La flambée des cours du pétrole au-delà de 100 dollars le baril, consécutive aux hostilités renouvelées entre les États-Unis et l’Iran et à la fermeture de fait du détroit d’Ormuz, propulse le bloc BRICS au centre de l’échiquier énergétique mondial lors du sommet de New Delhi.
Une crise énergétique mondiale amplifiée par la fermeture du détroit d’Ormuz
La reprise des frappes directes entre les États-Unis et l’Iran a replongé le Moyen-Orient dans une tourmente géopolitique immédiate, mettant sous pression les marchés mondiaux de l’énergie et de la dette. Après un mois d’accalmie où Washington privilégiait la confrontation économique, l’Iran a riposté en ciblant des bases militaires américaines dans le Golfe à la suite d’une nouvelle salve de frappes américaines.
Cette escalade militaire a provoqué une perturbation majeure du commerce maritime international. Le détroit d’Ormuz, goulet d’étranglement par lequel transite habituellement environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié de la planète, se trouve de fait fermé, tandis que de nouvelles menaces pèsent sur la mer Rouge à proximité du détroit de Bab el-Mandeb.
Les conséquences sur les cours des hydrocarbures ne se sont pas fait attendre. Le baril de WTI s’échangeait à 90,74 dollars en hausse, atteignant son niveau le plus haut depuis la fin du mois de juillet, tandis que le Brent de la mer du Nord s’établissait à 95,45 dollars avec une progression, après avoir déjà connu des bonds respectifs selon les données du marché. La persistance de ces tensions géopolitiques a par ailleurs poussé le Brent au-delà du seuil des 100 dollars le baril, portant les tarifs d’assurance maritime vers des sommets historiques.
Le poids stratégique des BRICS face aux vulnérabilités occidentales
C’est dans ce contexte de crise que les dirigeants mondiaux se sont réunis au Bharat Mandapam à New Delhi pour le sommet des BRICS. L’élargissement de l’organisation à onze membres redessine profondément la carte des ressources énergétiques mondiales. Avec l’intégration de gros producteurs comme la Russie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte, aux côtés de poids lourds économiques tels que la Chine, l’Inde et le Brésil, le bloc consolidé contrôle désormais entre 41 et 47 pour cent de la production mondiale de pétrole brut et détient plus de 70 pour cent des réserves prouvées.
Cette concentration de puissance unit les principaux exportateurs de brut de la planète aux économies les plus gourmandes en énergie, à l’instar de Pékin et de New Delhi. Sur le plan théorique, cette configuration permet d’envisager un écosystème énergétique fermé où les transactions s’effectuent sans passer par les intermédiaires ou les systèmes de compensation occidentaux.
S’exprimant lors du forum commercial des BRICS à New Delhi, le président iranien Masoud Pezeshkian a affirmé que l’organisation avait été explicitement conçue pour contrer l’unilatéralisme et résister au harcèlement économique des puissances occidentales. Pour des acteurs comme Moscou et Pékin, l’inclusion de Téhéran au sein de l’alliance permet de neutraliser les efforts d’isolement menés par Washington.
L’expertise iranienne des réseaux de contournement et les tensions sur la dette souveraine
Soumis à des décennies de sanctions américaines et de campagnes de pression maximale, l’Iran a développé une maîtrise logistique de pointe pour acheminer ses hydrocarbures en dehors du contrôle du département du Trésor américain. Les « flottes fantômes » de navires clandestins et les mécanismes de banque de l’ombre s’étendant de Dubaï à Guangzhou constituent une infrastructure de commerce énergétique que la Russie a également adoptée à la suite des sanctions liées au conflit en Ukraine.
Parallèlement, la flambée des cours de l’énergie se propage aux marchés financiers mondiaux à travers une envolée des taux d’emprunt des États. Les rendements obligataires atteignent des sommets inédits depuis plusieurs décennies, alimentés par les craintes d’une résurgence inflationniste.

Le rendement des obligations d’État britanniques à 30 ans a ainsi touché son niveau le plus haut depuis 1998, tandis que les obligations à 10 ans évoluent sur des points bas comparables à la crise financière mondiale de 2007-2008. Une situation similaire s’observe au Japon, où le taux à 10 ans atteint un sommet sur 30 ans, ainsi qu’aux États-Unis, où les bons du Trésor à 30 ans s’approchent des seuils observés en 2007.
Cette augmentation généralisée des coûts d’emprunt pèse directement sur les marchés d’actions, alors que les investisseurs réclament des primes de risque plus élevées face aux incertitudes économiques et aux risques d’inflation pèsant sur les marges des entreprises.
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