Bureau international des poids et mesures : adoption de l’heure intercalaire

Réunis à Versailles, les délégués de 69 pays membres du Bureau international des poids et mesures ont voté le remplacement de la seconde intercalaire par une « heure intercalaire » d’ici mai 2027, afin de mettre un terme aux perturbations informatiques causées par ces micro-ajustements face aux variations de la rotation terrestre.

Le vote de Versailles et le remplacement par l’heure intercalaire

Après des décennies de débats, les autorités internationales du temps ont tranché. Le Bureau international des poids et mesures a validé le passage à un système où les corrections ne se feront plus à la seconde, mais par tranches beaucoup plus larges. La résolution adoptée prévoit que le temps universel coordonné, ou UTC, pourra s’écarter de la rotation astronomique de la Terre jusqu’à une heure entière avant qu’une correction ne devienne nécessaire.

Cette transition doit s’appliquer à partir du 20 mai 2027, selon les détails communiqués par l’organisation. Pour les experts qui ont piloté ce dossier, cette réforme s’imposait pour sécuriser les infrastructures numériques mondiales face aux soubresauts de notre planète.

Dr Setnam Shemar a déclaré : « Après 30 ans de débats, la seconde intercalaire cède sa place à l’heure intercalaire. Cela permettra de réduire les risques pour les systèmes et les infrastructures nationales qui dépendent d’un chronométrage précis, tout en préservant le lien fondamental entre notre système horaire mondial et la rotation de la Terre. »

Bureau international des poids et mesures : adoption de l'heure intercalaire
Photo : Theguardian

Pourquoi la rotation erratique de la Terre menaçait les serveurs mondiaux

Depuis l’introduction des horloges atomiques au césium-133 en 1967, le monde s’appuie sur une seconde normalisée à exactement 9 192 631 770 oscillations de l’atome. Mais la Terre, elle, ne tourne pas à un rythme régulier. Sa vitesse subit l’influence des marées océaniques, des mouvements de son noyau fondu et des courants atmosphériques. Pour éviter que les horloges atomiques et le temps solaire ne se décrochent, 27 secondes intercalaires positives ont été ajoutées au compte-gouttes depuis 1972, la dernière en date remontant au 31 décembre 2016.

Chacun de ces ajustements a représenté un défi redoutable pour les infrastructures informatiques. De nombreux systèmes d’exploitation et logiciels financiers reposent sur l’hypothèse immuable qu’une journée compte exactement 86 400 secondes. Lorsque les horloges ont dû afficher 61 secondes lors d’une minute, des pannes en cascade se sont produites. En juin 2012, Reddit a connu une panne majeure en raison de l’ajout d’une seconde, tandis que LinkedIn et le système de réservation de la compagnie aérienne Qantas ont également subi de graves perturbations.

La situation s’est encore compliquée ces dernières années. Depuis environ 2015, la planète connaît une période de rotation inhabituellement rapide. Le 29 juin 2022, la Terre a bouclé sa rotation avec 1,59 milliseconde d’avance sur la référence atomique, ouvrant pour la première fois la perspective redoutée d’une seconde intercalaire négative. Dr Setnam Shemar a mis en garde : « Il pourrait exister des logiciels qui n’ont pas été testés avec des secondes intercalaires négatives, car nous n’avons jamais eu à en appliquer une auparavant. », soulignant le risque financier et technique de supprimer une seconde à l’échelle mondiale.

Les répercussions à long terme sur nos repères temporels

En acceptant que le décalage entre les horloges atomiques et la rotation terrestre puisse atteindre une heure, les instances internationales repoussent le problème à plusieurs siècles ou millénaires. Les scientifiques estiment que les routines quotidiennes de la population ne s’en trouveront pas modifiées à court terme. Dr Christian Bizouard, directeur du Service de la rotation de la Terre de l’IERS à Paris, a qualifié la décision de discussion philosophique, expliquant que le vote permet surtout de reporter une décision lointaine.

Certains spécialistes regrettent toutefois ce choix face à la complexité technique croissante. Samantha Lawler, professeure associée d’astronomie à l’Université de Regina, a rappelé que la mesure du temps par rapport au ciel a toujours comporté une part d’imperfection qu’il faut savoir accepter.

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