Le gouvernement iranien a partiellement rétabli l’accès à l’internet international ce mardi 26 mai 2026, mettant fin à près de trois mois d’isolement numérique quasi total. Cette décision intervient alors que des négociations sont en cours entre Téhéran et Washington pour mettre un terme au conflit déclenché en février dernier.
Un rétablissement technique encore fragmenté
cluster (priority): britannica.com
La reprise de la connectivité ne semble pas être un basculement immédiat vers la normalité, mais plutôt une ouverture progressive et inégale. Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, les données indiquent un retour partiel des services après une période d’isolement sans précédent pour le pays.
“Les données en temps réel montrent un rétablissement partiel de la connectivité en Iran (…) après 2.093 heures d’isolement quasi total des réseaux internationaux”. NetBlocks, via Boursorama
Sur le terrain, les témoignages des utilisateurs soulignent cette disparité. Dans la ville de Kermanshah, une résidente de 22 ans a confirmé pouvoir accéder à des sites internationaux, tout en précisant qu’elle devait encore recourir à un VPN pour atteindre les réseaux sociaux. À Téhéran, si certaines entreprises ont retrouvé une connexion fixe, d’autres signalent que la ${“la connexion mobile restait coupée”}.
Le duel institutionnel entre modération et ligne dure
cluster (priority): corsematin.com
Cette tentative de réouverture numérique révèle également les fractures profondes qui agitent l’appareil d’État iranien. Le président Massoud Pezeshkian, dont la ligne est perçue comme plus modérée, a ordonné ce rétablissement alors que les discussions diplomatiques avec Washington se poursuivent. Cependant, cette volonté présidentielle semble se heurter à une résistance institutionnelle de poids.
Le vice-président Mohammad Reza Aref a tenté de présenter la mesure comme un succès, affirmant sur le réseau X que ${“La première étape vers un accès libre et régulé au cyberespace a été franchie”} et que les demandes de la population ${“seront satisfaites”}. Pourtant, La Libre rapporte que la justice iranienne a déjà suspendu cette mesure suite à des ${“dépôts de plaintes”}.
L’organe responsable de la décision, le Quartier général spécial pour l’organisation et la gouvernance du cyberespace national — créé le 12 mai par le président — se retrouve au centre d’une crise de compétence. Comme l’a souligné le parlementaire Yaghoub Rezazadeh, le chef de l’État ne dispose pas de la compétence finale en la matière. Le pouvoir décisionnel ultime appartient au Conseil suprême de sécurité nationale, une institution dirigée par les tenants d’une ligne politique beaucoup plus dure.
L’économie numérique face au repli vers l’intranet
Iran : l'accès à Internet rétabli à 80 %, après 20 jours de coupure • FRANCE 24
Pendant près de trois mois, l’économie iranienne a fonctionné en vase clos. Depuis la suspension quasi totale des réseaux internationaux déclenchée fin février par l’attaque israélo-américaine, la population n’avait accès qu’à un intranet local, limité aux services nationaux et aux applications approuvées par l’État.
Ce repli numérique a eu des conséquences lourdes, notamment pour les secteurs de la haute technologie et du commerce en ligne, dont l’activité dépendait entièrement d’une connectivité globale. Pour pallier l’absence de services internationaux, un système de connectivité conditionnelle, baptisé “Pro Internet”, a été mis en place. Selon les informations rapportées par Corse Matin, ce dispositif permettrait à certains professionnels et entreprises d’obtenir un accès élargi, moyennant le paiement de frais plus élevés.
Cette segmentation de l’accès internet pose la question d’une fracture numérique institutionnalisée, où la connectivité devient un privilège économique plutôt qu’un service de base.
La normalisation, un horizon incertain
cluster (priority): news.google.com
Malgré ce signal de détente, les experts appellent à la plus grande prudence. La reprise de l’accès ne signifie pas un retour immédiat aux standards de trafic antérieurs aux crises récentes.
“L’Iran a encore un long chemin à parcourir pour retrouver les niveaux de trafic d’avant le 8 janvier”. Doug Madory, responsable chez Kentik, via X
L’instabilité de la situation rappelle que l’accès à l’information est étroitement lié à la stabilité géopolitique de la région. Si les manifestations de début janvier avaient déjà provoqué des interruptions, la coupure actuelle est indissociable de l’état de guerre.
La porte-parole du gouvernement, Fatemeh Mohajerani, avait d’ailleurs précisé dès la mi-mai que la situation ne reviendrait à la normale ${“une fois que l’ombre de la guerre aura disparu”}, pointant la responsabilité des menaces américaines et israéliennes sur la sécurité du pays. Pour l’heure, le rétablissement partiel de ce mardi ne semble être qu’une respiration fragile dans un environnement numérique toujours sous contrôle étatique.