À l’approche d’une échéance douanière critique fixée par Washington, le Canada et les États-Unis poursuivent des négociations intenses à Washington. Alors que des surtaxes menacent des milliards de dollars d’exportations canadiennes, les dirigeants provinciaux affichent des divisions profondes face aux concessions potentielles du gouvernement fédéral.
Les négociateurs en chef de Washington et d’Ottawa se sont retrouvés pour une troisième journée consécutive de pourparlers à Washington, DC, engagés dans une course contre la montre pour finaliser un accord commercial avant l’entrée en vigueur de nouvelles taxes à l’importation américaines. Le président américain Donald Trump avait menacé d’imposer des droits de douane de 50 pour cent sur environ $20bn de marchandises canadiennes, une mesure suspendue in extremis grâce à des progrès signalés dans les discussions.
Le ministre canadien responsable des relations commerciales, Dominic LeBlanc, s’est rendu au bureau du représentant au Commerce des États-Unis, Jamieson Greer, après un entretien de plus de trois heures.
Des détails qui filtrent sur les véhicules, l’acier et l’alcool américain
Les contours de l’accord en discussion ont commencé à se dessiner après un point de situation mené par le Premier ministre Mark Carney auprès des dirigeants des provinces et des territoires canadiens. Les clauses envisagées prévoient de ramener le tarif de base sur les véhicules construits au Canada de 25 pour cent à 15 pour cent, tout en réduisant de moitié les taxes frappant l’acier et l’aluminium canadiens pour les fixer à 25 pour cent. Les États-Unis ne supprimeront toutefois pas l’intégralité des barrières, comme l’a souligné le Premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, en indiquant qu’il n’y aura pas de retour au statu quo d’avant l’ère Trump.

Un autre point de friction majeur réside dans les mesures de rétorsion adoptées par le Canada, en particulier le retrait des spiritueux et des vins américains des tablettes des sociétés d’État provinciales. Mark Carney a demandé aux provinces de réapprovisionner leurs stocks en produits alcoolisés américains pour apaiser Washington, une demande qui suscite des réactions contrastées à travers le pays. En Nouvelle-Écosse, le dirigeant Tim Houston a accepté de rétablir ces ventes, tandis que d’autres gouvernements locaux exigent des garanties écrites avant de plier.
Tensions politiques et levées de boucliers au sein des provinces
La perspective d’un accord provoque une vive opposition politique et régionale au Canada. Le Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a vertement critiqué l’attitude américaine, affirmant que les États-Unis font preuve de faiblesse et que son pays should fight
, selon ses propos rapportés par les médias. Dans la même ligne, le maire Matthew Shoemaker, dont la ville abrite le deuxième producteur d’acier du pays, a confié son anxiété à la suite des fuites sur les négociations portant sur l’industrie sidérurgique.

Le chef de l’opposition conservatrice fédérale, Pierre Poilievre, a également dénoncé un compromis qu’il qualifie de déséquilibré, estimant que des tarifs unilatéraux contre l’industrie canadienne constitueraient une mauvaise entente. Parallèlement, une enquête d’opinion menée par la firme Leger Opinion indique que 56 pour cent des Canadiens sondés s’opposent à ce que le gouvernement fédéral accorde d’importantes concessions à Washington.
La vulnérabilité structurelle de l’économie canadienne face au marché américain
Malgré la volonté de diversification affichée par Ottawa, la dépendance économique demeure massive. L’économie canadienne représente environ un dixième de celle de son voisin du sud et écoule près de 70 pour cent de ses exportations globales sur le marché américain. Cette asymétrie place le pays en première ligne face aux soubresauts protectionnistes de la Maison-Blanche.
Des analyses économiques publiées à Calgary estiment que le pays pourrait perdre jusqu’à 90 000 emplois si les taxes additionnelles promises par l’administration américaine étaient intégralement appliquées. Pour les analystes de politique internationale, l’enjeu pour le leadership fédéral réside dans la capacité à présenter un résultat acceptable sur le plan interne tout en gérant l’impact inflationniste de ces mesures sur les consommateurs américains eux-mêmes.
Alors que Donald Trump a déclaré aux journalistes qu’un compromis est moving along
, les observateurs n’excluent pas qu’un nouveau délai technique soit accordé si les derniers arbitrages juridiques et douaniers devaient se prolonger au cours du week-end.
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