Le Directeur Général des Impôts du Maroc, Younès Idrissi Kaitouni, a ouvert le 3 juin 2026 à Rabat le 11e Symposium Fiscal Africain. Cet événement historique, organisé par l’IBFD et le CSAT, vise à transformer le rôle de l’Afrique, passant de simple exécutante de normes mondiales à véritable architecte de sa souveraineté fiscale.
L’Afrique comme architecte de sa propre fiscalité
cluster (priority): Hespress Français – Actualités du Maroc
Le symposium de Rabat, qui se tient du 3 au 5 juin au Sofitel Rabat Jardin des Roses, marque un tournant symbolique en étant la première édition organisée en Afrique du Nord. L’enjeu dépasse la simple technique comptable : il s’agit de structurer une pensée fiscale propre au continent.
Pour le Maroc, l’objectif est de servir de passerelle entre les standards internationaux et les réalités locales. En participant activement à la plateforme de concertation des administrations fiscales africaines, le Royaume cherche à favoriser l’émergence de positions communes sur des sujets stratégiques. Selon EcoActu.ma, cette volonté de leadership vise à imposer des mécanismes de taxation adaptés aux spécificités du continent, telles que l’importance des ressources naturelles et l’ampleur de l’économie informelle.
Cette ambition répond à un constat de dépendance. Trop longtemps, l’Afrique s’est contentée d’appliquer des règles conçues hors de ses frontières. Aujourd’hui, l’administration fiscale marocaine plaide pour une coopération Sud-Sud renforcée afin de mieux répondre à la transition numérique et à l’érosion de la base imposable.
Un multilatéralisme fragilisé par les rapports de force
Loin d’être un colloque de politesses, les discussions à Rabat mettent en lumière les fractures profondes de l’ordre mondial. Le symposium se déroule dans un contexte de tensions extrêmes, où les négociations de l’ONU pour une convention-cadre sur la fiscalité peinent à trouver un terrain d’entente.
Comme l’indique Le360 Afrique, le rapport de force reste largement indexé sur le poids des grandes économies et de leurs multinationales. Entre les promesses d’un multilatéralisme en déclin et les accords bilatéraux qui se multiplient, les États africains cherchent une voix commune sans céder à l’illusion.
il faudrait que nous prenions des mesures beaucoup plus correctives pour garantir une sorte de multilatéralisme, pour éviter notamment que le multilatéralisme puisse flancher.
cluster (priority): Le360 Afrique
Belema Obuoforibo, présidente du Centre d’études sur la fiscalité africaine de l’IBFD
Cette incertitude pèse sur l’espoir que représente la convention-cadre de l’ONU, qui pourrait être l’ultime chance de stabiliser un système fiscal mondial équitable.
Maîtriser les prix de transfert et la valeur transfrontalière
La souveraineté fiscale repose sur la capacité technique des États à capter la richesse créée sur leur sol. Pour les décideurs réunis au symposium, deux chantiers majeurs occupent le devant de la scène : la fiscalité des transactions transfrontalières et la maîtrise des prix de transfert.
Le risque est clair : laisser la valeur produite en Afrique être captée ailleurs par des schémas complexes de transfert artificiel de bénéfices. D’après les analyses rapportées par Hespress Français, la maîtrise de ces mécanismes est le bras armé indispensable des administrations pour lutter contre l’érosion de leurs bases fiscales.
L’histoire fiscale mondiale est en train de s’écrire et l’Afrique a désormais l’opportunité non seulement d’y participer, mais d’en devenir l’un des auteurs. Saisissons ensemble cette opportunité historique.
Younes Idrissi Kaitouni, DG des Impôts, évoque les délais d'une vérification fiscale.
Younès Idrissi Kaitouni, Directeur Général de la DGI du Maroc
Les experts du symposium planchent sur plusieurs piliers techniques essentiels :
La fiscalité des services transfrontaliers
Les mécanismes de prix de transfert
L’évolution des conventions fiscales
L’impact de l’intelligence artificielle sur l’administration fiscale
La modernisation marocaine comme levier de confiance
Au-delà des enjeux continentaux, le Maroc présente son propre parcours de transformation comme un exemple de résilience institutionnelle. Le pays a engagé une réforme profonde dont les fondations remontent aux Assises nationales sur la fiscalité de 2019.
La mise en œuvre de la loi-cadre 69-19 a permis de structurer un système plus moderne, axé sur la digitalisation des procédures et l’amélioration du service au contribuable. Pour le Directeur Général des Impôts, cette mutation est autant une question d’efficacité qu’une question de légitimité sociale.
Au Maroc, nous sommes convaincus que la réforme fiscale ne peut être réduite à une simple question de rendement budgétaire. La fiscalité est un instrument de souveraineté, un levier d’équité fiscale, un facteur de compétitivité, mais également un pacte de confiance entre l’État et le citoyen.
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Younès Idrissi Kaitouni, via La Vie éco
En mettant l’accent sur la sécurisation juridique et le règlement des différends, l’administration marocaine tente de prouver que la performance fiscale et la confiance citoyenne ne sont pas antinomiques. L’avenir financier de l’Afrique, notamment pour financer ses infrastructures et sa transition économique, dépendra de cette capacité à bâtir des systèmes performants, équitables et parfaitement adaptés aux mutations du numérique.