Des chercheurs australiens ont identifié un composé de cuivre, le Cu(ATSM), capable de réduire de 42 % les protéines toxiques liées à la maladie d’Alzheimer tout en améliorant les capacités d’apprentissage spatial. Cette découverte, publiée le 14 juin dans ACS Chemical Neuroscience, s’inscrit dans une mutation globale de la recherche vers des thérapies modifiant le cours de la maladie.
Le mécanisme d’action du Cu(ATSM) sur la barrière hémato-encéphalique
Au cœur de cette avancée se trouve la restauration des pompes P-gp, des protéines situées au niveau de la barrière hémato-encéphalique. Chez les patients souffrant d’Alzheimer, ces mécanismes de transport, qui agissent comme une « poubelle moléculaire » naturelle du cerveau, cessent de fonctionner correctement. La accumulation de protéines toxiques, telles que l’amyloïde-bêta, s’accélère alors de manière incontrôlée.

Selon les travaux menés par la Monash University, l’administration de Cu(ATSM) permet d’augmenter la performance de ces pompes de 24,1 % en seulement 56 jours. En parallèle, les chercheurs ont observé une baisse de 42 % de la concentration d’amyloïde-bêta, corrélée à une amélioration de 44 % des capacités d’apprentissage spatial chez les modèles animaux. Le fait que ce composé soit déjà en phase de test clinique pour la sclérose latérale amyotrophique (ALS) et la maladie de Parkinson pourrait accélérer son parcours réglementaire.
Rôle protecteur de la protéine SORLA et influence du BDNF
Parallèlement aux recherches sur le cuivre, des études sur la protéine SORLA offrent une perspective complémentaire. Cette protéine joue un rôle de régulateur en bloquant la production d’amyloïde-bêta avant même que les plaques ne se forment dans l’espace extracellulaire. Les recherches de Thomas Willnow, soutenues par l’Alzheimer Forschung Initiative, soulignent que la quantité de SORLA est directement influencée par le facteur neurotrophique dérivé du cerveau, ou BDNF.

Lorsque les niveaux de BDNF sont réduits — une observation fréquente chez les patients atteints d’Alzheimer — la production de SORLA chute, favorisant l’accumulation de protéines neurotoxiques. Les expérimentations ont démontré que chez les souris génétiquement modifiées pour produire quatre fois plus de SORLA, la quantité de protéines toxiques dans le cerveau était nettement inférieure. SORLA agit en transportant les précurseurs toxiques vers les lysosomes, les structures cellulaires responsables de leur dégradation.
L’alliance toxique entre Amyloïde-Bêta et Fibrinogène
La complexité de la pathologie ne repose pas uniquement sur l’accumulation isolée d’amyloïde-bêta. Une étude récente de la Rockefeller University, menée par le professeur Sidney Strickland et le Dr Erin Norris, met en lumière une interaction délétère entre l’amyloïde-bêta 42 et le fibrinogène, une protéine normalement présente dans le sang.
Dans un cerveau sain, le fibrinogène ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique. Cependant, avec l’âge ou la progression de la démence, cette barrière devient perméable. Une fois dans le tissu cérébral, le fibrinogène s’associe à l’amyloïde-bêta pour former un complexe hautement toxique. Même en faibles concentrations, ce duo provoque une dégradation massive des marqueurs synaptiques, essentielle à la communication neuronale, là où les protéines isolées n’auraient qu’un impact limité.
Mutation génétique et neurodégénérescence : le rôle des protéines riches en arginine
La recherche fondamentale explore également les liens entre la sclérose latérale amyotrophique (ALS) et la démence frontotemporale. Des scientifiques du Max-Planck-Institut et du University College London ont identifié que des mutations dans le gène C9orf72 entraînent la production de protéines anormales.

"Institute for Healthy Ageing"Dr.
L’étude, utilisant la mouche Drosophila melanogaster comme modèle, a révélé que deux des protéines générées par cette mutation sont extrêmement toxiques pour les neurones. Ces protéines partagent une caractéristique commune : une teneur élevée en arginine. Cette découverte permet d’affiner la compréhension des mécanismes de dégénérescence, qui, contrairement à la forme sporadique d’Alzheimer, sont ici liés à une mutation génétique spécifique chez environ 8 % des patients atteints.
Perspectives cliniques et le paradoxe de la tension artérielle
Le paysage thérapeutique actuel est en pleine mutation. Alors que 158 substances sont évaluées dans 192 essais cliniques mondiaux, les chercheurs intègrent désormais des facteurs de risque systémiques. Une analyse publiée le 10 juin dans le Journal of the American Heart Association souligne un paradoxe : si l’hypertension augmente le risque d’Alzheimer de 60 %, une tension artérielle trop basse est associée à une augmentation du risque allant jusqu’à 300 %. Ces données rappellent que la santé cérébrale est étroitement liée à la gestion cardiovasculaire globale, un élément crucial pour la prévention, sachant qu’environ 36 % des cas de démence sont considérés comme potentiellement évitables.
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