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Carney annonce la fin de l’ordre mondial actuel

Le Canada sonne le glas d’un ordre mondial d’après-guerre, face à l’incertitude américaine

Davos, Suisse – Le Premier ministre canadien Mark Carney a prononcé un discours percutant au Forum économique mondial de Davos cette semaine, un discours que certains analystes qualifient déjà de tournant historique. Carney a dépeint un monde où les normes de coopération et de prospérité partagée qui ont prévalu depuis la Seconde Guerre mondiale s’effondrent, en grande partie à cause de l’évolution de la politique américaine.

Le discours, disponible en intégralité sur YouTube et sur le site du Forum économique mondial, a suscité une vive réaction, notamment de la journaliste du New York Times Lulu Garcia-Navarro, qui l’a qualifié sur X (anciennement Twitter) ici d’« inflection point ».

Carney a souligné que l’ère de la confiance mutuelle et du respect des règles internationales est compromise, non seulement par l’administration Trump, mais par la possibilité récurrente de l’émergence de leaders américains qui remettraient en question les fondements de l’ordre mondial actuel. “Il faut désormais considérer la possibilité que les États-Unis, quel que soit le résultat des prochaines élections, soient capables d’élire une figure qui déchire les accords existants et ne croit pas au projet d’une sécurité partagée et de valeurs démocratiques,” a déclaré Benjy Sarlin, rédacteur en chef senior de Vox, dans une analyse du discours.

Le discours de Carney ne se limite pas à une critique de la politique américaine. Il met en lumière une réalité longtemps ignorée : l’ordre international, bien que présenté comme universel, a toujours été appliqué de manière sélective, les puissants s’exemptant des règles lorsqu’elles les inconvenaient. Seth Maxon, rédacteur en chef senior de Vox, souligne que Carney a osé exprimer une vérité tacite, une critique rarement formulée ouvertement par les leaders occidentaux.

Un nouveau paradigme pour les “puissances moyennes”

Face à cette incertitude, Carney a appelé les “puissances moyennes” comme le Canada à cesser de prétendre que le système actuel fonctionne et à prendre des mesures pour protéger leurs intérêts. Il a plaidé pour un renforcement des économies nationales, une résistance à l’intimidation économique, qu’elle provienne d’alliés ou de rivaux, et une diversification des partenariats commerciaux, notamment en Asie et en Europe.

Cette approche, selon Zack Beauchamp, correspondant senior de Vox, est une réponse directe à l’expérience canadienne avec les tarifs imposés par les États-Unis. Carney considère désormais l’économie comme le principal outil de coercition des grandes puissances.

L’héritage de Havel et la “vie dans la vérité”

Le discours de Carney a pris une dimension particulièrement poignante lorsqu’il a fait référence à l’essai “Le Pouvoir des Sans-Pouvoir” de Václav Havel, l’ancien dissident et président tchécoslovaque. Havel y décrit la situation d’un commerçant sous le régime communiste qui affiche de la propagande qu’il ne croit pas, simplement parce que tout le monde le fait.

Joshua Keating, correspondant senior de Vox, explique que l’utilisation de cette référence est frappante, car Havel était un fervent défenseur de l’Amérique. En l’évoquant, Carney suggère que les nations doivent désormais “vivre dans la vérité” et ne plus se contenter d’afficher des allégeances superficielles à un ordre mondial qui n’existe plus.

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Le discours de Carney soulève des questions cruciales sur l’avenir de la coopération internationale. Il ne propose pas de solution miracle, mais appelle à une nouvelle approche pragmatique, basée sur la défense des intérêts nationaux et la construction d’alliances flexibles entre les “puissances moyennes”.

Selon Seth Maxon, il s’agit d’une alliance informelle, sans la structure rigide d’organisations comme l’ONU, mais animée par un objectif commun : préparer un monde où la fiabilité des États-Unis ne peut plus être garantie.

Le discours de Mark Carney marque un moment décisif. Il signale la fin d’une ère et l’aube d’une nouvelle, incertaine, où le Canada et d’autres nations doivent se préparer à naviguer dans un monde multipolaire, où la coopération internationale est plus fragile que jamais. L’impact de ce discours se fera sentir pendant des années, et il est probable qu’il inspirera d’autres leaders à remettre en question le statu quo et à explorer de nouvelles voies pour assurer la sécurité et la prospérité de leurs nations.

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