Calotte de Barnes : le réchauffement a stoppé une glaciation

Des chercheurs démontrent que la calotte glaciaire de Barnes, au Canada, a amorcé sa réexpansion il y a environ 2 ,000 ans, signalant le début potentiel d’une nouvelle glaciation que le réchauffement climatique d’origine humaine a finalement interrompue dans les années 1960.

La réexpansion de la calotte de Barnes et la fin de l’ère glaciaire avortée

Une étude publiée le 22 octobre 2026 dans la revue Science révèle que la planète se dirigeait naturellement vers une nouvelle période de glaciation bien avant l’ère industrielle. Les travaux menés par des scientifiques de l’Université Columbia et d’autres institutions démontrent que la calotte glaciaire de Barnes, située sur l’île de Baffin dans le territoire canadien du Nunavut, a commencé à croître il y a environ deux millénaires.

Disappearing Ice Caps – Giff Miller on Baffin Island

Cette avancée lente et continue marquait, selon les auteurs, les premiers pas d’une nouvelle ère glaciaire. L’inlandsis Laurentide, qui couvrait autrefois près de 30 % de l’Amérique du Nord, a laissé derrière lui cette unique relique de la taille du Delaware selon les données de l’ESA.

C’était le début d’une nouvelle période glaciaire, plus familièrement appelée la prochaine période glaciaire — et pourtant cela s’est arrêté.

Nicolás Young, géochimiste à l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de la Columbia Climate School

Le rôle des mousses anciennes et de la datation au radiocarbone

Pour reconstituer cette chronologie invisible à l’œil nu, l’équipe de recherche a exploité un indice biologique singulier. Contrairement à la plupart des glaciers qui glissent sur leur lit rocheux et effacent les traces de leur passage, la calotte de Barnes est gelée directement sur son socle rocheux. En avançant au fil des siècles, la glace a progressivement recouvert et tué les mousses qui poussaient sur le paysage.

Image of sharp peaks sitting above a large glacier
Photo : Ars Technica

En prélevant ces restes végétaux au fur et à mesure du recul de la glace, les chercheurs ont pu déterminer une date exacte de mort, connue sous le nom de date d’extinction par les glaciologues. L’analyse au radiocarbone de ces échantillons a permis de cartographier la progression de la marge glaciaire. Environ 70 % de ces dates concordent autour de l’an 1800 de notre ère, au cœur du Petit Âge glaciaire, confirmant une expansion continue amorcée des siècles auparavant.

L’impact des gaz à effet de serre sur le cycle climatique naturel

L’expansion de la calotte glaciaire s’est poursuivie jusqu’aux environs de 1960. À cette date, l’augmentation des températures estivales, stimulée par les émissions massives de gaz à effet de serre d’origine humaine, a inversé la tendance. Le bilan de masse est devenu négatif : la calotte a perdu plus de glace en été qu’elle n’en accumulait en hiver, amorçant un recul estimé à plusieurs mètres par an au cours des dernières décennies.

Calotte de Barnes : la glaciation arrêtée par l'humain ?

Les scientifiques soulignent que cette modification anthropique de l’atmosphère a suffi pour contrecarrer un cycle planétaire dicté par les variations orbitales de la Terre. Sans le forçage des gaz à effet de serre, la planète se serait acheminée de manière progressive mais constante vers une extension accrue de la neige et des glaces permanentes.

Débats scientifiques et perspectives sur les futures glaciations

La portée de cette découverte suscite des discussions au sein de la communauté paléoclimatique. Certains chercheurs estiment que la croissance observée sur la seule île de Baffin reste insuffisante pour affirmer qu’un cycle glaciaire complet et mondial était déjà inévitablement enclenché. D’autres modélisations estiment qu’une glaciation naturelle n’était de toute façon pas attendue avant des dizaines de milliers d’années.

Calotte de Barnes : le réchauffement a stoppé une glaciation
Photo : The Times of India

Cependant, les auteurs de l’étude soutiennent que compter les tout premiers stades de réédification des glaces redéfinit notre compréhension des seuils climatiques. Pour les chercheurs de Columbia et de l’Université du Colorado à Boulder, l’humanité agit désormais comme une force géologique capable de neutraliser des millions d’années de cycles naturels et de repousser toute future glaciation pour une période considérable.

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