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Vertigo of Color, revue du Metropolitan Museum — L’été fauve fructueux de Matisse et Derain

Vertigo of Color, revue du Metropolitan Museum — L’été fauve fructueux de Matisse et Derain

2023-11-29 08:02:52

À l’été 1905, Henri Matisse convoque son ami André Derain dans la ville balnéaire de Collioure, près de la frontière entre la France et l’Espagne. Derain obéit et les deux peintres se lancent dans une passionnante expérience de la couleur. Ils rôdaient dans le port où naviguaient les bateaux et gravissaient les collines, dessinant et dessinant côte à côte. Électrifiés par le paysage, enivrés par la lumière tamisée et dynamisés par la compagnie de chacun, ils ont brouillé la palette du monde pour l’aligner sur la façon dont ils souhaitaient voir.

« Les nuits sont radieuses, les jours sont puissants, féroces et victorieux », écrit Derain à leur ami commun Maurice de Vlaminck. Cet automne-là, lorsque le critique Louis Vauxcelles vit le résultat de ce ravissement, il qualifia les deux hommes (et toute la bande qu’ils dirigeaient) de « fauves », ou bêtes sauvages. Ils ont adopté l’insulte comme un signe de fierté.

Le spectacle pointu et séduisant du Metropolitan Museum, Vertige de la couleur : Matisse, Derain et les origines du fauvisme, s’attarde sur cet été pétillant et sur les deux artistes bien différents dont les visions ont fusionné pendant quelques mois chauds. Ils se regardèrent chacun et regardèrent tous deux l’horizon à travers le même objectif stylistique. Peut-être ont-ils concouru autant qu’ils ont collaboré, même s’ils ne semblaient jamais avoir posé la question que l’exposition soulève : quel était le meilleur peintre ?

Matisse a représenté son ami à la manière rococo d’un comédie artistique personnage. Dandyish dans un béret mauve, Derain regarde vers une fenêtre invisible qui irradie son visage, à l’exception d’une joue ombragée d’épaisses bandes de vert. L’effervescence de toute la toile est concentrée dans la bande sombre et verdâtre de la moustache frémissante. Il pourrait être Mezzetino, l’intrigant rusé et coquet de la scène comique.

‘André Derain’ by Matisse (1905) © ARS/ADAGP/Tate
Portrait d'un homme à moustache et à la peau vert-orange pâle
Henri Matisse ‘Derain’ (1905) © DACS/Tate

Derain lui rendit la pareille en décrivant Matisse comme un sage-ouvrier vigoureux. D’épaisses plaques de masse verte (encore !) sur la moitié de son visage, donnant à l’ombre une profondeur et un poids palpables. Sa barbe est un amas de ressorts frétillants. Il fume la pipe et regarde à travers des lunettes à monture métallique avec l’intensité d’un homme essayant de comprendre ses propres découvertes.

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De tels couples épiques d’âmes sympathiques – Manet et Degas, par exemple, ou Matisse et Picasso, Picasso et Braque, Gaugin et Van Gogh – ont également des connotations de gladiateur. Les émissions qui les traitent nous demandent de comparer, de classer et de nous prononcer – de regarder au-delà de la solidarité et des efforts conjoints pour réaliser un projet unifié, et plutôt de dénicher les distinctions idiosyncrasiques.

Parfois, Matisse et Derain étaient tellement en phase, infléchissant la nature à travers le prisme de leur expérience commune, que certains de leurs paysages peuvent être difficiles à distinguer. En peignant les environs de Collioure, ils ont séparé les teintes vibrantes de la triste réalité. « Ce que je recherche avant tout, c’est l’expression », écrit Matisse. “Je suis incapable de faire la distinction entre le sentiment que j’ai pour la vie et ma façon de l’exprimer.”

En théorie, une femme vêtue d'une robe blanche à motifs bleus est assise au bord d'un lac mais le lac est vert et rose et la femme s'y fond presque.
Matisse’s ‘La Japonaise: Woman beside the Water’ (1905) © Musée d’Art Moderne de New York

Ce que Vauxcelles a pris pour un recueil de barbouillages sauvages et indisciplinés était plutôt un livre de codes profondément humain, traduisant les émotions en lumière. En s’immergeant dans la vitalité des campagnes méridionales, Matisse et Derain entendent aller au-delà des apparences jusqu’aux sensations qu’ils éprouvent en présence de tous ces éblouissements. Le vert, c’est ce que ressentent les ombres.

