L’Allemagne remet en question son abandon du nucléaire face à la crise énergétique
Berlin – Le chancelier Friedrich Merz a qualifié de “grave erreur stratégique” la décision de l’Allemagne de sortir progressivement de l’énergie nucléaire, une politique qui, selon lui, a contribué à la flambée des prix de l’énergie et à la perte de compétitivité économique du pays. Ses déclarations, faites lors d’une réception de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Halle-Dessau, interviennent alors que l’Allemagne est confrontée à une récession économique et à un mécontentement croissant face aux coûts de l’énergie.
L’abandon du nucléaire, décidé après la catastrophe de Fukushima en 2011, a culminé avec la fermeture des trois dernières centrales nucléaires allemandes en avril 2023. Merz estime que cette décision a privé l’Allemagne d’une source d’énergie fiable et abordable, la forçant à dépendre davantage de sources d’énergie plus coûteuses, notamment après le début de la guerre en Ukraine en 2022 et la réduction des approvisionnements en gaz russe.
“Nous avons hérité d’une situation que nous devons maintenant corriger, mais nous n’avons tout simplement pas suffisamment de capacité de production d’énergie”, a déclaré Merz, soulignant la nécessité de rétablir des “prix du marché acceptables” dans la production d’énergie, sans recours constant aux subventions gouvernementales.
L’Allemagne a connu une augmentation significative des prix de l’énergie depuis 2022, impactant à la fois les ménages et les entreprises. Selon les données de Destatis, l’office fédéral de statistique allemand, les prix de l’énergie ont augmenté de plus de 30% en 2023, contribuant à une inflation globale élevée. Cette situation a conduit à une baisse de la production industrielle et à une augmentation des faillites, comme le souligne un rapport récent de Creditreform, une agence d’évaluation du crédit allemande.
L’opposition de droite, représentée par le parti Alternative für Deutschland (AfD), a également critiqué la politique énergétique du gouvernement, dénonçant la destruction de la centrale nucléaire de Gundremmingen, dont les tours de refroidissement ont été dynamitées en octobre 2025. Alice Weidel, figure de proue de l’AfD, a dénoncé sur X (anciennement Twitter) une “destruction délibérée de notre approvisionnement énergétique”.
Tweet d’Alice Weidel sur la destruction de Gundremmingen
La remise en question de l’abandon du nucléaire par Merz intervient également dans un contexte de critiques concernant ses promesses électorales. Il a été accusé de revenir sur son engagement à réduire les taxes sur l’électricité pour les ménages et les entreprises, ne proposant qu’un allègement fiscal limité à certains secteurs industriels et agricoles.
La situation énergétique allemande a des implications bien au-delà des frontières nationales. En tant que plus grande économie d’Europe, les difficultés économiques de l’Allemagne peuvent avoir un impact sur la croissance et la stabilité de l’ensemble de la zone euro. L’exemple allemand soulève également des questions sur la transition énergétique et la nécessité de trouver un équilibre entre les objectifs environnementaux, la sécurité énergétique et la compétitivité économique.
Le débat sur l’avenir de l’énergie nucléaire en Allemagne est loin d’être clos. Alors que le gouvernement actuel maintient son engagement à sortir du nucléaire, les appels à une réévaluation de cette politique se font de plus en plus forts, notamment face aux défis économiques et énergétiques croissants.
