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Israël : la politique généreuse d’inhumation face à une crise démographique

Israël face à une crise foncière : l’avenir des rites funéraires remis en question

Jérusalem – Une étude récente met en lumière un défi croissant pour Israël : la gestion de ses cimetières. Le pays, connu pour sa politique généreuse garantissant une sépulture financée par l’État à chaque citoyen près de son lieu de résidence, pourrait bientôt se heurter à une crise de capacité due à l’augmentation prévue de sa population âgée.

L’étude, menée par le Professeur Alex Weinreb, président de la section Démographie et directeur de la recherche au Taub Center, révèle que le nombre de décès annuels pourrait doubler d’ici 2050, passant des 45 000 à 50 000 actuels à plus de 100 000. Un rythme qui dépasserait le nombre de décès enregistrés durant les 75 premières années de l’État d’Israël.

“Le paradoxe est que, en raison d’une vision culturelle et religieuse, nous consacrons à la mort l’une des ressources les plus précieuses et les plus rares du pays”, souligne le rapport. Sans une planification stratégique, Israël risque de voir une part croissante de son territoire transformée en “villes des morts”.

Un héritage culturel et religieux

La singularité de la politique israélienne en matière de sépulture réside dans son universalité. Presque tous les décès, qu’ils soient juifs, musulmans ou chrétiens, donnent droit à une sépulture financée par l’État. Cette pratique contraste fortement avec la tendance mondiale à la crémation, qui représente plus de 60 % des décès dans la plupart des pays occidentaux, alors qu’elle n’est pratiquée que par 10 % de la population juive laïque en Israël, et est exclue par les populations traditionnelles et religieuses.

Les cimetières des zones densément peuplées de Tel Aviv et du centre du pays, comme ceux de Yarkon et Barkat (Ganey Ad), atteindront leur pleine capacité dès 2035, soit des décennies plus tôt que prévu initialement.

Des solutions ancestrales et innovantes

Face à cette situation, le rapport propose de reconsidérer les pratiques funéraires actuelles. Si la crémation n’est pas une option viable en raison des convictions religieuses et culturelles, l’étude suggère de revisiter des traditions juives ancestrales et d’explorer des techniques modernes.

L’une des solutions envisagées est la pratique de la “collecte des os”, courante à l’époque du Premier Temple et pendant la période du Talmud. Cette méthode consiste à inhumer le corps pendant un an, puis à collecter les os et à les placer dans des ossuaires, permettant une densité de sépulture dix fois supérieure à celle des inhumations traditionnelles.

Une autre piste est le développement de structures funéraires verticales, déjà expérimentées dans certains cimetières israéliens, qui peuvent accueillir jusqu’à 1 500 sépultures par dunam (environ 1000 mètres carrés).

Weinreb propose également de modifier la loi exigeant que les sépultures soient proches du lieu de résidence, afin de permettre la création de complexes funéraires à grande échelle dans les régions périphériques, où le foncier est plus abondant.

Un manque de planification gouvernementale

L’étude critique le manque de planification à long terme du Ministère des Services Religieux, responsable de la réglementation et de la planification des cimetières. Selon Weinreb, le ministère ne maintient pas de prévisions de mortalité ni de données actualisées sur les terrains disponibles, ce qui entrave le développement d’une stratégie globale.

Le contrôleur d’État israélien a déjà alerté à plusieurs reprises sur le risque de pénurie de terrains pour les cimetières, mais son rapport de 2024 sous-estime, selon Weinreb, le nombre de sépultures nécessaires d’ici la fin du siècle d’environ un tiers.

Un enjeu sociétal et économique majeur

La crise foncière des cimetières israéliens est un problème complexe qui dépasse le simple cadre religieux ou culturel. Elle soulève des questions fondamentales sur l’utilisation des terres, la planification urbaine et la gestion des ressources.

“Israël est confronté à un choix entre maintenir des pratiques funéraires non durables, où ‘les morts prennent aux vivants’, et adopter des solutions funéraires pratiquées dans l’Antiquité”, conclut Weinreb. “Il est important de comprendre que cette question a des implications sociales et économiques considérables, et qu’en l’absence d’un changement de perspective profond et d’une planification stratégique à long terme, nous serons bientôt confrontés à une crise grave dont les conséquences affecteront non seulement nous, mais aussi les générations futures.”

Image d’un cimetière à Jérusalem
Un cimetière à Jérusalem. La gestion des espaces funéraires est un défi croissant pour Israël.

Image du Mont des Oliviers
Le cimetière du Mont des Oliviers, un lieu de sépulture prisé, illustre la pression foncière croissante.

Image d’un cimetière militaire
Le cimetière militaire du Mont Herzl, un lieu de mémoire nationale, témoigne de l’importance du respect des défunts en Israël.

Image d’un cimetière vertical
Un cimetière vertical en Israël, une solution innovante pour optimiser l’utilisation des terres.

Image d’un chantier de cimetière souterrain
Un chantier de construction d’un cimetière souterrain à Jérusalem, une solution radicale pour faire face à la pénurie de terrains.

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