Réunis près de Paris, les délégués internationaux du BIPM étudient une résolution historique pour abandonner la seconde intercalaire d’ici mai 2027. Face à l’accélération de la rotation terrestre et au risque inédit d’une seconde négative, les autorités de l’horlogerie mondiale s’apprêtent à laisser dériver les horloges atomiques de l’heure solaire.
La fin du statu quo se joue à Versailles
L’avenir de la mesure universelle du temps se joue près de la capitale française. Si le texte est adopté, le changement prendra effet le 20 mai 2027, marquant une rupture avec une pratique instaurée en 1972.
Beattie, responsable de l’équipe de fréquence et de temps au Centre de recherche en métrologie du Conseil national de recherches du Canada, précise que ces secondes furent initialement ajoutées pour compenser la rotation terrestre moins fiable que les horloges atomiques.
Les réseaux informatiques redoutent la seconde négative
Selon les estimations de l’IERS, la probabilité de devoir insérer une « seconde négative » — en soustrayant une seconde au lieu d’en ajouter — atteindra 30 % d’ici 2035. Cette opération n’a jamais été tentée auparavant.

Les infrastructures numériques, telles que les centres de données et les marchés financiers, supposent qu’une journée dure exactement 86 400 secondes. Beattie indique que la gestion de ces secondes devient de plus en plus complexe à mesure que la dépendance aux systèmes de précision temporelle augmente. En juillet 2022, Meta a déclaré : « Chaque seconde intercalaire est une source majeure de douleur pour ceux qui gèrent des infrastructures matérielles. »
Les résistances géopolitiques et scientifiques
Par le passé, la Russie et le Royaume-Uni ont exprimé leur opposition. La réticence russe était liée à son système de navigation par satellite GLONASS, qui intègre les secondes intercalaires, contrairement aux systèmes GPS américain ou Galileo européen. Le Royaume-Uni, quant à lui, entretenait un attachement culturel à l’Observatoire royal de Greenwich.
En 2022, les pays membres avaient déjà voté en faveur d’une résolution visant à éliminer ces ajustements d’ici 2035, et la conférence actuelle cherche à accélérer ce processus. Le Bureau fédéral de métrologie (Metas) en Suisse confirme participer à ces efforts internationaux.

La professeure Claire Nichols de l’Université d’Oxford rappelle que les variations de rotation terrestre sont un phénomène naturel, notant que les dinosaures vivaient sur des jours plus courts.
Vers une heure intercalaire et un futur automatisé
La proposition débattue à Versailles prévoit de permettre un écart entre l’heure atomique et l’heure solaire pouvant atteindre une heure entière avant toute intervention. Selon Setnam Shemar, chercheur principal au National Physical Laboratory, cette décision anticipe une mesure déjà envisagée en 2022.
Le passage à cette tolérance d’une heure pourrait prendre des siècles, voire des millénaires. « Le soleil continuera d’atteindre son point le plus haut autour de midi local avec pratiquement la même précision qu’aujourd’hui. »
Comment les générations futures s’adapteront-elles à ce décalage croissant ?
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