Le bassin réfléchissant du mémorial Lincoln à Washington, D.C., est devenu vert en quelques jours après une rénovation de 14,2 millions de dollars, malgré les affirmations de l’administration Trump selon lesquelles l’eau était « cristalline ». L’algue, identifiée comme du Desmodesmus, s’est développée en quantités excessives, un phénomène que les experts appellent le « syndrome du nouveau bassin » et que les travaux de repeinture ont accéléré.
Un projet controversé : pourquoi le bassin est-il devenu vert ?
Le bassin, long de 615 mètres et d’une superficie de 338 000 mètres carrés, a été repeint en bleu « drapeau américain » dans le cadre d’un projet de 14,2 millions de dollars, comme l’a rapporté The Guardian. Pourtant, dès les premiers jours suivant sa réouverture, une prolifération d’algues a transformé l’eau en une teinte verdâtre, visible même depuis les airs. Selon une analyse de données satellites publiée par The Washington Post, les niveaux d’algues détectés sont les plus élevés enregistrés pour un mois de juin depuis au moins cinq ans.
Les experts consultés par NPR expliquent ce phénomène. Rosalina Stancheva Christova, professeure en écologie aquatique à l’université George Mason, a confirmé la présence de Desmodesmus, une algue courante mais qui se développe ici de manière anormalement abondante. « C’est un problème qui peut survenir chaque été, mais les travaux de rénovation ont accéléré le processus », a-t-elle déclaré. Le nouveau revêtement bleu foncé, plus absorbant que le gris précédent, réchauffe l’eau et crée des conditions idéales pour la prolifération des algues.

« C’est ce qu’on appelle le syndrome du nouveau bassin. Quand on remplit un plan d’eau naturel comme celui-ci, avec une exposition directe au soleil, on obtient souvent de l’eau verte presque immédiatement. »
L’administration Trump a d’abord accusé des « vandales » et évoqué des produits chimiques utilisés pour « détruire » le bassin, sans preuve. Pourtant, les images montrent des employés du National Park Service utilisant des skimmers et du peroxyde d’hydrogène pour tenter de rétablir la qualité de l’eau. Le département de l’Intérieur a même affirmé, via ses réseaux sociaux, que la technologie des « nanobulles » avait « très efficacement » éliminé les algues, avant que les images ne révèlent le contraire.
Un historique de problèmes : pourquoi ce bassin est-il si fragile ?
Ce n’est pas la première fois que le bassin réfléchissant pose problème. En 2012, après une rénovation majeure, il avait fallu le vider et le remplir à nouveau pour éliminer une première prolifération d’algues. En 2019, une fuite dans les canalisations avait nécessité le pompage de quatre millions de gallons d’eau contaminée. Selon The Washington Post, les conditions actuelles – eau peu profonde, ensoleillement intense et absence d’ombre – favorisent naturellement la croissance des algues.
Les travaux récents, qui incluaient un nouveau revêtement bleu foncé, ont perturbé l’équilibre des nutriments dans l’eau, selon les experts. « Le nouveau revêtement absorbe davantage de lumière solaire, ce qui réchauffe l’eau et stimule la croissance des algues », explique Steve Goodale. Les températures élevées enregistrées à Washington cette semaine (avec un indice de chaleur dépassant 35°C) n’ont fait qu’aggraver la situation.
Réactions et enjeux : que dit-on à Washington ?
Donald Trump a réagi sur Truth Social en accusant des « vandales » d’avoir « tout fait pour nuire à la surface intérieure » du bassin, sans apporter de preuves. Il a également affirmé que 75 % des algues avaient disparu et que le problème serait « complètement résolu bientôt ». Pourtant, des images diffusées par des médias locaux montrent toujours une eau trouble et des écailles de peinture flottantes.
Le département de l’Intérieur, dont dépend le National Park Service, n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de The Guardian. En revanche, des employés du parc ont été filmés en train de nettoyer activement le bassin, utilisant des techniques similaires à celles employées après les rénovations de 2012.
« Notre équipe du National Park Service est en train de vider les algues mortes qui reposent au fond du bassin, comme la marine iranienne au fond du golfe Persique. »
Et maintenant ? Que se passe-t-il pour le bassin ?
À court terme, les autorités semblent déterminées à rétablir la visibilité du bassin avant les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis, prévues en juillet. Cependant, les experts interrogés par NPR estiment que ce problème pourrait se reproduire chaque été, surtout avec le nouveau revêtement. « Si rien n’est fait pour modifier les conditions du bassin, cela pourrait devenir un phénomène récurrent », avertit Rosalina Christova.

Plusieurs questions restent en suspens : le département de l’Intérieur va-t-il revoir sa stratégie de gestion de l’eau ? Les travaux de 2026 ont-ils été mal conçus ? Et surtout, pourquoi un projet de 14,2 millions de dollars n’a-t-il pas anticipé ce risque ? Les images satellites montrent que les niveaux d’algues sont anormalement élevés, bien au-delà des moyennes historiques pour un mois de juin.
Pour l’instant, les visiteurs du mémorial Lincoln doivent se contenter d’un bassin vert et trouble, loin de l’eau « cristalline » promise par l’administration. Une chose est sûre : ce problème ne sera pas résolu en quelques jours. Les autorités devront peut-être repenser leur approche, ou accepter que ce bassin, aussi emblématique soit-il, reste un défi écologique permanent.
Les prochaines semaines seront cruciales pour savoir si le département de l’Intérieur parviendra à stabiliser la situation, ou si le bassin réfléchissant restera un symbole… de l’échec des rénovations.
Find more reporting in our Nouvelles section.