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« Nous étions parfois comme des enfants face à la nature et nous laissions parler nos tempéraments, au point même de peindre à partir de l’imagination quand la nature elle-même ne pouvait pas être utilisée », se souvient Matisse.

Pourtant, les différences de sensibilité des deux peintres transparaissent à travers leur propos commun. Derain, à 25 ans, visait l’audace à tout prix. Ses images semblent à la fois coagulées et flagrantes. Il a été attiré par le port, ponctué de mâts et de voiles, et il a rendu le front de mer grouillant de rouges, de jaunes et de bleus sans mélange. Ses photos de voiliers ressemblent parfois aux œuvres un peu plus récentes de Wassily Kandinsky et Gabriele Münter, qui ont transformé la pittoresque ville bavaroise de Murnau en une splendeur arc-en-ciel.

Une peinture de bateaux dans un port mais toutes les couleurs sont rehaussées ou éteintes
“Bateaux de pêche, Collioure” de Derain (1905) ©ARS/ADAGP

Matisse privilégie les teintes plus nuancées, avec des touches de lavande, violet, pourpre, jaune-or et terre de Sienne. Plus de dix ans plus âgé que Derain, avec trois enfants, une épouse protectrice, un père désapprobateur et sans argent, il s’est rendu à Collioure à la recherche d’une rédemption à mi-vie. S’il voulait prouver sa valeur aux habitants du village du nord baigné de boue où il a grandi, il devrait le faire sous un autre climat.

Il a réussi sa percée, mais cela a également provoqué de nouveaux conflits internes. Traditionaliste dans l’âme, Matisse a surmonté de puissants attachements à la tradition académique française afin de lancer son assaut contre ses normes de perspective et de modélisation. Il frémit face aux dégâts qu’il lui infligeait avec des explosions audacieuses de pigment. Il a détruit le passé classique et a payé sa transgression en une série de nuits blanches. C’était un expressionniste réticent, un dénué de sentiments hésitant. Les explosions polychromes qui jaillissaient de ses toiles contredisaient les costumes sobres qu’il portait ; ses manières petites-bourgeoises étaient une tentative d’apaiser les passions déchaînées.

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Un autoportrait de 1906 franchit une étape particulièrement radicale. Des yeux marron brillaient sur un visage marbré de taches, oui, vertes et roses. Utilisant la peinture comme un scalpel, Matisse déconstruit ses propres traits en une série de plans sculpturaux vacillants mais solides. Le comportement est provocateur et provocant – une déclaration de confiance en lui-même.

Un tableau de bateaux vus à travers une fenêtre ouverte mais le mur est rose et vert et les touches presque abstraites
“Fenêtre ouverte Collioure” de Matisse (1905) ©ARS/ADAGP

Après cet été fauve, les deux ont commencé à se séparer, Derain vers une séquence de styles incertaine et une réputation fluctuante, Matisse vers une gloire d’époque. Vous pouvez déjà percevoir l’avenir dans une petite nature morte de Matisse de 1905, où sa palette est la plus comestible et où les objets de table se mélangent dans une concoction de couleurs juteuses.

L’exposition ne suit pas Derain dans son adoption de la technique cézannesque, ni n’inclut un « Paysage près de Cassis » de 1907 plein de collines brunes et moelleuses et de pins couvants. Au lieu de cela, il se termine par une «Vue de Collioure» de Matisse, également de 1907 et dans des tons tout aussi sourds mais plus sublimes dans l’exécution. Nous voyons le clocher et le quai de la ville, et la mer au-delà, à travers un canevas d’arbres, dont les troncs sinueux divisent la scène en panneaux comme le premier en vitrail. L’exubérance et l’éclat du sud ont reflué, remplacés par un sentiment de mystère et de silence sensuel durement gagné. Matisse laisse encore parler son tempérament, mais il n’a plus besoin de crier.

Au 21 janvier, metmuseum.org

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