Neuf provinces canadiennes facilitent la vente d’alcool interprovinciale

Neuf provinces canadiennes ont conclu un accord permettant aux brasseurs et distillateurs de vendre de l’alcool directement aux consommateurs, peu importe leur province de résidence. Cette mesure vise à réduire les barrières commerciales internes pour stimuler l’économie nationale face aux menaces de tarifs douaniers imposées par le président américain Donald Trump.

L’annonce a été faite mardi par les premiers ministres de neuf provinces, marquant un tournant dans la distribution interprovinciale. Jusqu’ici, la vente directe de produits alcoolisés d’une province à une autre était soit interdite, soit régie par des ententes spécifiques à chaque produit. Ce nouvel accord s’appuie sur un protocole signé en mémorandum en 2025 pour coordonner l’action sur ce dossier.

Pour les dirigeants, l’objectif est clair : transformer le Canada en son propre marché prioritaire.

L’impact pour les producteurs et les consommateurs

L’entente facilite l’accès aux marchés pour les petites entreprises, mais elle ne change pas tout. Si les consommateurs peuvent désormais commander directement auprès des vignobles ou des brasseries pour une livraison à domicile, les produits ne débarquent pas automatiquement dans les rayons des magasins physiques. L’analyste retail Bruce Winder a précisé qu’il n’y avait aucune indication que cette mesure s’étende aux stocks des magasins de vin provinciaux.

Nous avons un cadre juridique qui nous permet maintenant de le faire, mais être légal ne signifie pas que ce sera réalisable pour nous parce que cela va être très complexe car nous traitons toujours avec plusieurs provinces différentes avec des règles différentes. John Cote, co-owner of Black Fox Farming and Distillery

John Cote, dont l’entreprise est basée à Saskatoon, a expliqué à Global News qu’il s’était concentré sur les marchés étrangers, comme la Chine ou Dubaï, car exporter était plus simple que de vendre au Canada, chaque province fonctionnant comme un petit pays indépendant.

Les obstacles persistants : taxes, étiquetage et bureaucratie

L’accord sur la vente directe est un premier pas, mais il ne règle pas la question des marges et des processus réglementaires. SeoRhin Yoo, analyste politique à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), souligne que des provinces comme l’Ontario imposent des marges sur les produits d’autres provinces entrant dans leurs réseaux de détail, rendant ces produits moins compétitifs.

Pour les petits producteurs, le parcours reste un labyrinthe administratif. La FCEI a indiqué dans un rapport de 2025 que ces entreprises doivent gérer un mosaïque de règles et de documents redondants, payant plusieurs frais et attendant parfois des mois pour obtenir l’autorisation d’entrer dans une nouvelle province.

Au Manitoba, Brock Coutts, propriétaire de la distillerie Patent 5, a déploré un manque de compétitivité nationale. Il a noté une disparité frappante dans les taux de majoration : 40 % pour les produits artisanaux contre 153 % pour les produits commerciaux au Manitoba. Selon lui, il est actuellement plus simple de s’étendre aux États-Unis que de se développer au-delà de sa propre province.

Une volonté politique fragmentée

Marie-Eve Myrand, directrice générale de l’Association des microbrasseries du Québec, estime que le Québec n’en tirerait aucun avantage, affirmant que le réseau de distribution québécois est déjà décentralisé et constitue un marché ouvert pour les brasseurs d’autres provinces.

Photo: ca.news.yahoo.com

Cette divergence s’inscrit dans un contexte plus large de tentatives de reconnaissance mutuelle. Un accord signé entre toutes les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral vise à réduire la bureaucratie pour des milliers de produits. Cependant, cet accord exclut explicitement les aliments, les boissons, le tabac, les plantes et les animaux.

Au-delà de l’alcool : la crise des normes et de la main-d’œuvre

L’alcool n’est qu’une facette d’un problème systémique. Le secteur alimentaire subit des pressions similaires.

Photo: Global News

Le blocage est également présent dans le marché du travail.

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