Des dizaines de milliers d’Espagnols ont manifesté à Madrid pour protester contre la crise du logement, déclenchée par l’expulsion violente d’une femme de 87 ans, Maricarmen Abascal. Les manifestants exigent des mesures urgentes pour freiner l’envolée des loyers à l’approche des élections législatives de 2027.
Entre 25 000 personnes selon les autorités et 300 000 d’après les organisateurs, les manifestants ont convergé vers le centre de Madrid pour dénoncer une politique du logement devenue insoutenable. Au cœur de cette colère, l’expulsion de Maria del Carmen Abascal, une femme de 87 ans évacuée de force de son appartement le mercredi précédent par la police.
L’expulsion de Maricarmen Abascal et le symbole de la crise
Mme Abascal vivait depuis soixante-dix ans dans le même appartement du quartier de Retiro, dont le contrat initial avait été signé par son père en 1956.
La situation a basculé en 2018 lors d’un changement de propriétaire. L’appartement a ensuite été acquis par un fonds d’investissement, la société Urbaestiyon, qui a cherché à porter le loyer à 2 650 euros — une hausse de 275 % — avant de le fixer ultérieurement à 1 650 euros. Incapable de régler une telle somme avec sa modeste pension de retraite, et après l’échec de trois tentatives d’expulsion suspendues par la justice, l’octogénaire a finalement été délogée par la force, évacuée sur une civière et hospitalisée pour épuisement.
Je n’ai pas pu défendre ma maison, mais je me suis battue pour que les autres apprennent à se battre pour leurs droits.
La tension monte sur la place Puerta del Sol et face au gouvernement
À l’issue de la manifestation de samedi, un campement spontané a été dressé sur la célèbre place Puerta del Sol, au cœur de la capitale. Une douzaine de tentes ont été installées face au siège du gouvernement régional de Madrid, sous l’œil attentif des forces de l’ordre, comme le note le quotidien Le Monde.
Le Syndicat des locataires a affiché sa ferme détermination sur les réseaux sociaux en déclarant que soit le système de location s’effondre, soit le gouvernement tombe. Les manifestants ont brandi des pancartes proclamant que vous pourriez être la prochaine Maricarmen ou encore Le logement est un droit
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Pression politique et mesures législatives en suspens
Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, qui s’était engagé à faire du logement une priorité absolue, fait face à une contestation sans précédent à l’approche des élections législatives fixées à 2027. Pour tenter d’amortir la colère sociale, l’exécutif devrait approuver lors du prochain Conseil des ministres un train de mesures d’urgence baptisé officieusement « loi Maricarmen ».

Ce projet réglementaire prévoit notamment le renouvellement automatique des contrats de bail et des restrictions renforcées sur les expulsions. Toutefois, la concrétisation de cette promesse s’annonce incertaine au Parlement, la coalition au pouvoir ne disposant pas d’une majorité solide après l’échec d’un projet similaire plus tôt dans l’année.
Un marché immobilier asphyxié par la pénurie
Derrière l’affaire individuelle de Mme Abascal se profile une crise structurelle profonde. Selon les données publiées par la Banque d’Espagne, le pays accusait l’an dernier un déficit global de logements, une tension particulièrement vive dans les grandes métropoles comme Madrid, Barcelone et Valence.
Les analystes économiques soulignent que la situation est aggravée par une offre publique d’habitat social extrêmement faible. En effet, celle-ci ne dépasse pas une part infime du parc total, un taux bien inférieur à la moyenne européenne, tandis que le tourisme de masse et la pression migratoire continuent d’alimenter la spéculation sur les loyers.
Pour aller plus loin
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- L’ONU travaille à un nouveau système pour lutter contre les pandémies (lesactualites.news)
- Crise migratoire à Ceuta: des dizaines de milliers d'Espagnols manifestent à Madrid contre le gouvernement (lederniereheure.com)