Un cardiologue letton, le professeur Gustavs Latkovskis de l’Université de Lettonie et de l’hôpital universitaire Paula Stradiņa, a fixé une recommandation claire pour les Latviennes et les Lettons : consommer au moins 500 grammes de fruits et légumes par jour. Une quantité qui, selon lui, “n’a rien d’effrayant” — équivalente à “trois grosses tomates”, comme il l’a expliqué dans une interview diffusée sur Nra.lv. Pourtant, cette simple consigne reste largement ignorée dans un pays où les habitudes alimentaires peinent à s’aligner sur les préconisations médicales.
Une recommandation médicale qui divise par son apparente simplicité
Le professeur Latkovskis, spécialiste des maladies cardiovasculaires, insiste sur un point qui pourrait sembler anodin : la quantité recommandée de 500 grammes de fruits et légumes par jour n’est pas une cible inaccessible. “Puskilograms. 500 grami. Kas tas ir? Tie ir trīs lieli tomāti, vai ne? Tas nav nekas daudz” (“Un demi-kilo. 500 grammes. Qu’est-ce que c’est ? Ce sont trois grosses tomates, non ? Ce n’est pas grand-chose”), a-t-il déclaré, soulignant que cette portion inclut aussi bien les légumes que les fruits et les salades.

“Puskilograms. 500 grami. Kas tas ir? Tie ir trīs lieli tomāti, vai ne? Tas nav nekas daudz.”
Pourtant, malgré cette mise en perspective, les Lettons semblent loin de respecter cette recommandation. Le professeur Latkovskis admet que la population locale reste en retard sur ce plan, notamment en raison d’un accès limité à une variété suffisante de produits frais. À Riga, par exemple, il reconnaît avoir parfois du mal à trouver des produits comme la roquette ou les salades romaines dans les supermarchés. Une situation qui pourrait s’améliorer si la demande augmentait, selon lui.
Un constat alarmant : les Lettons mangent trop peu de légumes
Le problème ne se limite pas à la quantité, mais aussi à la diversité. Le cardiologue souligne que les Lettons ont tendance à se concentrer sur des aliments de base comme les betteraves, les radis, les concombres, les tomates et parfois les carottes. Mais où sont les brocolis, les choux, les poivrons ou les épinards ? “Il faut manger ce qui est de saison et ce qui plaît”, explique-t-il, tout en reconnaissant que les habitudes alimentaires locales restent ancrées dans des produits moins variés.

Une autre question se pose : pourquoi les Lettons consomment-ils si peu de salades ? Alors que les salades toutes prêtes sont disponibles toute l’année dans les supermarchés, leur présence dans les assiettes reste marginale. Le professeur Latkovskis évoque une possible méconnaissance des bienfaits nutritionnels ou un simple désintérêt pour ces préparations, malgré leur accessibilité.
Les exceptions : diabète et surplus de poids
Le cardiologue tempère ses recommandations pour certaines catégories de la population. Pour les personnes en surpoids ou atteintes de diabète, il conseille de faire preuve de prudence avec les fruits trop sucrés, comme les bananes ou les raisins. Cependant, il insiste sur le fait que la majorité des fruits et légumes restent essentiels, à condition de privilégier ceux à faible indice glycémique, comme les baies ou les légumes-feuilles.
Cette nuance montre que la recommandation de 500 grammes par jour n’est pas universelle. Elle doit être adaptée en fonction des besoins individuels, notamment pour ceux qui souffrent de problèmes métaboliques. Pourtant, même dans ces cas, la diversité reste la clé : “Mieux vaut varier les légumes que de se limiter à quelques variétés”, souligne le professeur Latkovskis.
Un enjeu de santé publique qui dépasse la simple recommandation
Au-delà des conseils individuels, cette recommandation soulève une question plus large : pourquoi les Lettons peinent-ils à adopter des habitudes alimentaires plus saines ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, l’offre limitée de produits frais dans certaines régions, où les supermarchés proposent surtout des conserves ou des légumes surgelés. Ensuite, une culture culinaire traditionnelle qui privilégie les plats riches en graisses et en glucides, comme les pommes de terre ou les produits laitiers.

Enfin, il y a le coût. Bien que les fruits et légumes de saison soient généralement abordables, leur prix peut varier selon les régions et les périodes de l’année. Pour les ménages à faible revenu, l’accès à une alimentation équilibrée reste un défi, malgré les efforts des autorités pour promouvoir des programmes de nutrition.
Que faire concrètement ? Les pistes pour atteindre l’objectif
Si le professeur Latkovskis minimise l’effort requis pour atteindre les 500 grammes quotidiens, il reconnaît que des changements concrets sont nécessaires. Voici quelques pistes pour y parvenir :

- Intégrer des légumes dans chaque repas : commencer la journée avec une salade de fruits au petit-déjeuner, ajouter des légumes coupés en dés dans les plats principaux, et finir par une portion de légumes cuits ou crus en accompagnement.
- Privilégier les légumes de saison : en été, les tomates, les concombres et les courgettes sont abondants et peu coûteux. En hiver, les choux, les carottes et les poireaux restent des options nutritives.
- Varier les sources : ne pas se limiter aux légumes frais. Les surgelés, conserves (sans sel ajouté) et légumes séchés peuvent aussi contribuer à l’apport quotidien.
- Impliquer les enfants dès le plus jeune âge : les habitudes se prennent tôt. Proposer des légumes sous forme de bâtonnets à croquer ou de purées peut faciliter leur acceptance.
- Cuisiner soi-même : les plats préparés contiennent souvent moins de légumes et plus de sel ou de sucre. Prendre le temps de cuisiner permet de contrôler les ingrédients.
Le professeur Latkovskis rappelle aussi que la diversité est tout aussi importante que la quantité. “Un Latvien typique utilise des betteraves, des radis, des concombres, des tomates, peut-être des betteraves. Mais où sont les brocolis, les choux, les poivrons ? Il faut manger ce qui plaît et ce qui est de saison”, insiste-t-il. Une approche qui pourrait inciter les Lettons à explorer de nouvelles recettes et à élargir leur palette de légumes.
Et demain ? Vers une prise de conscience progressive
Si les habitudes alimentaires lettones mettent du temps à évoluer, des signes encourageants apparaissent. Les jeunes générations semblent plus ouvertes aux recommandations nutritionnelles, et les supermarchés commencent à élargir leur offre de produits frais, notamment à Riga. Cependant, le défi reste de taille pour les régions moins urbanisées, où l’accès aux légumes frais reste limité.
Pour le professeur Latkovskis, la solution passe par une combinaison de sensibilisation et d’accessibilité. “Si la demande augmente, l’offre suivra”, affirme-t-il. En attendant, il invite chacun à commencer par de petits pas : ajouter une portion de légumes à chaque repas, varier les couleurs sur l’assiette, et ne pas se décourager par les quantités. “Ce n’est pas une montagne à gravir, mais une habitude à adopter”, conclut-il.
Reste à savoir si les Lettons parviendront à franchir ce cap. Une chose est sûre : avec des recommandations aussi claires et des solutions aussi accessibles, il n’y a plus d’excuses pour ne pas essayer.
