solutions, un cabinet de conseil basé à Shanghai, confirme cette observation. Après avoir visité plusieurs usines dans le sud de la Chine le mois dernier, il a constaté que les fabricants d’automobiles, de biens de consommation et d’articles de sport étaient “assez occupés”, traitant les arriérés de commandes et répondant aux demandes de renseignements de clients étrangers, y compris des Américains.
“Ils ont attendu aussi longtemps qu’ils le pouvaient pour que l’incertitude cesse, mais maintenant ils doivent trouver un moyen d’aller de l’avant”, souligne Johnson.
L’intérêt des clients américains pour le développement de nouveaux produits s’est également considérablement rétabli depuis la signature d’une trêve commerciale d’un an avec Washington en octobre dernier, qui a maintenu les tarifs sur les marchandises chinoises à un niveau inférieur.
En 2025, la Chine avait réduit ses envois directs vers l’Amérique tout en augmentant ses exportations vers des marchés alternatifs, notamment l’Asie du Sud-Est et les pays européens.
Ce rebond de l’activité manufacturière chinoise, malgré les défis persistants, souligne la complexité des relations commerciales mondiales et la résilience de la deuxième économie mondiale. Il reste à voir si cette tendance se maintiendra à long terme, mais pour l’instant, les usines chinoises sont prêtes à affronter le Nouvel An lunaire avec optimisme.
[Image d’une usine chinoise en pleine production, avec une légende mentionnant la date et le lieu. Source : Getty Images]
[Lien vers un article de CNBC sur la réunion Trump-Xi : https://www.cnbc.com/2025/10/30/trump-xi-south-korea-rare-earth-tariff-trade-war-nvidia.html]
[Lien vers un article de CNBC sur les données commerciales chinoises : https://www.cnbc.com/2026/01/14/china-trade-data-surplus-exports-imports-december-tariffs-tensions.html]
